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AFI n°25 2016 - 2017

ESTONIE - Par Vincent Dautancourt

ESTONIE - Par Vincent Dautancourt

Année Francophone Internationale 2016 - 2017



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Toomas Hendrik Ilves, président sur le départ (Ph : Flickr - parlement européen)

POLITIQUE et SOCIÉTÉ

Année sans élections directes (les législatives ont eu lieu au printemps 2015 et les élections municipales se dérouleront à l’automne 2017), les regards ont été tournées vers l’élection présidentielle d’août-octobre 2016 au cours de laquelle le successeur de Toomas Hendrik Ilves, qui ne pouvait pas se représenter après deux mandats, a été désigné. Après six tours de scrutin, c’est la représentante de l’Estonie à la Cour des comptes européenne Kersti Kaljulaid (indépendante) qui a été élue. Entrée en fonction le 10 octobre, Kaljulaid est la première femme et la plus jeune, à 46 ans, à occuper ce poste en Estonie.

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Kersti Kaljulaid, à la tête du pays (Ph : Page FB Kersti Kaljulaid)

Son élection a été inattendue après une campagne de six mois qui a mis aux prises principalement six candidats issus des partis politiques estoniens. Pour la première fois depuis la restauration de l’indépendance en 1991, un véritable débat médiatique a eu lieu avant l’élection du président, dont les fonctions sont surtout honorifiques. Siim Kallas (Parti de la Réforme, ancien Premier ministre et ancien commissaire européen), Mailis Reps (Parti du Centre, députée et ancienne ministre), Mart Helme (Parti populaire conservateur estonien, député et ancien ambassadeur), Eiki Nestor (Parti Social-Démocrate, président du Parlement), Allar Jõks (ancien ombudsman soutenu par l’Union pour la Patrie Res Publica et le Parti libre d’Estonie) et Marina Kaljurand (ministre des Affaires étrangères, ancienne ambassadrice soutenue par une partie du Parti de la Réforme) ont multiplié les rencontres, les interventions médiatiques pour se faire connaître.

Toutefois, aucun d’entre eux n’a réussi à fédérer lors des trois tours de scrutin au Parlement, puis lors des deux tours organisés devant un collège de grands électeurs composés des députés et de représentants des communes estoniennes. Les enjeux internes à certains partis, qui ont pu se traduire par des coups-bas, l’indécision d’autres n’ont permis à aucun candidat d’obtenir les suffrages requis. Après ces multiples échecs, il est une nouvelle fois revenu au Riigikogu d’élire le chef de l’État. Pour éviter que ne se répète la même chose que précédemment, les partis politiques se sont concertés pour trouver un compromis et ont proposé la candidature de Kersti Kaljulaid, dont le nom avait déjà été évoqué lors des premières semaines de campagne au printemps 2016. L’élection de cette biologiste de formation dotée d’une expérience de gestion d’entreprise et forte d’une expérience au sein des institutions européennes met fin aux dix années de présidence de Toomas Hendrik Ilves, célèbre pour ses nœuds papillon et son utilisation des réseaux sociaux, qui s’est principalement démené pour promouvoir les réussites de l’Estonie dans le domaine des nouvelles technologies et pour garantir la sécurité nationale de son pays. Malgré des interventions médiatiques fréquentes, Kersti Kaljulaid, qui a vécu au Luxembourg depuis 2004 va, elle, devoir se faire connaître du grand public et créer un nouveau style présidentiel.

Le débat politique en Estonie est actuellement marqué par des oppositions sur plusieurs thèmes de société. L’Estonie s’était distinguée en 2014 en adoptant une loi créant une union civile pour les couples tant hétérosexuels qu’homosexuels. Si la loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2016, les décrets d’application n’ont toujours pas été votés par le parlement faute de majorité suffisante. Malgré les efforts des partisans du projet, aucun compromis n’a pu être atteint. Les opposants au texte cherchent, eux, à faire abroger l’union civile. Dans le même temps, l’accueil de réfugiés venus du Moyen-Orient en Estonie provoque de vifs débats avec une forte opposition d’une partie de la population et du Parti populaire conservateur estonien (EKRE). Ouvertement eurosceptique, contre l’immigration et opposant à l’union civile pour les homosexuels, ce parti gagne en popularité profitant notamment de l’affaiblissement du parti de droite traditionnelle Isamaa ja Res Publica Liit. Des manifestations ont été régulièrement organisées pour dénoncer la politique européenne de répartition des réfugiés entre les membres de l’Union européenne. Les opposants souhaitent défendre l’unité culturelle du pays et arguent que l’immigration constitue un risque démographique pour l’Estonie.

De son côté, le Parti du Centre, principal parti d’opposition, est en proie à des conflits internes avec l’émergence d’une opposition contre son président, Edgar Savisaar, figure de la Révolution chantante à la fin des années 1980 et artisan de la transition politique entre 1990 et 1992. Désormais personnage controversé de la scène politique nationale avec lequel les partis traditionnels ne veulent pas coopérer, Edgar Savisaar, en difficulté avec la justice qui l’a suspendu de son poste de maire de Tallinn, perd progressivement de son poids. Une page politique de 25 ans semble progressivement se tourner en Estonie.

Dans le même temps, la question de la sécurité nationale est constamment évoquée. Le gouvernement estonien est actif pour assurer la sécurité de l’État en appelant à une présence plus active de l’OTAN dans le pays face à la Russie. Ce vœu a été exaucé après la décision de l’Alliance atlantique d’envoyer un bataillon armé en Estonie lors d’un sommet de l’OTAN tenu en Pologne. Enfin, l’Estonie préside depuis mai 2016, et pour six mois, le comité des ministres du Conseil de l’Europe. Ont été placés au rang des priorités les droits des enfants, l’égalité entre les sexes ainsi que les droits de l’Homme et l’état de droit sur Internet.


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Nordica, une nouvelles compagnie (Ph : wmc - Anna Zvereva)

ÉCONOMIE

D’un point de vue statistique, l’économie estonienne a tourné la page de la crise du début de la décennie. Le taux de chômage s’établit à 4,3 % des plus de 16 ans (jusqu’à l’âge de la retraite). La croissance économique n’est pas aussi forte que dans les années 2000, mais se stabilise avec un taux de croissance du PIB établi à 1,1 % en 2015 (pour un total de 20,5 milliards d’euros). Dans le même temps, tant les exportations que les importations sont en baisse par rapport à l’année précédente ce qui témoigne d’une situation mitigée.

L’événement économique de l’année passée est certainement la fin des activités de la compagnie aérienne Estonian air en novembre 2015. L’entreprise a été contrainte par la Commission européenne de rembourser l’aide financière obtenue de l’État estonien au cours des années précédentes. L’institution européenne n’a pas jugé ces aides conformes aux règles du marché unique européen, critiquant notamment l’absence d’un plan économique pertinent pour la compagnie. Face à l’éventualité d’une telle décision, le gouvernement estonien avait pris les devants en créant une nouvelle compagnie aérienne afin d’assurer les liaisons aériennes entre Tallinn et le reste de l’Europe. Ainsi, dès le lendemain de l’arrêt des activités d’Estonian air, les vols ont pu se poursuivre grâce à une nouvelle compagnie nationale baptisée Nordica en collaboration avec des partenaires européens dont la compagnie slovène Adria Airways. Si la compagnie a assuré la transition, il est encore trop tôt pour juger de la viabilité de l’entreprise.
Outre la disparition d’Estonian air, les activités économiques estoniennes sont touchées par les conséquences des sanctions mutuelles entre l’Europe et la Russie, notamment les secteurs de l’agro-alimentaire et du tourisme. Faute de nouveaux débouchés, des entreprises ferment. Les hôtels estoniens perdent les bénéfices liés à la clientèle russe qui s’est fortement réduite. Enfin, les évolutions du prix du pétrole ont une influence sur l’activité industrielle dans l’Ida-Virumaa, au nord-est du pays. Les entreprises exploitant les schistes bitumineux réduisent leurs activités et licencient une partie de leur personnel, compliquant ainsi la situation sociale d’une région déjà en difficulté.

CULTURE

Depuis quelques années, les productions cinématographiques estoniennes de qualité sont plus nombreuses et leur exportation s’améliore. Pour la seconde année consécutive, un film estonien et/ou en estonien, cette année Vehkleja du Finlandais Klaus Härö, a été sélectionné parmi les nominés aux Golden Globes aux États-Unis. De plus, plusieurs sorties de film ont fait l’actualité : Polaarpoiss d’Anu Aun, Päevad, mis ajasid segadusse de Triin Rummet et Klassikokkutulek de René Vilbre. Le premier film évoque la bipolarité à travers deux adolescents, le deuxième plonge le spectateur dans l’Estonie instable des années 1990 et le dernier, comédie populaire qui a battu tous les records en termes d’entrées, met en scène des quadragénaires qui se rendent à une réunion d’anciens élèves.
Afin de promouvoir la production artistique estonienne, le ministère de la Culture finance depuis le 1er janvier 2016, pour une durée de trois ans, cinq écrivains et cinq artistes. Sélectionnés lors d’un concours organisé à l’automne 2015, les bénéficiaires de ce financement public reçoivent 830 euros par mois, une somme suffisante pour leur permettre de s’adonner à la création sans subir les aléas de leurs revenus.


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Un partenariat avec une agence française pour le futur musée National estonien (Ph : dgtarchitect.com)

Parallèlement, l’Estonie fête en 2016 la culture maritime (2015 avait été l’année de la musique). De nombreux événements sont organisés dans toute l’Estonie pour célébrer le lien entre les Estoniens et la mer. Dans la ville université de Tartu, 2016 marque un tournant pour le Musée national estonien. C’est cette année que l’institution fondée en 1909 déménage dans son nouveau centre d’exposition et de recherche sur l’ancienne base aérienne soviétique de Raadi à Tartu. Si l’ouverture du musée n’a eu lieu qu’à l’automne 2016, le bâtiment, conçu par une agence d’architectes basée en France, lui a déjà permis d’acquérir une aura internationale avec l’obtention de plusieurs prix lors de concours d’architecture. Enfin, l’Estonie a perdu l’un de ses plus grands chefs d’orchestre avec le décès d’Eri Klas (1939-2016). Tout au long de sa carrière, il a dirigé plus d’une centaine d’orchestres dans le monde, y compris pendant la période soviétique et a contribué à l’exportation des compositions estoniennes à l’étranger, par exemple celles d’Arvo Pärt.


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Vincent Dautancourt
Docteur en géopolitique, Centre de Recherche et d’Analyse géopolitiques, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
vincent.dautancourt@yahoo.fr

Photo du logo : Flickr - Anita

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