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Pays & régions n°24

HAÏTI - Par Fritz Calixte

HAÏTI - Par Fritz Calixte

Année Francophone Internationale 2015 - 2016



POLITIQUE

Une année électorale difficile
Haïti, les années se suivent et se ressemblent : crise politique, évolution économique en dent de scie et intense création artistique et culturelle. La phrase de Gide, « l’art naît de contraintes vit de luttes et meurt de liberté », prend ici un sens proverbial. Elle est loin, cette liberté tant cherchée et qui viendrait limiter la création artistique haïtienne et apporter plus de confort et de bien-être. Durant les douze derniers mois, le pays a avancé en équilibre instable faisant, à chaque pas, craindre une chute.

D’une crise politique à une autre
De l’été 2014 à l’été 2015, les crises politiques se ramassaient à la pelle. L’organisation d’élection dans le pays a constitué une crise ininterrompue. L’opposition, le parlement et le pouvoir se sont livrés à un jeu de poker menteur : chacun clamait vouloir des élections libres, mais cherchait en sous-main à avoir le contrôle du conseil électoral. Cette situation a eu pour effet de rendre impossible la constitution d’un conseil électoral indépendant capable de rassurer toutes les parties et les encourager à prendre part aux élections. Ainsi de février 2010 à août 2015 aucune élection ne s’est tenue dans le pays. Pour arriver à l’organisation du 1er tour des législatives le 9 août dernier, le pays a vogué entre moments shakespeariens et tragédies dantesques.

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Le président Michel Martelly (Flickr - OEA OAS)

Le parlement était devenu dysfonctionnel faute de renouvellement du mandat des députés et sénateurs. L’opposition s’était montrée résolument contre les élections. Le jeu était bloqué. En décembre 2014 Michel Martelly, le chanteur président, a sorti dans son chapeau une commission qui devait lu faire des propositions de sortie de la crise. À l’issue de son travail, la commission recommandait le renvoi du Premier ministre Laurent Lamothe, la formation d’un gouvernement de consensus et la formation d’un conseil électoral avec l’implication des plusieurs acteurs de la société civile. Laurent Lamothe qui faisait figure de favori pour toute éventuelle élection se voyait prendre la sortie sans même la désirer. Le président a fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il a suivi les recommandations de la commission et la situation s’est déliée non sans quelques pressions de l’ambassade américaine, qui a pris fait et cause pour les recommandations.

Un nouveau gouvernement s’est mis en place entre janvier et février 2015. L’opposition faisait son entrée dans le gouvernement. Le conseil électoral tenait séance et communiquait son calendrier. Tout le monde allait bellement aux élections : plus de 70 candidats à la présidence et 2000 prétendants pour les législatives. Parmi les candidats, il y a Laurent Lamothe et Jacky Lumarque, recteur de l’université Quisqueya et la femme du président pour le poste de sénateur du département de l’ouest. Ces trois personnalités auront en commun de se faire recaler par le conseil électoral. Elles ne pourront pas continuer la course. Ici, une brèche est ouverte pour une nouvelle crise. Le collectif des candidats rejetés est formé et organise des manifestations dans les rues pour demander leur réintégration dans la course. Chaque recalé trouvait que c’était injuste et qu’il fallait engager l’épreuve de force avec le conseil électoral.

Quand arriva le 9 août, les incidents ont été légions. Plusieurs candidats, la plupart du temps, proche du pouvoir, croyaient que les élections se gagnaient par la démonstration de force et non par le nombre de votes en leur faveur, ont sorti l’artillerie lourde. Le conseil électoral a annulé les élections dans 25 circonscriptions et dans un département entier. Selon les observateurs, la réaction du conseil électoral est en deçà de ce qu’elle aurait dû être tant les manipulations étaient nombreuses. Une autre brèche s’est là également ouverte pour une autre crise. Plusieurs partis politiques se sont retirés de la course électorale et réclament tout simplement l’annulation de la journée du 9 août 2015. Ils ne veulent plus entendre parler d’élection et demandent le renvoi du conseil électoral et du président de la République. À l’heure où nous écrivons cet article, les élections présidentielles sont loin d’être assurées. Le scénario qui se dessine, c’est celui d’une crise de contestation et d’un nouveau président en manque de légitimité pour les 5 prochaines années.

L’économie pâtit
Dans un tel contexte, les potentialités du pays ne sont pas exploitées et l’économie pâtit de ce climat de crise politique continuelle. Chaque fin d’année, les organismes internationaux révisent à la baisse de bons taux de croissance qu’ils avaient prévu en hausse en début d’année. La rengaine n’étonne plus personne. On sait que les 6, 7, 8 voire 10 % prévus ne seront pas atteints parce que les hommes politiques du pays font tout pour. De cette stagnation économique, ce sont les Haïtiens et les Haïtiennes qui en sont les premières victimes. Ils sont obligés de prendre la route pour la République dominicaine ou la mer pour gagner les côtes des territoires voisins. Le bien-être étant irréalisable sur leur terre de naissance, ils vont la quémander ailleurs quitte à se retrouver pris au piège de politicien en mal de popularité maniant un discours populiste à l’emporte-pièce. C’est le cas en République dominicaine. Plusieurs milliers d’Haïtiens et de descendants se retrouvent pris au piège d’un défaut de citoyenneté et de xénophobie. Ils refont le chemin inverse. Mais, une fois en Haïti ils ne sont pas mieux traités pour autant.


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Une économie toujours chaotique (Flickr - Nations-Unis / logan abassi)

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Yannick Lahens (Ed Sabine Wespieser)

Une bonne année de création
S’il n’y avait pas l’art, Haïti serait réduit dans la demeure du vacarme insensé. Ce pays ne retiendrait pas plus que beaucoup d’autres dans la même situation l’attention du monde. Mais, curieusement Haïti reste Haïti c’est-à-dire un pays de démesure. Le seul pays qui a tenu tête à toutes les plus grandes puissances durant les 4 derniers siècles et qui revient toujours vainqueur. L’Espagne, l’Angleterre, la France et les États-Unis peuvent en témoigner. Georges Anglade en a tiré un discours qui est devenu un petit livre, Le secret du dynamisme littéraire haïtien. On retient de ce livre qu’Haïti est le pays des extrêmes – là où se réalisent en avant-premières les expériences qui ont pour vocation à se généraliser dans le monde. Territoire qui a toujours connu une lutte intense pour la grande espérance. Nul doute que ce côté exceptionnel se traduit dans la création artistique haïtienne, qu’un Basquiat, qu’un Allan Cavé, qu’une Yannick Lahens, qu’un Frankétienne ou encore un Hervé Télémaque soit adulés aux cinq coins du monde.

L’événement artistique qui a retenu l’attention cette année a été sans conteste le CARIFESTA. Pour la première fois, cette grand-messe artistique et culturelle des pays de la Caraïbe s’est déroulée en Haïti. Diverses villes ont accueilli l’art et la création de toute la région en exposition. En plus cette année, des pays comme le Canada, les États-Unis et Mexique étaient de la fête. Cap-Haïtien, Jacmel, Port-au-Prince entre autres ont reçu dans le faste et le décorum d’une culture haïtienne illumine de toute sa créativité. Durant dix jours, du 21 au 31 août, Haïti le cœur battant a montré au monde ce qu’elle savait faire dans la danse, la musique, la peinture, la cuisine, la sculpture, le théâtre, la littérature. Les invités n’étaient pas en reste…

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Fritz Calixte
Docteur en philosophie Université de la Sorbonne
calixte_f@yahoo.fr

Photo du logo : Flickr - Zoriah

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