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Pays & régions n°24

GHANA - Par Gregory Nutefe Kwadzo

GHANA - Par Gregory Nutefe Kwadzo

Année Francophone Internationale 2015 - 2016



Autrefois appelé « Gold Coast » qui signifie la côte de l’or, le Ghana qui obtint son indépendance en 1957 de la Grande-Bretagne est un pays qui se distingue sur plusieurs plans. Entouré par des pays francophones (le Burkina Faso au nord, la Côte d’Ivoire à l’ouest et le Togo à l’est), le positionnement géographique du Ghana se trouvant dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest majoritairement dominée par des pays francophones a sans doute contribué à hisser le français sur un piédestal dans un pays où différentes langues disposant d’un capital symbolique (Bourdieu 1982) coexistent. Cette politique linguistique émanant d’un pays anglophone se situe autant dans une perspective socio-économique que politique. Sur le plan politique, le Ghana cherchant à affirmer au sein de la CEDEAO (la Communauté des états de l’Afrique de l’Ouest) sa présence dans la sous-région en tant qu’un modèle en matière de bonne gouvernance, du respect des droits et libertés individuelles et institutionnelles et de la démocratie constitutionnelle ne pourra atteindre cet objectif sans une relation fructueuse avec ses voisins francophones et les autres pays de la sous-région.


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3e producteur mondial de cacao (Flickr - francesco veronesi)

Sur le plan économique, les accords signés au niveau de la CEDEAO stipulant la libre circulation des personnes et des capitaux offrent des opportunités au Ghana qui malgré ses atouts économiques (3e producteur mondial de cacao, 8e producteur mondial de l’or, devenu producteur du pétrole depuis 2010), cherche à maintenir un équilibre budgétaire causé par la dépréciation fulgurante de sa monnaie. Ces enjeux économiques et politiques ne manquent pas d’avoir des répercussions importantes sur la vie sociale au sein de la population ghanéenne obstruant les perspectives pour un développement durable du Ghana.

POLITIQUE

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Le président John Mahama (wikimedia commons - chatam house)

Le Ghana ayant connu au cours des dernières décennies une stabilité politique suite à l’instauration d’un état de droit et la séparation des pouvoirs, le Ghana reste un modèle en matière de la bonne gouvernance en Afrique. Fort de cette renommée, le Ghana ne cesse de saisir des opportunités pour consolider son rôle de leader politique. Dans cette perspective, il convient de mettre en relief la signature des accords bilatéraux entre les présidents John Mahama du Ghana et Faure Gnassingbe du Togo en novembre 2014 dans le but de promouvoir l’agriculture, la sécurité maritime, la distribution de l’eau et de l’électricité. Rappelons que le Ghana et le Togo se partagent les mêmes groupes ethniques comme c’est le cas des éwés, des mossis, des dagombas etc. Ce lien ethnique est à renforcer pour maintenir la paix et la signature de ces accords entre ces deux pays voisins constitue en soi un pas décisif dans la normalisation des relations de coopération jadis tendues entre les deux pays. Par ailleurs, ces accords traduisent la volonté des dirigeants politiques des deux pays d’œuvrer ensemble pour trouver des solutions communes aux défis de leurs populations. Toutefois, au-delà de cet accord politique, il se pose la question de traduire en réalité les décisions politiques, car c’est seulement lorsque ces décisions sont efficacement mises en pratique sur le terrain qu’elles pourront améliorer la vie des populations et contribueront ainsi au renforcement des liens politiques.

Dans la même optique de jouer un rôle politique prépondérant dans la région, le président ghanéen qui est actuellement président de la CEDEAO a pris part à la signature d’un accord de paix et de réconciliation en mai 2015 entre les différentes factions impliquées dans la crise malienne. Cet accord fait suite aux pourparlers inter maliens tenus dans la capitale algérienne Alger en juillet 2014 entre les différentes factions impliquées dans la crise malienne. Bien que l’objectif primordial de la signature de cet accord est de ramener la paix au Mali, le rôle du Ghana dans la concrétisation de cet accord se situe dans la perspective de s’affirmer en tant qu’un acteur de poids pour la paix dans la sous-région ouest-africaine. Cette vision pacifiste du Ghana s’inscrit elle-même dans la culture ghanéenne qui encourage la concertation et la résolution de conflits à travers des solutions concertées. Entre autres, c’est pour faciliter ce rayonnement politique dans la sous-région que le Ghana a opté pour une politique linguistique favorable à l’enseignement du français dans un pays où l’anglais reste tout de même la langue officielle et la langue du pouvoir.

ÉCONOMIE

La stabilité économique d’un pays peut favoriser le rayonnement politique et social des citoyens. Dans le cas particulier du Ghana, il convient de soulever le fait que la dépréciation de la monnaie ghanéenne (le cedi) de 31,2 % en 2014 contre le dollar américain (Financial Times, août 2014) a fait du cedi la monnaie la moins performante au monde. Bien que le Ghana reste (selon la firme Ernst & Young, 2014) parmi les 3 pays africains les plus propices à l’investissement et aux entreprises, l’économie ghanéenne reste dépendante du taux d’échange du cedi par rapport au dollar. Ce taux, étant faible, a des incidences sur l’augmentation constante du prix des produits de consommation de base et des services. En 2015, cette dépréciation a continué de 12,5 %. Une des conséquences de cette descente fulgurante du cedi est l’émergence de trois classes sociales. Premièrement, on assiste à la croissance d’une nouvelle élite économique ghanéenne qui s’en sort bien à cause des nombreux investissements dont dispose cette classe et dont les dividendes leur rapportent. Le défi posé par quelques-uns de ces investissements est qu’ils restent généralement à l’abri du système de taxation formelle ou alors ils sont sous-taxés pour des raisons diverses. Une telle situation ne profite pas l’économie du pays et a besoin d’être rectifié surtout dans la mesure le système de taxation actuelle cible principalement les travailleurs de la classe moyenne. Deuxièmement, l’émergence d’une classe moyenne avec ses habitudes de consommation dans les grandes villes ne pourra masquer le désarroi économique du Ghanéen moyen pour lequel il reste difficile, voire impossible de se procurer des produits de première nécessité à des prix abordables. Troisièmement, la majorité de populations qui vivent sous le seuil de pauvreté. Paradoxalement, le début de l’exploitation des gisements de pétrole au large des côtes ghanéennes en 2010 a suscité de nouveaux espoirs pour un lendemain meilleur au sein d’une grande partie de la population. Cependant, le Ghanéen moyen attend avec impatience le jour où il pourra enfin profiter des retombées économiques de cette manne pétrolière.


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Une population jeune et dynamique qui croit en son avenir (Flickr - ubelong)

SOCIÉTÉ

Une pièce étant composée de deux cotées, nous verrons les effets de l’économie sur la société. Sur ce point, notons que malgré les répercussions de la dépréciation du cedi engendrant la vie chère, une des caractéristiques distinctives du peuple ghanéen est la joie de vivre en restant positif, entreprenant et plein d’espoir pour l’avenir. En effet, la participation des Blacks Stars du Ghana (l’équipe nationale de football) à la finale de la trentième édition de la coupe d’Afrique de football 2015 en janvier 2015 contre la Cote d’Ivoire a rallumé des lueurs d’espoir pour les Ghanéens. Bien que le Ghana ait perdu la finale, cette compétition a une fois encore montré l’unité du peuple ghanéen derrière son l’équipe nationale en dépit des divergences politiques. Cette unité s’est également manifestée lors des inondations qu’a subi le pays en juin 2015 engendrant plus d’une centaine de morts et beaucoup de blessés. Ces inondations ont paralysé pendant plusieurs jours l’alimentation en eau potable et en électricité dans un pays où ces services restent défaillants. Aussi, ces catastrophes pointent du doigt d’une part, l’impréparation du pays pour faire face aux situations de crise et d’autre part, les failles inhérentes relevant l’inefficacité des organismes étatiques responsables de l’approvisionnement en électricité et en eau potable dans un pays qui pourtant cherche à se démarquer sur les plans économique et social. Notons qu’en dépit de l’augmentation régulière des tarifs de l’électricité et de l’eau, les services fournis aux consommateurs n’améliorent pas en termes de qualité ce qui fait de ces services de première nécessité des denrées rares. De plus, la difficulté d’accès à l’eau ne manque pas d’être la source de problèmes d’hygiène et de santé publique. En l’occurrence, les 197 cas de choléra recensés au General Hospital en juillet 2014 dans la capitale Accra sont révélateurs des efforts qui restent à faire en matière de santé publique. Aussi, notons que le Ghana n’ayant pas connu la vague de l’épidémie d’Ébola, les autorités sanitaires ont quand même pris des mesures préventives depuis juillet 2014 en accentuant l’éducation, les vérifications sanitaires aux points d’entrée sur le territoire ghanéen ; en équipant des laboratoires de recherche pour le dépistage des cas afin de pallier cette catastrophe sanitaire.

Gregory Nutefe Kwadzo
Enseignant-chercheur - Didactique de Langues et des Cultures
Université du Ghana
nutefekwadzo@gmail.com


photo du logo : Flickr - mondie09

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