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Année francophone internationale 2016-2017

SAO TOME et PRINCIPE - Par Edson Costa

SAO TOME et PRINCIPE - Par Edson Costa

Année Francophone Internationale 2016 - 2017



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Ph : Antoine Boureau

CONTEXTE

Ancienne colonie portugaise devenue indépendante le 12 juillet 1975, la République démocratique de São Tomé e Príncipe a été découverte par les navigateurs portugais Joao de Santarém et Pedro Escobar en 1470/1471. São Tomé e Príncipe est un petit archipel d´Afrique de l’Atlantique Sud situé dans le golfe de Guinée à 350 km des côtes du Gabon. Couvrant 1001 km² de superficie, l’archipel est composé de deux îles principales. On les appelle aussi « Iles au Milieu du Monde » ou encore « Iles vertes », São Tomé étant la première terre d’Afrique où furent plantés, au début du 19e siècle, des cacaoyers apportés du Brésil par les colons portugais.
La distance entre l’île de São Tomé et la deuxième île du pays (Príncipe) est de 152 km. Selon le quatrième recensement effectué en 2012, la République démocratique de São Tomé et Principe a 187 356 habitants, dont 93,735 hommes et 93,621 femmes. Selon le même document, 157,526 personnes âgées de 4-64 ans, (84 %), et 22.902 enfants âgés de 0-3 ans (12 %). À cause de sa petite dimension géographique, ce pays reste très méconnu au niveau mondial. Il reste important de comprendre où en est cet archipel après les 41 ans d’indépendance et les principaux faits marquants de ces deux dernières années au niveau de sa situation politique, économique et culturelle.

POLITIQUE

L’organisation politique de STP est basée sur un système démocratique avec des élections présidentielles au suffrage universel direct tous les 5 ans et des élections législatives au suffrage universel direct tous les 4 ans.
Le président nomme un Premier ministre qui constitue son équipe de gouvernement.

Selon l´indice Mo Ibrahim de l’évaluation de la gouvernance en Afrique en 2012, le pays a été classé 11e sur les 53 pays du continent, avec un score de 58 points sur 100. Généralement, à São Tomé e Príncipe, la situation politique est caractérisée par l’instabilité au Parlement due notamment aux chutes de plusieurs gouvernements sans majorité. En outre, l’indice de perception de la corruption de « Transparency International » a classé le pays 72e sur 174 pays en 2012 contre 100e en 2011.
Malgré cette tendance à l’amélioration des indicateurs de gouvernance, le pays a connu des tensions politiques au cours du dernier trimestre de 2012. En effet, le 21 novembre, un groupe de 14 députés des partis de l’opposition a présenté une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Patrice Trovoada. Le jour prévu pour débattre cette motion, le président de l’Assemblée nationale en exercice Evaristo Carvalho, qui est membre du même parti que le Premier ministre a démissionné.

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Patrice Emery Trovoada à l’ONU (ONU - J Carrier)

Suite à cette démission, les 29 membres de l’opposition sur les 55 députés de l’Assemblée nationale ont convoqué une session parlementaire le 28 novembre pour élire un nouveau président de l’Assemblée nationale et pour discuter de la motion de censure. En dépit de l’absence du Premier ministre lors de cette session, les 29 députés ont voté la motion de censure. Le 5 décembre, le président a signé un décret démissionnant le Premier ministre de ses fonctions. Dans le but de sortir de l’impasse politique et institutionnelle, le président Pinto Da Costa a nommé Gabriel Ferreira da Costa (indépendant), le 10 décembre 2012. Ce nouveau gouvernement a été formé le lendemain même. Suite à cette situation, les députés du parti du gouvernement ont alors parlé à ce moment-là de coup d´État constitutionnel. Malgré, une situation où la totalité des 55 députés n´étaient pas présente à l’Assemblée nationale, le budget de l’État de l´année 2013 a été approuvé le 14 mars. ’C’est la deuxième fois que Patrice Trovoada en tant que Premier ministre a été la cible d’une motion de censure, la première fois était en mai 2008, trois mois après le début de son premier mandat.)

Les élections législatives du 12 octobre 2014 restent sans aucun doute l’événement majeur du XXI siècle dans la vie politique santoméenne. L’enjeu politique était de taille, les électeurs devaient trancher entre rester fidèles à leur choix électoral ou promouvoir la stabilité politico-gouvernementale en accordant la majorité absolue des voix à un seul parti. Pendant les campagnes électorales qui ont précédé les scrutins, les partis politiques ont compris cet enjeu et ont tous, les uns après les autres, demandé aux électeurs de leur accorder une victoire absolue dans les élections, un facteur qui pourrait leur donner une grande marge de main-d’œuvre au parlement. En effet, dans un système semi-présidentiel, dans lequel le parlement joue un rôle majeur dans la vie politique, comme c’est le cas de S. Tomé, l’objectif majeur des partis politiques est non seulement de gagner les élections, mais aussi d’obtenir une majorité absolue des 55 sièges à pourvoir.

Pour comprendre les événements politiques qui ont marqué l’année 2014, il faut revenir en 2012 pour rappeler ce qui s’est passé. En effet, après la chute du gouvernement de l’ADI (Action Démocratique Indépendante) en 2012 par une motion de censure émise par les partis de l’opposition (MLSTP/PSD, PCD et MDFM/PL), l’ADI, parti vainqueur des élections de 2010 et son leader Patrice Emery Trovoada le Premier ministre en fonction à ce moment, restent écartés de la vie politique pendant deux longs ans.

Ainsi, les élections législatives du 12 octobre 2014 consacrent la victoire de l’ADI avec une majorité absolue (33 députés sur 55) et le net recul du MLSTP (16 sièges contre 21 lors de la précédente législature). Le président Pinto da Costa rappelle à la primature Patrice Trovoada et nomme le 30 novembre un gouvernement entièrement composé de membres ou de proches de l’ADI.
Cette victoire inédite à la majorité absolue, nous l’avons dit, n’est pas un fait isolé, elle est due à un contexte où les électeurs avaient hâte de voir le parti ADI incarné par son leader Patrice Trovoada retourner au pouvoir, après la « traversée du désert » de 2012 à 2014. Cette analyse est illustrée notamment par la victoire du même parti aux élections municipales de la même année, étant donné qui ce dernier a remporté 6 des 7 municipalités à pourvoir. Ces deux victoires symbolisaient aux yeux de ceux qui ont choisi ce parti, y compris de ceux qui n’ont pas voté, un changement de la situation politico-institutionnelle à ce moment-là. En fait, la chute du gouvernement de l’ADI par la motion de censure en 2012 a été aperçue par la majorité des santoméens comme un fait injuste, certains parlaient même d’un « coup d’État constitutionnel ». Ainsi, le retour au pouvoir de ce parti a redonné l’espoir d’une stabilité institutionnelle, dans un pays où le parlement, nous lavons dit domine la scène politico-gouvernementale. De ce fait, à peine arriver au pouvoir, Patrice Trovoada a entrepris une série de mesures sociales et économiques, notamment l’instauration d’un salaire minimum au niveau du secteur public et privé, l’augmentation de pension pour la retraite, la concession des visas court-séjour (visa touristique) pour les ressortissants des pays de l’Union européenne, la construction des routes, l’édification de l’eau potable dans plusieurs communautés, l’achat des nouveaux générateurs énergétiques, l’acquittement des dettes de l’État vis-à-vis des entreprises privées, etc.

De ce fait, dans un moment où le pays s’apprête à organiser les élections présidentielles (la sixième de son histoire depuis l’avènement du régime démocratique en 1991), le 17 juillet 2016 et où les électeurs seront amenés à évaluer les actions du Gouvernement de l’ADI et de son leader entre 2015 et 2016, l’enjeu majeur pour le parti au pouvoir c’est de parvenir à remporter ces élections, par le biais de son candidat Evaristo Carvalho, afin de se rassurer quant à la venir de ses programmes gouvernementaux et de son projet politique.


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Le cacao toujours fer de lance de l’économie (Ph : Antoine Boureau)

La galerie de photographies d’Antoine Bourreau - Sao Tomé e Principe


ÉCONOMIE et SOCIÉTÉ

São Tomé e Príncipe comme autre petit État insulaire en développement dispose d’une très vulnérable aux chocs exogènes. Au cours des dernières années, les pénuries alimentaires ainsi que la crise économique et financière internationale en cours ont affecté négativement le pays. L’archipel de São Tomé e Príncipe tire traditionnellement l’essentiel de ses ressources de l’agriculture et la pêche, mais ces secteurs demeurent très peu performants, car ils sont peu professionnalisés. Quand on parle du revenu de l’économie santoméenne on doit le relier principalement à la production de cacao et du café – ce qui lui a valu le surnom d’« île Chocolat ». Toutefois, le pays fonde de nouveaux espoirs sur l’exploitation des hydrocarbures et le tourisme. Dans les années 1990, São Tomé et Principe était l’un des principaux exportateurs du cacao au niveau mondial, mais suite à un manque de politiques d’investissement sur ce produit là, le pays a connu une grande chute. De nos jours, le cacao représente 90 % des exportations, avec quelque 4 000 tonnes par an, ce qui reste modeste par rapport à la production mondiale.

Depuis le début des années 2000, on a découvert la possibilité d’extraire le pétrole à S. Tomé. Quelques années après, cela tarde à se concrétiser, la population désespère et a hâte que le pétrole devienne en effet une réalité pouvant transformer durablement la situation financière du pays.
Pour cette année le budget de l’État est d’environ 170 millions de dollars, un peu plus par rapport à celui de 2015 qui était de 154 millions de dollars. Pour obtenir un tel montant, le pays devra bénéficier d’une importante aide extérieure (alimentaire et financière) tant multilatérale (FMI, Banque mondiale, BAD, UE, PNUD) que bilatérale (Portugal, Taiwan, France, Brésil, Japon, États-Unis). Le risque majeur de cette situation ce sont les successifs endettements du pays comme l’on a pu vérifier au fil des années.

En mars 2016, la directrice du Fonds Monétaire Internationale en Afrique Antoinette Sayeh, était à São Tomé pour la première fois afin de faire une évaluation sur l’état de l’économie santoméenne. Antoinette Sayeh, a estimé qu’à cause de la crise économique internationale qui a frappé les principaux bailleurs de fonds en Afrique, São Tomé doit faire face à cette situation, en instaurant une série des politiques internes dans le secteur fiscal afin d’augmenter ses propres recettes. Elle considère par exemple que l’État ne doit pas négliger les recettes fiscales du marché économique informel. De plus, elle défend la nécessité pour l’État de mieux promouvoir ses principaux produits sur la scène internationale, c’est notamment le cas du cacao et du tourisme. Toutefois, malgré un contexte international défavorable, le FMI prévoit une croissance annuel de 5 % dans l’économie santoméenne pour l’année 2017/2018 et souligne le fait que le taux d’inflation soit le plus bas des 20 dernières années.

Avec peu près de 66 % de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté et un budget national dépendant à 90 % de l’aide internationale, São Tomé et Príncipe est l’un des pays les plus pauvres du continent africain. En 2015, l’UNICEF a effectué une étude sur la situation des enfants dans le pays et a conclu que 70 % de la population infantile vit dans la pauvreté.
En janvier 2016, le gouvernement de Patrice Trovoada a instauré le salaire minimum pour la fonction publique à un million cent mille dobras, c’est à dire environ 40 euros et a augmenté la pension minimale des retraités à l’ordre de 800 000 dobras, soit environ 35 euros.
Reste à savoir si avec les différentes politiques macro-économiques envisagées par le gouvernement si le pays saura retrouver son indépendance économique et par conséquent sa stabilité économico-financier.


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Prêts pour l’éducation ? (Ph : Antoine Boureau)

CULTURE

Dans un pays à de faibles ressources économiques et financières, la part du budget de l’État consacré à la culture est très faible. Malheureusement avec des dossiers prioritaires dans l’éducation, santé et infrastructure, la culture semble être reléguée à un plan inférieur. C’est peut-être l’une des causes de la disparition de plusieurs groupes culturelles. Ainsi, en 2015 le ministre de l’Éducation, de la Culture et des Sciences, Olinto Daio, ayant constaté ce fait, a fait le tour du pays et essayé d’être en contact avec plusieurs groupes culturels, afin de revivre ou réveiller certaines identités culturelles en voie de disparition. Toutefois, malgré les difficultés éprouvées dans ce secteur, les traditionnelles fêtes de freguesia semblent ne pas reculer.

L’année culturelle 2014/2015 a été marquée par lesdites fêtes de quartier. En effet, São Tomé et Príncipe étant un pays majoritairement catholique, toutes les années les différentes villes, quartiers et villages fêtent leur saint. C’est notamment le cas de la fête de Sao Pedro qui a été fêté le 31 janvier 2015, fête de Ribeira en février et Deus Pai en juin 2015. Ce sont les principales fêtes des Saints à Sao Tomé. En effet, pendant ces fêtes on peut observer les différentes manifestations culturelles, comme tchiloli, puita, bulawé, des festivals musicaux, etc. En effet, si ces fêtes ont une vocation religieuse, elles constituent une fenêtre d’opportunité pour l’expression artistique et culturelle des nouveaux talents.

Depuis mai 2015, on assiste à de nouveaux espaces de manifestations culturelles à Sao Tomé et Príncipe, c’est notamment la réalisation du concours/festival STP music awards. Sous la divise « unis par la musique », STP music awards devient depuis l’année 20015 l’événement culturel le plus marquant au pays. Cet événement visait à récompenser les musiciens nationaux des différentes catégories, notamment le meilleur album, la musique de l’année, le meilleur vidéoclip, la musique de l’année, le meilleur groupe traditionnel, la meilleure musique traditionnelle l’artiste découverte, la meilleure artiste du sexe féminin, le meilleur rap/hip-hop, entre autres. Ce qui doit être retenu dans ce type de spectacle/gala musical, c’est qui en premier lieu, il existe une nette valorisation constante de l identité culturelle santoméenne. Il y a l’idée qu’à travers ce gala musical dans lequel sont réunis la majorité des artistes santoméens, on parvient à mettre en valeur les musiques et les autres manifestations culturelles nationales.

En suite, c’est une cérémonie à laquelle sont invités les hommes politiques, les entrepreneurs, les différentes organisations de la société civile et quelques artistes internationaux. Cependant, ce gala reste un peu élitiste dû le prix pratiqué par les organisateurs étant presque équivalent à un salaire minium.
Ainsi, ce que doit être retenu sur l’année culturelle 2014/2015 à São Tomé, c’est la survie des principales fêtes de freguesia, comme Sao Pedro et fête de Ribeira, malgré les difficultés financières et l’apparition des nouveaux espaces d’expressions culturelles tels que le gala STP music awards.


La langue française (Par Solène Leblanc-Maridor - directrice de l’Alliance Française de STP)
Ancienne colonie portugaise, Sao Tomé et Príncipe est un pays lusophone mais le français y joue un rôle primordial en raison de sa position géographique. Entouré de pays francophones dans le golfe de Guinée, les échanges économiques avec le continent, notamment avec le Gabon, sont intenses. De plus, le français est enseigné en tant que 1ère langue vivante obligatoire dans les établissements scolaires dès la 6ème année de scolarité (11 ans). La première langue étrangère avec laquelle les jeunes sont en contact est donc le français et nombreux santoméens y sont très attachés.
Depuis 1999, le pays est membre de l’OIF et selon les chiffres, 65% des santoméens sont locuteurs de français.
Depuis plusieurs années, l’Ambassade de France soutient le rayonnement de la francophonie dans le pays notamment à travers des bourses aux étudiants, le financement de formations pour les enseignants de français et son appui à l’Alliance française, très active sur l’île.

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Edson Costa
Licence en Science Po, Master en Ingénierie Électorale et Démocratisation Comparée à l Université Lumière Lyon II
Chef du Département des Ressources Humaines à la Mairie de Mé-Zochi (São Tomé)
donedson2@live.fr

Photo du logo : Antoine Boureau
www.antoine-photos.com

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