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Diversité culturelle

FRANCE / SYRIE - Kalîla et Dimna, l'inspiration syrienne de Jean de La (...)

FRANCE / SYRIE - Kalîla et Dimna, l’inspiration syrienne de Jean de La Fontaine

Bab Assalam par Arnaud Galy



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Bab Assalam soigne son entrée sur scène. Incontestable. En trois temps. La grand-mère, pivot de l’histoire, prend possession de la scène avec autorité et bienveillance. Finement manipulée par Laurent Bastide, la marionnette, mamie universelle, hypnotise le spectateur. Tel le Marcheur de Giacometti, Raphaël Vuillard suspendu à sa clarinette traverse l’espace comme posé sur un tapis volant. Khaled Aljaramani et Mohanad Aljaramani apportent la touche finale à la mise en place. À la suite l’un de l’autre, ils fendent la salle, percussions en main. Ils rythment, cadencent, ouvrent le bal. La fable plutôt. Car ce voyage musical, marque de fabrique de Bab Assalam, plonge le public dans une fabuleuse enquête policière.

Point de meurtre dans les deux premières minutes, mais une mort quand même, celle d’une pauvre tortue à qui deux canards offrirent le plaisir de voler, accrochée par sa bouche à un bâton soutenu par les deux volatils. Trop heureuse de l’expérience, la tortue hurle son bonheur et... chute. Quelle histoire ! Une histoire Shéhérazadienne à dormir debout... une fable La Fontainienne ! Et c’est là qu’est dévoilée l’intrigue de la pièce, de l’enquête. Un petit garçon s’interroge. Lui, réfugié syrien, arrivant en France et découvrant les turpitudes des cours de récréation, prenant en pleine face les malsaines questions de couleurs et de prétendues races, réalise que l’histoire que lui comptait sa grand-mère, au pays, était ici attribuée à un certain La Fontaine. Saperlipopette, comment sa grand-mère connaissait-elle ce mystérieux La Fontaine ?

Et là, coup sur la tête pour le spectateur français... La Fontaine a pompé l’idée de ses fables sur un certain Ibn al-Muqaffa, auteur de Kalîla wa Dimna (Le Livre de Kalîla et Dimna) au 8e siècle, lui-même ayant été inspiré par les fables d’un penseur indien, Bidpaï. Sacrebleu, penseront les franchouillards ! Insulte suprême à Nôtre fabuliste hôte éternel du Père-Lachaise ! Que nenni, La Fontaine, lui-même, reconnaissait dans sa préface originelle cet emprunt assumé. Les siècles et les éditeurs successifs gommèrent, souvent, cette information capitale. Triste. Elle n’amoindrit pas le talent de La Fontaine. Elle permet simplement de nous construire un imaginaire, une histoire, des racines communes et de nous relier !


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Comme nous relie Bab Assalam et son concert spectacle, qui en terme choisi, est une wasla. En arabe « wasla » signifie « ce qui relie ». Soit une histoire majeure, entrecoupée de « petites histoires », illustrée par une musique et des chants alternants la lenteur, la voix chaude sucrée orientale et l’accélération confinant à la transe. Les derviches tourneurs ne sont guère loin... L’Inde, la Syrie, La Turquie, berceaux des histoires emblématiques qui éduquent et amusent les petits Français. Quel bonheur ! Khaled Aljaramani au chant et à l’oud et Mohanad Aljaramani, pratiquant le même art auquel s’ajoutent les percussions, nous embarquent sans ceinture de sécurité – attention aux turbulences - dans ce voyage dans le temps et le brassage des cultures.

Quel paradoxe que ce soient des artistes syriens, exilés, qui viennent bousculer nos certitudes. Nous apporter un message de paix. Certains crieront à la dangereuse naïveté, à la candeur enfantine. Dommage pour eux. Oui, nous avons des racines communes avec les peuples qui, aujourd’hui, effraient le monde dit occidental. Pourtant au fil des siècles, Kalîla et Dimna et par conséquent les textes de Bidpaï furent traduits dans moult langues sur les cinq continents. Transmis par les grand-mères du monde ! Invasion pacifique.

Une impressionnante sphère surplombe la scène, Bertrand Saugier est aux manettes, il projette des images « en direct » parfois abstraites, souvent figuratives. Les interrogations d’une grand-mère, le déplacement de l’homme dans le sable, les miniatures – enluminures qui illustraient les versions orientales de l’œuvre. C’est beau. Oui, le mot « beau » est un mot simplet, naïf, encore une fois. Basta ! Mot assumé. Bab Assalam invente du beau intelligent. Un beau qui nous relie... ne serait-ce pas aux religions de produire cet effet, étymologiquement parlant ? Bab Assalam le fait, lui !

Photos (4) : Michel Cavalca


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