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Pays & régions n°24

LA DOMINIQUE - Par Jean-Yves Bonnaire

LA DOMINIQUE - Par Jean-Yves Bonnaire

Année Francophone Internationale 2015 - 2016



POLITIQUE

Le Dominica Labor Party maintenu aux affaires
Les élections anticipées du 8 décembre 2014 ont confirmé la mainmise du Dominica Labor Party sur la vie politique dominiquaise. Roosevelt Skerrit a été reconduit au poste de Premier ministre pour un quatrième mandat consécutif. Le parti d’opposition the United Workers Party sous le leadership de Lenox Linton a néanmoins réussi une percée dans la capitale de l’île Roseau en enlevant deux circonscriptions précédemment détenues par le parti au pouvoir. La victoire du DLP donne mandat au Premier ministre Skerrit de continuer les politiques sociales menées depuis plusieurs années et de mettre en œuvre le développement économique proposé dans la profession de foi du parti. Un modèle de développement économique reste cependant à bâtir dans un contexte économique plus tendu en raison, en particulier, des difficultés du pays partenaire vénézuélien, un allié traditionnel de l’île.


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(Flickr - david kirsch)

ÉCONOMIE

Le manque d’investissement dans les secteurs productifs est une source d’inquiétude pour l’avenir
Le Premier ministre Skerrit a présenté le budget 2015-2016 le 24 juillet dernier. La présence en plus grand nombre de représentants du parti d’opposition a rendu le débat parlementaire plus animé que de coutume.
Un budget de 563 millions de dollars des Caraïbes de l’Est a été présenté avec un total de dons provenant de pays amis représentant près de 20 % de ce budget.
La croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) a été plus soutenue que lors de la précédente période budgétaire avec une croissance de 3,4 %. Cependant cette croissance ne s’est pas traduite par une amélioration sensible des secteurs productifs ce qui soulève à moyen et long terme la question des rentrées fiscales dans un contexte de consommation atone et d’investissement étranger en baisse.
L’endettement reste sous contrôle par rapport au PIB (72,9 %), mais dépasse le milliard de dollars des Caraïbes de l’Est. Le service de la dette représentait 18,3 % des recettes de l’État en 2014.

L’agriculture n’a pas redémarré malgré quelques avancées notamment la fourniture aux planteurs de bananes de vitro-plants résistants à la maladie de la raie noire. Le secteur s’est contracté de 1,4 % en 2014. Des centres de réception, tri et distribution de produits agricoles ont été mis en service, mais la filière doit encore continuer à s’organiser pour que ces outils apportent leur plein potentiel au secteur. La construction en cours d’un abattoir aux normes internationales sur le site de Layou n’est toujours pas achevée, mais est promise pour le dernier trimestre 2015. Cet outil se veut un moyen de stimuler la production de viandes locales. Une usine de torréfaction de café offerte par le Vénézuéla au pays est en cours de démarrage avec dans un premier temps des importations de café de pays tiers puis au fil du temps une production endogène puisque le climat de l’ile se prête à la culture de caféiers de qualité.

La pêche ne profite pas encore des infrastructures de qualité construites par le traditionnel partenaire en matière de coopération du secteur pêche le Japon. Les pêcheurs bénéficient de surcroit de conditions exceptionnelles pour l’achat de carburant au travers des points de distribution construits le long des côtes de l’ile grâce au programme Petrocaribe proposé par le Venezuela.

Malgré des chiffres annoncés en augmentation, le secteur de la construction reste fortement déprimé en témoigne la très faible consommation de ciment et le syndicat des entrepreneurs a une nouvelle fois exprimé son inquiétude devant la réduction des carnets de commandes et l’absence de perspectives à moyen terme. Des routes et un hôpital (sur financement chinois) sont annoncés à court terme.

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Les croisières sont toujours un paramètre important de l’économie mais moins florissant qu’avant 2009 (Flickr - rené leubert)

Le secteur du tourisme n’est toujours pas le pilier du développement de la croissance de l’ile que certains voudraient. Le gouvernement maintient cependant son objectif d’en faire un secteur à forte croissance basé sur l’écotourisme et le tourisme de croisière. Si la croisière continue à remonter la pente en terme de nombre de visiteurs, la destination n’a cependant pas retrouvé le nombre d’escales et de passagers d’avant la crise financière de 2008/2009. On observe un plus grand nombre d’escales dont l’impact est annihilé par la plus faible capacité moyenne des navires faisant escale.
S’agissant du secteur hôtelier, les nombreux projets annoncés ou commencés tardent à produire leur effet et l’offre en chambres demeure dramatique basse. Le gouvernement a annoncé que trois de ces projets seraient financés partiellement par le fonds de citoyenneté économique qui permet à des étrangers d’acquérir la citoyenneté dominiquaise moyennant une contribution à un fonds de développement.

Le secteur manufacturier reste en état de léthargie en attente sans doute de voir devenir une réalité le projet de développement de l’énergie géothermique. Le projet dont la date de réalisation a maintes fois été repoussée pourrait enfin démarrer pour la tranche locale, courant 2016. La transition entre l’exploration et l’exploitation commerciale du gisement d’eau à haute température confirmé en début d’année reste soumise au règlement de questions légales et économiques. Le gouvernement annonce une mise en service de l’usine géothermique locale en 2018. La Dominique, espère non seulement couvrir tous ses besoins en électricité, mais également attirer de nouvelles entreprises avec une énergie jusqu’à 3 fois moins chère qu’actuellement et surtout devenir exportatrice d’électricité via deux interconnections sous-marines vers la Guadeloupe au nord et vers la Martinique au sud.
Le gouvernement souhaite inscrire la croissance sur un rythme annuel de 5 à 7 %.


IMPORTANT : quelques jours après l’écriture de cette contribution la Dominique était durement frappée par la tempête tropicale Erika (27 aout 2015).

Cette tempête a provoqué des inondations de grande ampleur, des glissements de terrain massifs, des chutes de pierres sur tout l’ile. Elle a aussi causé la mort d’une quinzaine de personnes et la disparition de plus d’une trentaine d’autres.
Le réseau routier de l’ile est largement aujourd’hui en grande partie détruit, des ponts ont été détruits, les réseaux électriques et d’adduction d’eau potable sont endommagés en de nombreux points.
Une semaine après les évènements, des communautés entières restaient quasiment isolées du reste de l’ile.
Des entreprises privées et un grand nombre d’habitants ont été directement affectés souvent dans des proportions qui vont au delà de leur capacité propre à faire face.
Le Premier Ministre a indiqué que Erika avait renvoyé la Dominique 20 ans en arrière.

Il est désormais clair vu l’ampleur des dégâts et de l’importance des besoins pour la reconstruction que les comptes de l’État seront profondément impactés et que les perspectives de croissance mentionnées dans la contribution sont désormais obsolètes.

Les dégâts seront voisins de un milliard de EC dollars, une sommes considérable pour l’ile dont l’endettement était déjà un sujet de préoccupation.

La solidarité s’organise avec une présence remarquée des Régions françaises d’Amérique, voisins immédiats de la Dominique.


SOCIÉTÉ – FRANCOPHONIE

Une dynamique sociale en panne, mais la francophonie garde sa place dans la culture dominiquaise
Le sentiment partagé par la quasi-totalité de la population est que la vie au quotidien devient de plus en plus compliquée. Les statistiques officielles montrent cependant que la pauvreté continue à régresser.
L’emploi demeure une préoccupation majeure alors que de plus en plus de jeunes Dominiquais diplômés d’universités étrangères ou du Dominica State Collège n’arrivent pas à trouver des postes correspondant à leur niveau de qualification ou à leurs attentes. C’est une problématique qui ne pourra être contrôlée que par un développement massif et accéléré du secteur privé dont le poids actuel dans l’économie est trop faible.

Malgré l’ouverture sur le monde, la Dominique reste très attachée à ses traditions culturelles et à son identité créole bâtie en partie sur son passé français. Ces traditions constituent un lien fort avec l’importante diaspora dominiquaise que l’on retrouve principalement au Royaume-Uni, aux États-Unis, dans quelques iles des Petites Antilles anglophone telles que Sainte-Croix et Saint Thomas dans les Iles Vierges Américaines, Antigua, mais également en Martinique et surtout en Guadeloupe. La relation aux iles françaises ses deux voisines immédiates dans l’archipel des Petites Antilles est symbolisée par le lien commercial opéré par une société de navires à grande vitesse qui constitue de très loin le plus important vecteur de transit de passagers entrant ou sortant du pays. Bon an, mal an, un tiers des touristes de séjour à la Dominique est francophone ce qui donne une idée de l’importance du français pour les différents secteurs économiques de l’ile.
L’ouverture vers le reste du monde ne remet donc pas en cause l’importance du français pour la société dominiquaise.

La Martinique est devenue le 4 février 2015 membre associé de l’Organisation des États de la Caraïbe de l’Ouest (OECS) quand le président du Conseil Régional de Martinique Serge Letchimy et Roosevelt Skerrit président en exercice du conseil des ministres de l’OECS ont signé l’accord de coopération. Cet évènement qui devrait être suivi fin 2015 ou début 2016 par l’adhésion de la Guadeloupe donnera un poids très important aux iles francophones dans la construction politique et économique de la région des Petites Antilles.

L’année écoulée a vu de nombreuses manifestations culturelles, éducatives, sportives, économiques et politiques mettre en valeur l’importance de la langue et la culture françaises pour la Dominique.
Le 28 mars 2015 a été organisé le traditionnel concours de « mademoiselle francophonie » entre des écoles primaires au cours duquel un certain nombre de pays francophones ont été mis à l’honneur. Ce concours a été organisé par l’Alliance Française, le comité de la francophonie et le ministère de l’Éducation dans le cadre du mois de la francophonie. Cette année le thème retenu était « jeunesse, environnement et climat » marquant l’intérêt croissant de l’île nature de la Caraïbe pour ces sujets.


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"Mademoiselle francophonie" ! (Aimablement prêtée par JC Bonnaire)

Il est important de souligner le travail remarquable mené par le BBTrust Inc qui est un organisme francophone à but non lucratif dont l’action vise à soutenir l’éducation et la formation de jeunes en langue française dans le domaine du tourisme, de l’hôtellerie, de la culture, de l’agriculture et de l’environnement. BB Fiducie est un brillant exemple de la coopération francophone dans le secteur à but non lucratif. Ses bienfaiteurs étaient madame Buchet et son fils Thierry Boyer de Paris. A ce jour, le BB Trust a accordé à plus de 100 jeunes Dominicains des bourses scolaires de deux années à fin de poursuivre des études au State College de la Dominique.
Le Premier ministre Roosevelt Skerrit, lors de sa rencontre en mai dernier avec le président François Hollande en Martinique à l’occasion du Sommet Caraïbes climat 2015 a réclamé plus de moyens en provenance de l’état français pour assurer la qualité de l’enseignement du français dans les pays de l’OECS.

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Jean-Yves Bonnaire
Chef d’Entreprise (Industrie)
jybonnaire.css@cwdom.dm

Photo du logo : Flickr - Dan Doan

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