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Pays & régions n°24

ÉMIRATS ARABES UNIS - Par Anouchka Sooriamoorthy

ÉMIRATS ARABES UNIS - Par Anouchka Sooriamoorthy

Année Francophone Internationale 2015 - 2016




POLITIQUE
Les préoccupations politiques des EAU sont plus que jamais liées à la situation géopolitique de la région. L’amplification des extrémismes religieux est surveillée de près par le gouvernement émirien. Une éventuelle action terroriste sur le territoire pourrait entraîner le départ massif et rapide de la main-d’œuvre étrangère qui représente, rappelons-le, plus de 70 % de la population totale ; un tel scénario provoquerait un marasme économique dont une issue positive semble ardue à concevoir. Dans ce contexte, le gouvernement tente d’avoir un discours clair et tranché. Cependant, la stratégie à adopter n’est pas simple : il s’agit à la fois de rassurer les habitants du pays ainsi que les investisseurs, mais il ne faut pas pour autant nier les menaces éventuelles. Cette situation délicate et les complexités qui en découlent se sont vues après l’attentat dans une mosquée de Koweït city le 26 juin dernier : à la suite de cette attaque suicide, les journaux locaux avaient relayé l’information selon laquelle des détecteurs à métaux seraient installés à l’entrée des mosquées émiriennes.

Selon le journal Khaleej Times qui cite des sources gouvernementales, il s’agissait d’une mesure de précaution. Quelques jours plus tard, cette information a été démentie par un communiqué officiel : rassurer la population semble être la préoccupation première des dirigeants, au risque de laisser les habitants dans l’impossibilité d’estimer la réalité du danger terroriste dans le pays. À la fin du mois de juin, le ministre des Affaires étrangères, Anwar Bin Mohammed Gargash, a condamné les actes terroristes en France, en Tunisie, en Somalie et au Koweït : « Ces crimes ont jeté des veuves et des orphelins dans les rues ; ils menacent la paix et la sécurité et ont été perpétrés au nom de notre religion qui prône la tolérance. Notre religion est innocente, car c’est une religion de paix et d’amour qui incite les personnes et les peuples à l’interaction, à la coopération et à la solidarité. Aucun extrémisme, aucune idéologie déviante ne pourront être appelés Islam. » Au début du mois de juillet, sous l’égide du même ministre, a été créé le centre Sawab (littéralement : ce qu’il faut moralement faire) dont le but est de combattre, sur Internet, l’action de Daesh.


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Dubaï, la question de l’essence au coeur de l’économie (Flickr - Matthew Gilbert)

ÉCONOMIE
Si la stabilité politique et géopolitique est la priorité de l’État, c’est parce qu’elle est le fondement d’un schéma économique prospère. Dans ce domaine, les Émirats Arabes Unis peuvent se réjouir des chiffres prévisionnels pour 2015 : avec 3,5 % de croissance et une augmentation du PIB de 4,4 %, l’économie émirienne est l’une des plus stables et des plus compétitives au monde. Le traumatisme de la crise de 2008 paraît bien loin. Le secteur de la construction, grand éclopé de cette crise, semble s’être complètement remis : il représentait 10,6 % du PIB en 2008 et atteindra 11,1 % en 2015, un chiffre que l’on peut qualifier de record. Le secteur de l’immobilier, autre pilier de l’économie, est actif, et cela grâce à l’afflux permanent d’expatriés, ce qui entraîne une demande forte. Les secteurs historiquement porteurs, tels que les loisirs, le tourisme, la finance et l’éducation affichent une bonne santé rassurante. 15 millions de touristes auraient visité cette année la Burj Khalifa de Dubaï ou la mosquée Zayed d’Abou Dhabi, ce qui laisse penser que l’objectif annoncé des 25 millions de touristes pour 2020 (dans le cadre de l’exposition universelle) n’est pas une utopie. Cependant, cette économie n’est pas à l’abri d’imprévus. Deux menaces potentielles ont plané sur cette année : la première est la forte inflation et le risque d’une spéculation trop élevée ; la deuxième est la baisse spectaculaire du baril de pétrole. Concernant le premier point, l’inflation en janvier 2015 avait atteint le chiffre effrayant de 4,5 % ; pourtant, les prévisions pour 2015 annoncent une baisse pour atteindre les 2,5 %. Cette chute s’expliquerait par la baisse du prix du pétrole qui aurait une incidence positive pour le consommateur final. Il se murmure aussi que Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, dirigeant de l’émirat de Dubaï et vice-président du pays, aurait convoqué les PDG des grandes entreprises de distribution et de vente de l’émirat afin de leur demander de baisser leurs prix : le pays doit demeurer attractif à l’échelle internationale. La chute du prix du pétrole, si elle permet de réguler l’inflation, a aussi fait surgir quelques craintes quant aux conséquences sur le PIB ; mais l’entreprise de diversification de l’économie débutée il y a maintenant plusieurs années a porté ses fruits et a permis de solidifier l’assise économique. En 2015, 69 % du PIB provient du secteur non pétrolier. Si le bilan économique est sans conteste positif, il ne serait néanmoins pas faux de parler d’optimisme précautionneux : le spectre de la crise n’a pas complètement disparu et il s’agit de ne pas commettre de nouveau des péchés d’orgueil et de penser plutôt à des mesures de longue durée. L’émirat de Dubaï a ainsi lancé le projet Vision 2021 qui a pour tâche de pérenniser les retombées positives de l’exposition universelle de 2020, événement qui devrait rapporter 24 milliards de dollars à l’économie nationale. Enfin, au début de l’été, une annonce faite par le journal Gulf News a particulièrement attiré l’attention des résidents du pays : ce paradis fiscal prévoit, à partir de la fin 2015, d’instaurer la TVA ainsi qu’un impôt sur les entreprises. Aucune précision sur le taux d’imposition n’est pour l’instant disponible. Si un tel changement de politique fiscale s’explique par le besoin d’apporter plus de fonds dans les caisses de l’État, il faudra néanmoins observer les conséquences d’une telle loi sur les investisseurs et sur les résidents.


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Koweit city... aussi des choses simples ! (Flickr - Moayad Hussain)

SOCIÉTÉ
Il n’est pas inutile de rappeler que les Émirats Arabes Unis sont un pays jeune qui a été créé en 1971, mais dont le nom et la réalité ne trouvent un écho que depuis une vingtaine d’années hors des frontières du Golfe. Le pays tâtonne toujours dans la construction d’une identité et d’un schéma social stable et cohérent. D’une part, à cause de la faible population émirienne (et de surcroît qualifiée), l’ouverture des frontières et l’accueil des étrangers a été un impératif pour la survie économique ; d’autre part, il y a une volonté de ne pas perdre son histoire et ses racines dans ce rythme de la mondialisation effrénée. Cette tension entre ces deux pôles est peut-être accentuée par l’arrivée de plus en plus massive des expatriés. Fuyants le chômage, les difficultés économiques, les crises politiques, les instabilités géopolitiques, ils sont de plus en plus nombreux à venir trouver refuge dans ce qui n’est plus l’eldorado économique des années 90. La compétition pour trouver un emploi est rude, les salaires, devant une demande importante, sont nivelés par le bas, les colocations deviennent le mode de logement privilégié. Jusqu’à peu, les Émirats étaient souvent considérés comme un lieu de passage ponctuel pour les expatriés ; mais avec la conjoncture internationale, le pays devient de plus en plus un point d’ancrage plus définitif. La communauté émirienne n’est pas complètement protégée de ces bouleversements : les conditions de vie changent, de plus en plus d’Émiriens doivent se mettre en quête d’un emploi (ils acceptent parfois des fonctions qu’ils jugeaient jusque-là dégradantes, un article d’un journal local décrivait le quotidien d’Émiriens qui avaient accepté de devenir pompistes, et les réactions parfois outrées de leurs compatriotes), malgré un pouvoir d’achat qui est souvent plus important que celui des étrangers, ils ne sont pas à l’abri de la hausse des prix et des modifications dans les habitudes de consommation. Les Émiriens observent tous ces phénomènes avec une inquiétude, celle de ne plus être aux commandes des changements inéluctables, reflets de la mondialisation en marche.

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Anouchka Sooriamoorthy
Docteur ès lettres, enseignante au Lycée Français International de Dubaï anouchka.sooriamoorthy@gmail.com

photo du logo : Flickr - Moayad Hussain

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