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ESTONIE - Retour sur l’année 2015-2016

ESTONIE - Retour sur l’année 2015-2016

3 décembre 2015 - par Vincent Dautancourt 

POLITIQUE

Tenues le 1er mars 2015, les élections législatives ont été le temps fort de la vie politique en Estonie. Le Parti de la Réforme a remporté le plus de suffrages, permettant au Premier ministre Taavi Rõivas d’être reconduit à son poste par le président Toomas Hendrik Ilves.


Le président Martin Schulz accueille Taavi Rõivas, Premier ministre estonien, au Parlement européen (Ph : communication Martin Schulz)

Alors que le Parlement comptait seulement quatre partis politiques, le scrutin a été marqué par l’entrée de deux nouvelles formations, le Parti Populaire conservateur estonien (eurosceptique) et le Parti libre d’Estonie (nouvelle formation issue de déçus des partis classiques et de la société civile), avec huit élus chacun. Ce nouvel équilibre politique n’a pas permis à la coalition sortante composée du Parti de la Réforme et des Sociaux-Démocrates d’être reformée et ces derniers ont dû trouver un allier supplémentaire, l’Union pour la Patrie – Res Publica. Si le PLE fut un temps associé aux discussions, ses dirigeants ont finalement choisi de rester dans l’opposition, les autres partis n’étant pas prêts à faire des concessions sur le renouvellement de la vie politique estonienne. Seconde formation en voix, le Parti du Centre demeure au ban de la scène politique, les autres partis ayant annoncé leur refus de collaborer avec un parti jugé trop proche de la Russie.

Cette Russie n’a d’ailleurs pas été absente des débats de campagne. Accusée d’être impliquée dans la guerre en Ukraine, la Russie est considérée comme une menace extérieure contre laquelle l’Estonie doit se protéger. La campagne a été surtout marquée par des prises de position en faveur d’un renforcement de la présence de l’OTAN sur le territoire estonien, alors qu’une centaine de soldats des États-Unis est stationnée depuis avril 2014 sur la base d’Ämari. Les autorités estoniennes sont très méfiantes vis-à-vis du voisin russe, encore plus depuis qu’un policier estonien est détenu par les autorités russes qui l’accusent d’avoir franchi illégalement la frontière entre les deux pays (de leur côté les autorités estoniennes affirment que les services russes l’ont plutôt enlevé en pénétrant sur le territoire estonien). Enfin, l’Estonie doit faire régulièrement face à des violations de son espace aérien de la part d’avions russes.

ÉCONOMIE

En parallèle, l’économie demeure le thème central de la vie politique estonienne avec un débat autour de l’application de la doctrine libérale. Devant les difficultés des populations les plus en difficultés, certains partis, comme le Parti du Centre, souhaiteraient revenir sur certains fondements du système estonien, notamment le taux d’imposition sur le revenu unique de 20 % en vigueur dans le pays en instaurant un taux progressif. Si les idées du Parti du Centre ont le soutien des Sociaux-Démocrates, eux membres de la coalition, le gouvernement a plutôt opté pour une hausse des aides sociales et une réduction des charges sociales pour favoriser l’emploi, le Parti de la Réforme refusant de modifier ce pilier du système fiscal estonien.

La campagne fut également marquée par la question de l’instauration d’une union civile pour les couples non mariés, hétérosexuels et homosexuels. Une loi allant dans ce sens a été votée et promulguée en 2014 après un débat houleux de six mois dans la société (la population était majoritairement opposée à une telle loi). Malgré le vote et la promulgation immédiate de la loi par le président de la République, le débat n’était pas clos pour autant, car nombre de textes législatifs estoniens doivent être amendés avant l’entrée en vigueur de cette union civile au 1er janvier 2016. Toutefois, la nouvelle composition du Parlement rend incertaine la présence de la majorité nécessaire à l’adoption de ces amendements et menace donc la possibilité pour les couples non mariés d’officialiser leur vie commune.

L’Estonien Jan Tallin le développeur de Skype (Flickr - christopher michel)

Sur le plan économique, l’Estonie continue de se distinguer par le succès mondial de start-ups créées par des Estoniens, en Estonie ou à l’étranger. Dans une tradition initiée dans les années 2000 et dont Skype est l’exemple le plus célèbre, des entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies et les communications se développent avant d’être vendues à des groupes d’envergure mondiale.

Alors que l’Europe et la zone euro vivent au rythme de l’évolution de la situation autour de la Grèce, l’État estonien présente une santé économique toujours exemplaire avec peu de dettes et un budget national équilibré. L’économie nationale a retrouvé une santé relativement bonne depuis quelques années, avec notamment une croissance du PIB de 2,1 % en 2014 et un taux de chômage qui continue de diminuer (6,6 % au début de 2015). Ceci ne garantit toutefois pas la disparition des difficultés pour la population dont une partie vit toujours avec seulement quelques centaines d’euros par mois et nombreux sont encore ceux qui partent à l’étranger (notamment en Finlande) pour trouver de meilleures conditions de travail. Si certaines statistiques indiquent un ralentissement des départs vers l’étranger, l’Estonie souffre toujours d’un niveau de vie inférieur à celui de ces voisins scandinaves.

CULTURE

Sur le plan culturel, le cinéma estonien connaît une nouvelle densité avec plusieurs succès et une certaine reconnaissance internationale. Le film Mandariinid (2013, Estonie-Géorgie) a été nommé aux Golden Globes et aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère, une première pour un film estonien. Parmi les réalisations, le nouveau film d’Elmo Nüganen 1944 montre que la Seconde Guerre mondiale demeure une forte source d’inspiration. Ici, le réalisateur raconte l’histoire de deux frères combattant face à face, l’un au sein des troupes allemandes, l’autre au sein de l’armée soviétique, rappelant la complexité vécue par les Estoniens pris entre deux ennemis étrangers. Thème éminemment populaire, le film fut un succès en Estonie dès les premières semaines de projection et il devrait être également projeté à l’étranger. Autre sortie récente saluée : Vehkleja (l’Escrimeur) du Finlandais Klaus Härö, tourné en Estonie avec des acteurs estoniens, qui retrace la vie d’un professeur de sport dans la petite ville d’Haapsalu pendant l’après-guerre.



Du côté du théâtre, la scène estonienne a été marquée par La Passion d’Adam du compositeur Arvo Pärt et du metteur en scène Robert Wilson, présentée à Tallinn au printemps 2015. La troupe NO99, dirigée par Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo, continue, elle, son exploration de la vie politique estonienne avec son musical Savisaar joué en plein cœur de la campagne des élections législatives. Elle connaît aussi un succès à l’étranger en devenant la première troupe estonienne invitée au Festival d’Avignon, avec sa pièce Minu naine vihastas (2014).

Vincent Dautancourt
Docteur en géopolitique, Centre de Recherche et d’Analyse géopolitiques, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
vincent.dautancourt@yahoo.fr

Photo du logo : Flickr - Nikodemus Carlsson

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