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Pays & régions n°24

MOLDAVIE - Par Maria Neagu

MOLDAVIE - Par Maria Neagu

Année Francophone Internationale 2015 - 2016



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Iurie Leanca, ministre des Affaires étrangères à la cérémonie de signature de l’Accord d’association avec l’UE (Flickr - Conseil de l’Europe)

Après un élan prometteur en direction du rapprochement du pays avec l’Union européenne, qui s’est concrétisé par la signature, le 27 juin 2014, de l’Accord d’association, la Moldavie a connu un automne électoral mouvementé, marqué par un retentissant scandale financier.

Le 30 novembre 2014, les Moldaves sont invités aux urnes pour élire le parlement. Un scrutin dont la mise géopolitique est capitale, car, sur fond de crise ukrainienne et grecque, la victoire des partis dits « pro-européens » (PLDM,PL, PDM) ou « pro-russes » (Parti des communistes, Parti des socialistes) scellerait le sort du pays. Les premiers emportent 55 sièges sur un total de 101 et s’emparent ainsi d’une faible majorité qui leur permet d’investir le Premier ministre. Mais alors qu’ils s’engouffrent dans des querelles internes en essayant de trouver le candidat qui fasse unanimité, éclate au grand jour une immense affaire de fraude impliquant trois institutions financières dont la Banque des économies (BEM) dans laquelle l’État détient 56,13 % des actifs. On apprend, par les médias, qu’un milliard de dollars américains aurait été transféré à partir de BEM via Unibanc et Banque sociale vers des compagnies off-shore enregistrées à l’étranger. La disparition mystérieuse du milliard, qui représente un tiers du budget de l’État et 15 % du PIB, engendre une crise sociale sans précédent. Indignés et surtout très inquiets des conséquences économiques du « vol du siècle » qui ne se font pas attendre, les citoyens moldaves descendent dans la rue pour réclamer justice et vérité. Sous la pression des protestataires et de partenaires étrangers, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international notamment, le gouvernement moldave fait appel à une firme d’audit étrangère à qui il confie le mandat de mener une enquête indépendante. Le Rapport Kroll qui en résulte, rendu public par le président du parlement, Adrian Candu, révèle un schème de transactions complexe, dont les bénéficiaires sont des compagnies appartenant à un prospère homme d’affaires moldave, Ilan Shor, décrit par la presse locale comme proche de certains milieux politiques. Shor briguera d’ailleurs un mandat à la mairie de la ville d’Orhei, qu’il emporte haut la main avec 61,97 % des suffrages.


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Au loin la Roumanie, l’Union européenne... si loin, si proche ! (Ph : Arnaud galy - ZigZag)

C’est donc dans un climat de forte tension sociale et de crise économique et politique que se déroulent les élections locales des 14 et 28 juin 2015. Celles-ci confirment la tendance s’étant dégagée après le scrutin parlementaire, lequel révèle un équilibre fragile dans les préférences de l’électorat moldave pour ses élites politiques « pro-européennes » et « pro-russes ». Si le principal rempart – la capitale Chisinau – revient au maire sortant Dorin Chirtoaca, représentant du Parti libéral, les « pro-russes » se réjouissent d’une victoire nette à Balti, deuxième plus importante ville du pays, à Ocnita, à Briceni, à Anenii Noi et à Cantemir pour ne citer que quelques exemples. Tout compte fait, les socialistes et les communistes ressortent majoritaires dans la composition des conseils municipaux tandis que les libéraux et les démocrates comptent le plus de maires élus ou réélus. Autant dire que l’exercice de gouvernance, et ce, tant au niveau local que national, s’annonce tributaire de la capacité des élus à négocier un rapport des forces à la fois réciproquement avantageux et favorable à l’avancement des principaux dossiers. Car il y a urgence !

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Une histoire digne d’un polar financier...

En septembre 2015, Chisinau doit reprendre les négociations avec le FMI en vue de la signature d’un nouvel accord. La réussite de ces tractations est vitale pour le pays, qui est dépendant du financement de cet investisseur pour mettre en application son programme de développement. Sur le plan de la politique extérieure, la solution du conflit transnistrien redouble elle aussi d’urgence dans le contexte de la guerre en Ukraine. Des défis de taille attendent donc le nouveau Premier ministre, Valeriu Strelet, fraîchement investi dans ses fonctions. Qui plus est, il commence son mandat dans un climat social où le cynisme du citoyen moldave envers la politique atteint son comble, dégoutté qu’il est de voir s’incruster dans les institutions de l’État un réseau d’oligarques corrompus.

La Moldavie demeure d’ailleurs un des pays les plus corrompus d’Europe, au 105e rang dans le classement mondial, selon Transparency International. La lutte contre la corruption figure parmi les conditions à satisfaire en vue de l’intégration dans l’UE. Outre l’éradication de la corruption, la crise financière que vient de traverser le pays réclame des actions immédiates, car elle risque d’entraîner des conséquences désastreuses pour l’économie moldave. La liquidation des trois banques impliquées dans l’affaire du milliard a conduit à la suppression et/ou à la requalification de 3000 emplois. De plus, l’argent injecté par l’État dans le système financier afin d’éviter son collapse a été transformé en dette publique, laquelle atteint maintenant le seuil historique de 1000 euros, approchant de près le PIB. D’autre part, la Banque centrale de Moldavie vient d’annoncer une majoration drastique des taux d’emprunt allant jusqu’à 17,5 %.

Si elle souhaite diminuer ainsi la masse monétaire en circulation et, par le fait même, prévenir une chute fulgurante de la monnaie locale (le leu), cette mesure risque de frapper de plein fouet la croissance économique faute d’accès aux prêts bancaires. D’autant que, pour l’heure, cette mesure semble sans effet sur la dépréciation du leu et l’inflation des prix des biens de consommation courante. À partir d’août 2015, les Moldaves vont devoir composer avec une majoration de 50 % des tarifs pour le gaz naturel et l’énergie électrique, et de 15 % pour le pain et les produits dérivés. L’envolée des prix va se poursuivre, selon les estimations de la BM qui prévoit un taux d’inflation de 9,3 % d’ici la fin de l’année, et de 12 % pour 2016. Aussi, la croissance économique n’atteindra qu’un maigre 1,5 %, un taux largement inférieur à celui enregistré dans les autres pays de la région. Un brutal coup de frein pour l’économie locale qui a pourtant connu ces dernières années des avancées notoires, que ce soit dans le secteur des PME, de la restauration ou encore de l’industrie vinicole.


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La collection de vins Cricova de Vladimir Poutine (Flickr - Maxence)

FOCUS
Les vins de Moldavie, une légende vivante !
Sous cette devise qui se veut être à la fois un slogan publicitaire et une nouvelle philosophie de développement, l’industrie vinicole moldave vit depuis quelques années une véritable métamorphose. Grâce à un programme américain d’aide au développement (CEED II), elle bénéficie des premiers effets positifs d’un plan d’action visant l’amélioration du cadre législatif, l’institution d’un partenariat public-privé, la popularisation et la commercialisation des vins moldaves sur de nouveaux marchés externes et un meilleur positionnement sur le marché interne. Or, le secteur recèle un potentiel économique inouï, ayant comme avantages imbattables : le climat favorable et les sols tchernozioms parmi les plus fertiles au monde. Ainsi, d’une branche économique axée sur la production de masse sous le régime soviétique, la viniculture moldave se réinvente selon une approche nouvelle, qui met en avant la qualité des cépages et la production ciblée. Ainsi, quatre grandes régions ont récemment reçu des appellations géographiques protégées : « Valul lui Traian » au sud-ouest, « Stefan Voda » au sud-est, « Codru » dans le centre du pays et « Divin » qui est réservée aux alcools distillés à partir de vins vieillis. S’alignant sur les standards internationaux en matière de commercialisation, les quelque 300-350 millions de bouteilles de vin produites chaque année en Moldavie arrivent sur de nouveaux marchés. La Pologne est un des plus gros consommateurs, suivie par la République tchèque, la Roumanie et, plus récemment, les États-Unis. De nouveaux consommateurs découvrent ainsi des produits du terroir moldave sur les rayons des magasins spécialisés ou encore dans des concours internationaux où les productions locales s’imposent sans complexes. 2014-2015 fut d’ailleurs une année prolifique en récompenses pour le septième producteur de vins au monde : Gran Medaglia d’Oro pour Muscat Ottonel 2011 de Château Vartely au concours international Città del Vino, La Selezione del Sindaco , médaille d’or également pour Molda Pinot – Merlo Rosé 2012 et pour Sauvignon de Purcari 2012 au Concours international de Bruxelles.

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Constantin Mimi

Les vins moldaves, une légende vivante ! On ne peut que souscrire avec enthousiasme et espoir à ce slogan qui nous emporte dans un coin du monde à découvrir ! Un univers qui dévoile ses collections rares et imposantes, ses cépages locaux au goût authentique, ses légendaires caves à vins de Cricova et de Milestii Mici, reconnues par Guinness comme étant les plus grandes au monde. Bientôt, la Moldavie offrira aussi une nouvelle destination aux touristes curieux d’apprendre quelques bribes d’histoire de sa tradition vinicole : le château Mimi. La propriété appartint à Constantin Mimi, dernier gouverneur de la Zemstvo de Bessarabie (1913 à 1917), avant que cette parcelle de terre bercée par les rivières Dniestr et Prout ne déclare son indépendance de l’Empire russe, le 2 décembre 1917, puis son adhésion à la Roumanie, le 27 mars 1918. La presse de l’époque décrit cet ancien élève de l’École supérieure d’agronomie de Montpellier comme étant un fin connaisseur des vins et un ardent défenseur des produits autochtones à travers des concours et expositions internationaux. Au pays, il fonde en 1901 son propre domaine vinicole selon un projet d’inspiration française et se lance dans la production de vins de cépages européens qu’il exporte à Moscou, à Odessa et à Vladivostok. Son domaine a connu à travers le temps ses heures de gloire et de déclin. Après avoir été un fleuron de l’industrie vinicole de son vivant, il fut confisqué par le régime soviétique et transformé en camp de concentration, puis réhabilité en entreprise de vinification en 1952. Privatisé en 1998, il fait maintenant peau neuve grâce à ses nouveaux propriétaires qui souhaitent redonner au château et aux vignobles adjacents leur éclat d’autrefois. Depuis cinq ans, ils restaurent le château selon une technique spéciale, qui vise à lui conserver sa valeur patrimoniale. Ils souhaitent ainsi offrir aux touristes et à la population locale un lieu de villégiature et de détente, un verre de bon vin à la main, autour d’un délicieux repas. Car un restaurant haut de gamme ouvrira également ses portes à l’intérieur du château, avec le souci de mettre la gastronomie locale au diapason des vins, pour le plus grand plaisir des visiteurs épicuriens.

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Maria Neagu
CÉLAT,
Université Laval
maria.neagu@me.com

Photo du logo : Arnaud Galy - ZigZag

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