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AFI n°25 2016 - 2017

MAYOTTE - Par Mlaili Condro

MAYOTTE - Par Mlaili Condro

Année Francophone Internationale 2016 - 2017



SOCIÉTÉ

Quelques événements marquants

Juin 2015
- En voyage officiel à Mayotte, le Premier ministre français signe le document stratégique Mayotte 2025 et le CPER 2015-2020. Mayotte 2025 est un document de 23 pages qui se fixe comme objectif de constituer une feuille de route pour le cheminement de Mayotte vers le droit commun de la République. Le CPER 2015-2020 engage l’État et le Département sur un plan d’investissements ambitieux, d’un montant total de 378,5 millions d’euros, dont 193,0 millions d’euros apportés par l’État et 185,5 millions d’euros par le Département.


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Le Premier ministre français lors d’un séjour stratégique pour l’avenir de Mayotte (Ph : Cyrus Cornut - Matignon)

Juillet 2015
- EDM adopte le Tarif de première nécessité (TPN). Destiné aux ménages les plus défavorisés, le TPN est un dispositif instauré par le décret numéro 2004-325 du 8 avril 2004, relatif à la tarification spéciale de l’électricité comme produit de première nécessité. La mesure a été étendue à Mayotte avec un effet rétroactif au 1er janvier 2015.

Août 2015
- Parution au Journal officiel du 28 août du décret d’application de la loi du 28 juin relatif à la réforme de l’Octroi de mer (OM). Cette loi reconduit jusqu’au 31 décembre 2020 le système de différentiels de taxation entre les productions locales (OM interne) et les importations (OM externe) dans les cinq DOM afin de compenser leurs handicaps structurels.

Septembre 2015
- Comme ce fut le cas au niveau national et dans les autres DOM, le RSA a été revalorisé de 2,0 % à Mayotte au 1er septembre 2015. Il atteint désormais 262,08 euros par mois pour une personne vivant seule et sans enfants.

Octobre 2015
- EDM augmente sa capacité de production en inaugurant la nouvelle centrale électrique «  Longoni 2 ». La société a investi 130 millions d’euros en 4 ans pour sa construction avec l’objectif de répondre à une demande énergétique locale dont le niveau de croissance est comparable à celui rencontré dans les pays émergents.

Novembre 2015
- Actualisation du PIB de Mayotte en 2012 par l’INSEE : ce dernier atteint 1,7 milliard d’euros, soit une augmentation de 6,8 % par rapport à 2011. Au niveau individuel, le PIB par habitant s’élève en 2012 à 7 940 €, soit un accroissement de 4,0 % par rapport à 2011 (PIB par habitant révisé à 7 630 €).

Décembre 2015
- Publication par l’INSEE des résultats de l’enquête emploi 2015 et actualisation du taux de chômage à 23,6 % (+3,9 points par rapport à 2014).

- Vote par la Commission européenne du programme opérationnel national du FEAMP sur la période 2014-2020, permettant de débloquer l’enveloppe de 3,04 millions d’euros attribuée à Mayotte sur la période.

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Une grande réflexion autour de l’islam (Ph : wmc - woodlouse)

Janvier 2016
- Le diplôme « Valeurs de la république et Islam » s’installe au Centre universitaire de formation et de recherche de Mayotte (CUFR). La première promotion au diplôme d’État universitaire, « Valeurs de la république et Islam » est constituée de cadis (juges musulmans) et de leurs secrétaires-greffiers, les aumôniers, mais elle devrait s’ouvrir à un public plus large dès la prochaine rentrée.

Février 2016
- Des enseignants, des parents d’élèves et de simples citoyens se sont retrouvés à Mamoudzou pour crier leur ras-le-bol de la violence. Une violence qui est devenue quasi quotidienne aux abords des établissements scolaires de Mayotte. Jusqu’alors, la réponse des autorités a été de dépêcher des gendarmes devant les établissements scolaires, mais cela ne semble pas dissuader fauteurs de trouble.
- Le premier dictionnaire Kibushi (malgache de Mayotte) - Français vient de paraître. Il est l’œuvre de Robert Jamet, qui a vécu quelques années à Mayotte, à Chiconi plus précisément. Et c’est grâce au concours de l’association SHIME, incontournable pour la sauvegarde et la promotion des langues maternelles mahoraises, que ce livre a été publié.

Mars 2016
- L’Alzheimer à Mayotte : la maladie d’Alzheimer est encore peu connue à Mayotte, mais elle est bien présente. La Fédération mahoraise des associations des personnes âgées et retraitées sensibilise et explique à la population les stades différents de la maladie ainsi que ses symptômes pour la réaction appropriée.
- Bouclier Qualité Prix 2016 à Mayotte : les représentants de la grande distribution de Mayotte et le préfet de Mayotte, Seymour MORSY, ont signé un accord sur la composition de la liste du Bouclier Qualité Prix 2016. Cet accord fixe une liste de 78 produits à un prix global de 214 euros. Les produits retenus sont de première nécessité. L’accord signé maintient également le « panier santé » institué l’année dernière 2015.
Ce « panier santé », dont le prix global est plafonné à 63 euros, est composé de 22 produits. Ce sont des produits nutritionnellement équilibrés recommandés par l’Agence régionale de santé. Mayotte est durement confrontée aux multiples pathologies dues aux carences nutritionnelles et à la malbouffe : diabète, obésité, etc.
- Grève générale : plusieurs manifestations à Mamoudzou (la capitale) pour revendiquer l’égalité réelle à Mayotte. Les manifestants, fonctionnaires des services de l’État, agents du secteur privé, retraités et des nombreuses familles ont répondu à l’appel de l’Intersyndicale FSU, FO, CGT, Solidaire, SNUipp, CFDT, SAEM, FAN.
- Mayotte : les Cadis (juges musulmans) de Mayotte lancent l’alerte sur les risques d’une explosion sociale. Ils ont invité les représentants de l’État, des collectivités locales, des organisations patronales et syndicales, de la société civile et des associations, à réfléchir sur les moyens de prévenir les risques d’explosion sociale dans l’île.

Avril 2016
- « Mayotte île morte » : c’était une manifestation spontanée, sans leader, mais qui a été très suivie. Elle a rassemblé une immense foule pour dénoncer l’insécurité. La mort d’un père de famille à Kaweni, poignardé pour un sac à main sous les yeux de son fils alors qu’il venait récupérer celui-ci au Dojo. Mayotte unie contre la violence, c’est l’image qu’on retient de cette manifestation spontanée à l’appel d’anonymes sur les réseaux sociaux dès le soir de cette mort tragique.

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Le maki sous haute surveillance (Ph : Flickr - Sherwood)

Mai 2016
- Moins de fruits dans les champs, les makis, gentils quadrumanes endémiques à l’île de Mayotte, descendent dans les villages pour se nourrir. La saison des fruits se termine, les makis ont faim. En période normale, ils se gavent des fruits dans les champs, loin des hommes. Sauf que depuis quelques années, ils sont obligés de descendre jusque dans les villages, dans les cours des particuliers pour chaparder. Ces animaux sont protégés par la loi et des conventions internationales. Et Mayotte est soumise à ses textes. Les plaintes des cultivateurs se mêlent désormais à celles des villageois.
- Les étrangers sans papiers chassés de certains villages : des villageois du sud de l’île ont procédé des expulsions d’étrangers (en majorité des Comoriens). Des habitations en tôles ont été démolies. Des familles entières se retrouvent ainsi sans abris. Ces opérations d’expulsions illégales se sont déroulées sous les yeux de la gendarmerie nationale.

Juin 2016
- Plus de sacs plastiques à partir du 1er juillet : les sacs plastiques à usage unique seront interdits aux caisses des magasins à compter du 1er juillet 2016.
- Mayotte face aux « coupeurs de routes » : des individus armés attaquent les automobilistes au petit matin sur les routes de Mayotte pour les détrousser. Les automobilistes de la région Sada et de Chiconi ont manifesté leur ras-le-bol en organisant une opération escargot et une grande prière religieuse.

ÉCONOMIE
« Une reprise fragile, marquée par de nouvelles incertitudes » (1)

Un manque de visibilité qui pèse sur le développement
Attendue comme une année de transition devant permettre aux acteurs économiques de s’adapter aux nombreux changements intervenus en 2014, l’année 2015 se caractérise au contraire par un renforcement de l’attentisme, nourri, principalement, par un manque de visibilité des acteurs économiques et un climat social perturbé. Dès lors, l’Indicateur du climat des affaires (ICA) est resté morose toute l’année, se situant en dessous de sa moyenne de longue période. Paradoxalement, les indicateurs macro-économiques sont pour la plupart bien orientés.

Stabilité des prix
En 2015, tout comme en France métropolitaine, les prix sont stables en moyenne à Mayotte (après +0,9 % en 2014).
En glissement annuel, l’indice des prix à la consommation enregistre même un recul de 0,3 % (contre +0,7 % en 2014). Ce repli s’explique par la réduction des prix des produits manufacturés (-1,0 %), de l’énergie (-1,0 %) et de l’alimentation (-0,4 %). La progression de 0,7 % des prix des services atténue cette baisse générale des prix.

Formalisation progressive du marché de l’emploi
Après une forte augmentation en 2014 (+56,7 %), le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (DEFM A) inscrits à Pôle emploi continue de s’accroître en 2015, pour atteindre 11 547 personnes (+12,9 %). Le nombre d’offres d’emploi enregistrées par Pôle emploi s’élève à 2 223, soit une diminution de 7,6 % par rapport à 2014. Selon l’enquête emploi conduite par l’INSEE, le taux de chômage en 2015 croît de 3,9 points par rapport à 2014 pour se situer à 23,6 % de la population active. Mayotte comptabilise 13 900 chômeurs, soit 3 500 de plus qu’en 2014. Cette forte hausse du chômage est la conséquence de la formalisation progressive de la demande d’emploi. De plus en plus de Mahorais s’inscrivent à Pôle emploi afin de se déclarer chômeur, diminuant d’autant le halo autour du chômage (nombre de personnes à la recherche d’un emploi, mais non considérées comme telles par les critères du Bureau international du travail), qui passe de 28 000 à 25 000 personnes. De ce fait, si on ajoute le nombre de chômeurs déclarés à celui du halo, le nombre de personnes à la recherche d’un travail est stable sur un an.

Une consommation des ménages dynamique et des perspectives d’investissement favorables
À l’instar de 2014, la consommation des ménages est dynamique tout au long de l’année 2015. Les indicateurs s’améliorent sur l’année. Les importations de biens d’équipement du foyer progressent de 11,4 % et celles de produits courants de 7,3 %. Les immatriculations de véhicules neufs s’inscrivent également en hausse de 4,7 %. L’encours bancaire des crédits à la consommation s’accroît toute l’année et affiche une augmentation de 12,4 %.
Les chefs d’entreprise maintiennent des prévisions d’investissement favorables sur un an. Ainsi, le solde d’opinion relatif aux prévisions d’investissement demeure positif en 2015. Toutefois, compte tenu de l’évolution des investissements en 2015, ces prévisions demandent confirmation des réalisations effectives en 2016. En effet, les investissements des entreprises sont mitigés sur l’année. Mis à part la concrétisation de projets dans le secteur du commerce, l’investissement apparaît plutôt frileux dans l’ensemble. L’encours bancaire des crédits à l’investissement fléchit de 2,2 %. Par ailleurs, si les importations de biens d’équipement professionnel progressent de 16,8 %, celles de biens intermédiaires se contractent de 4,1 %.

Augmentation continue des importations
La progression de la demande intérieure continue de porter les importations qui augmentent de 5,5 %. Les exportations, toujours faibles et irrégulières, composées majoritairement de réexportations, s’accroissent de 3,1 %. Le déficit structurel de la balance commerciale se creuse à nouveau en 2015 et croît de 5,5 % pour se situer à 493,5 millions d’euros.


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Même l’activité de la construction connait quelques faiblesses (Ph : communication Colas)

Une activité globale au ralenti
Hormis le commerce, dont l’activité bénéficie du dynamisme de la consommation pour s’orienter favorablement, la plupart des autres secteurs soulignent une activité en retrait. Les secteurs du BTP et de l’aquaculture sont particulièrement touchés par une dégradation de l’activité. La filière aquacole connaît de lourdes difficultés organisationnelles qui limitent son développement, tant sur le plan local que pour les exportations. La filière d’exportations parvient tout de même à maintenir une activité, cependant très modérée. En 2015, seulement 17,3 tonnes de poissons d’élevage ont été exportées (+19,4 % par rapport à 2014, -72,4 % par rapport à 2013). L’orientation de la conjoncture dans le secteur du BTP est affectée par le manque de visibilité des chefs d’entreprise sur l’évolution de la commande publique et donc, par ricochet, sur leur carnet de commandes. L’opinion des professionnels du secteur se caractérise par l’incertitude et le manque de confiance. Le secteur reste dans l’attente d’une relance significative de la commande publique, seul levier susceptible d’amplifier son volume d’affaires.

Les entreprises redoutent également une adaptation difficile aux évolutions législatives et fiscales qui apparaissent comme des contraintes supplémentaires pour le secteur. L’activité industrielle est particulièrement faible en 2015, notamment aux premier et troisième trimestres. Les timides regains observés aux deuxième et quatrième trimestres n’ont pas permis de la relever significativement. Pour les services marchands, après un recul de l’activité en 2014, les chefs d’entreprise déplorent un volume d’affaires relativement faible malgré un léger redressement en fin d’année. Leur pessimisme touche notamment leurs prévisions d’investissement qui sont particulièrement détériorées. Malgré les efforts de promotion et la progression du trafic aéroportuaire, l’activité touristique reste limitée. Enfin, l’industrie agro-alimentaire enregistre un recul de son activité.

Une activité bancaire toujours bien orientée

Une collecte d’épargne qui se renforce
Après une année 2014 particulièrement dynamique (+12,0 %), les actifs financiers détenus par les agents économiques mahorais poursuivent leur croissance (+7,5 %) et s’établissent à 501,4 millions d’euros au 31 décembre 2015.

Financement dynamique de la consommation et de l’habitat
L’encours brut total des crédits consentis à l’économie par l’ensemble des établissements de crédit (installés ou non localement) progresse de 4,0 % (soit +36,4 millions d’euros) et s’établit à 949,3 millions d’euros fin 2015 (après +3,2 % en 2014 et +6,7 % en 2013). La forte hausse des crédits à la consommation constatée en 2014 (+14,0 %) se poursuit en 2015 (+12,4 %). Ces derniers, qui s’élèvent à 149,6 millions d’euros, portent l’économie mahoraise sur l’année. Parallèlement, les crédits à l’habitat des ménages (168,7 millions d’euros) et les crédits immobiliers consentis aux entreprises (72,1 millions d’euros) restent vigoureux avec respectivement, +10,1 % et +8,6 % sur un an.

Légère diminution de la sinistralité
Dans la continuité de l’année 2014, les créances douteuses brutes des établissements locaux reculent de 8,0 % sur un an et s’établissent à 40,3 millions d’euros. La qualité du portefeuille s’améliore ainsi légèrement avec un taux de créances douteuses de 5,4 %, en repli de 0,8 point sur un an.

2016, année de relance de l’activité ?
Si l’analyse de la conjoncture économique en 2015 fait ressortir les inquiétudes des acteurs économiques et le manque de confiance en l’évolution à court terme, l’année 2016 comprend des raisons de croire en une possible relance de l’activité, mais contient également des risques susceptibles de maintenir l’économie du Département dans une situation de fragilité. Les chefs d’entreprise prévoient une amélioration au premier trimestre, mais restent toutefois prudents en la jugeant modérée. Le principal enjeu en 2016 réside dans la relance de la commande publique à travers, entre autres, la mise en œuvre effective du contrat de plan État-Région et des programmes opérationnels sur Fonds européens. Par ailleurs, soutenus par une activité bancaire en progression, les entreprises devraient confirmer la réalisation effective de leurs prévisions d’investissement et les ménages maintenir le dynamisme de leur consommation. La conjugaison de ces éléments pourrait alimenter l’activité globale et la mener vers une relance significative.
Cependant, à côté de ces raisons d’espérer cohabitent des contraintes non négligeables susceptibles de mettre à mal le scénario de relance attendu. Le véritable risque porte sur la faiblesse des finances des collectivités locales ainsi que sur leur capacité de maîtrise d’ouvrage. Ces difficultés démontrent la nécessité d’arrêter clairement les priorités sur les projets à mener et d’en définir les échéances afin de relancer la commande publique et restaurer la confiance des acteurs économiques. En outre, l’évolution du climat social, assez perturbé en 2015, ainsi que l’insécurité grandissante à Mayotte, constituent également des freins à la croissance économique.

De ce fait, 2016 apparaît comme une année d’incertitudes où l’activité peut se relancer si les efforts nécessaires sont réalisés ou demeurer au ralenti dans le cas contraire.


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Kaaro et la Cie en lacet (Ph : Alain Julien - www.laboratoire-choregraphique.fr)

CULTURE

Deux compagnies au Festival d’Avignon 2016

Mayotte s’invite en Avignon, au Festival d’Avignon, du 07 au 30 juillet 2016, à la Chapelle du verbe incarné. Mayotte est en Avignon, incarnée par deux spectacles : Les dits du bout de l’île – texte de l’écrivain mahorais Nassuf Djailani, adapté et mis en scène par El-Madjid Saindou de la Compagnie Ariart – et Kaaro des Compagnie En Lacets et Compagnie Jeff Ridjali. Il s’agit de deux spectacles placés sous le signe de l’altérité et de l’ouverture.
Dans Les dits du bout de l’île, le retour au pays natal du poète, après des années passées en France hexagonale, est un prétexte pour interroger la société mahoraise, pour dire le rapport de Mayotte avec la France, les Comores et le Monde. Ainsi, c’est sur une scène dépouillée (un banc, un cadre de porte, un tapis) que se déroule le retour au pays natal, au « pays non pays de mes songes ». Dès son entrée en scène, le poète assiste à un autre théâtre : celui de son île natale.
L’ensemble des fragments de vies interprétées par Dalfine Ahamadi, Nassime Alexandre Hazali et Mmadi Djibaba lui donne à voir, lui permet de redécouvrir la complexité de la réalité mahoraise et les tensions qui la traversent. Et pour insister davantage sur la complexité de la réalité insulaire mahoraise, l’écrivain a fait le choix de l’emmêlement, l’enchevêtrement des langues, des genres. En effet, la poésie est sertie de discours critiques/pamphlets politiques, de chants traditionnels comoriens ; le français, le shimaore, le kibushi et le shigazija s’enchevêtrent. Et le rythme effréné du dzindze de Mmadi Djibaba vient s’ajouter à cet emmêlement/enchevêtrement. Ce choix de l’auteur et du metteur en scène semble nous rappeler que cette terre « s’est accouplée à toutes les civilisations réunies. De gré ou de force, cette terre s’est nourrie de tous les peuples venus à elle.  »
La pièce, dans le choix de la mise en scène et des comédiens, prend le contrepied, dans une certaine mesure, de l’actualité comorienne marquée par un vivre ensemble précaire, par des tensions communautaires à Mayotte. En effet, la présence de Dalfine Ahamadi (Mayotte), Nassime Alexandre (Mayotte), Soumette Ahmed (Grande Comore), Mmadi Djibaba (Moheli) montre la possibilité de l’archipel.
Le deuxième spectacle représentant Mayotte au Festival d’Avignon, Kaaro, des Compagnie En Lacets et Compagnie Jeff Ridjali, à l’instar de Les dits du bout de l’île, propose un espace de rencontre de danses traditionnelles mahoraises et de danses contemporaines, propose un mouvement de va-et-vient entre Mayotte et la métropole. Kaaro est la rencontre d’une femme (Maud Marquet) et de deux hommes (Jeff Ridjali et Damien Guillemin). Sur scène, la rencontre se traduit par le choix des lumières chaudes, des cordes à linges sur lesquelles sont des teeshirts multicolores et d’une berceuse (Mangyna zaza/mangyne) qui renvoient à la réalité mahoraise, et par les gestes, les mouvements des danseurs qui installent le public au cœur de la danse contemporaine. Et les corps des danseurs (blanc, noir) s’enchevêtrent dans le décor multicolore comme pour rappeler aux spectateurs les identités hybrides de Mayotte, de la France et du Monde.
Par Soidiki ASSIBATU, professeur de lettres et doctorant en littérature francophone.

Note sur les compagnies
La compagnie Ariart Théâtre a été créée à Mayotte en 2010. El Madjid Saindou (comédien et metteur en scène) en est le directeur artistique. La compagnie est hébergée à la MJC de Kani Kéli dans le Sud de Mayotte. Et Les dits du bout de l’île est sa première création (2016), présentée dans le OFF du Festival d’Avignon.

La Compagnie Jeff Ridjali est une compagnie qui existe à Mayotte depuis une dizaine d’années. Son directeur artistique est Jeff Ridjali, danseur et chorégraphe professionnel. C’est un habitué du Festival d’Avignon, mais Kaaro est une coproduction de sa compagnie avec la Compagnie En lacets, originaire de Reims et représentée par Maud Marquet.


Note :
(1) Nous reprenons ici le Rapport annuel 2015 de l’Institut d’Emission des Départements d’Outre-Mer.

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Mlaili Condro
Docteur en sciences du langage
c.mlaili@gmx.com

Photo du logo : Flickr - samakhol

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