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Sénégal - Pérégrinations saint-louisiennes !

Sénégal - Pérégrinations saint-louisiennes !

Blog tenu par Annabelle Maugé*




24/10/16


« Ce que j’aurai en Europe, ce sera toujours mieux qu’ici. »

Ibrahima a 25 ans. Depuis quelques mois, il prend son poste chaque nuit dans une auberge. Il prépare des sandwichs et garde parfois l’établissement. Mais Ibrahima veut partir. Destination l’Europe.

Sur les murs beiges de l’auberge, Nelson Mandela et Léopold Sédar Senghor scrutent, bienveillants, la clientèle. Une minuscule télé accrochée au mur diffuse les télénovelas dont raffolent les Sénégalais. Voyageurs, clients et prostitués se croisent dans les couloirs sombres. Pas de blabla. On ne s’enquiert pas de la famille, on ne se regarde pas. Les statues en bois sont les seules témoins des allées et venues incessantes. À l’accueil, Hibou (son surnom) est assis sur une chaise métallique. Les barres du dossier lui labourent le dos. Il répond aux sollicitations et se connecte sur sa tablette. Un ami arrive. Ils parlent de rap. Ibrahima se définit comme un rappeur. Claquettes Adidas, bonnet rouge et noir, jean descendu en dessous des fesses, short rouge en guise de caleçon, faux diamant à l’oreille gauche, chaîne autour du cou, gourmette, le jeune homme cultive son style. Avec ses potes, il prépare une chanson. Il aime aussi séduire les jolies gazelles. Tout se passe bien, sauf l’argent. Le jeune homme gagne moins de 50 euros par mois. Il veut une meilleure vie. Un avenir. Il prépare son départ, dans l’illégalité.

Tu peux te présenter ?
Je suis né en Guinée Bissau, à quelques kilomètres de la frontière sénégalaise. J’ai grandi dans un petit village. La commune la plus proche était à 25 kilomètres. Je n’ai pas été à l’école traditionnelle. J’ai pris des cours coraniques dans un daara. J’aidais ma famille aux champs et en 2008, je suis arrivé au Sénégal. J’ai exercé plusieurs emplois, dans un restaurant et un village de pêcheurs notamment. Maintenant, il faut que j’aille en Europe.

Pourquoi veux-tu partir en Europe ?
Principalement pour ma famille. Je pense à mes parents depuis que je suis petit. Mon père est décédé. Je veux offrir une vie confortable à ma mère au village. Je dois lui envoyer de l’argent. Au Sénégal, tu peux travailler jusqu’à la mort, tu n’auras rien, tu n’auras pas d’argent. Je veux un jour avoir une maison.

Dans quel pays veux-tu aller ?
Si je trouve du travail en Libye, je vais y rester un peu et envoyer de l’argent à ma famille. Mais je voudrais vraiment aller en France, c’est dans mon cœur. Je vise l’Espagne pour le moment. C’est plus simple d’y arriver et il y a plus d’opportunités. On verra ensuite pour la France. Du ménage, des chantiers… je ferai n’importe quel métier.

Quand est prévu le départ ?
Je veux partir avant la fin de l’année. J’ai besoin de 500 000 francs CFA (un peu moins de 800 euros, NDLR) pour le voyage. J’ai réuni 75 000 francs CFA. Mais ça ira Inch’Allah. Je dois faire un passeport guinéen et ensuite, je vais partir à Dakar, au Mali et je vais continuer jusqu’en Libye. Je traverserai la Méditerranée si j’ai assez d’argent.

Tu ne parles ni anglais ni français, comment tu vas communiquer ?
Je parle wolof et pulaar. C’est vrai que j’aurais aimé vous répondre sans l’aide d’un traducteur. Je vais m’en sortir sur la route. Je vais savoir si les gens veulent me tromper ou me voler. Je vais essayer de trouver quelqu’un qui puisse communiquer pour moi.

Tu n’as pas peur du voyage, des passeurs, des mauvaises rencontres ?
Je sais que ce sera dangereux, mais il n’y a pas de problème. Chaque jour, je peux mourir donc je n’ai pas peur. Je vais bien cacher mon argent aussi. Quand je m’assois, je réfléchis à tout ça. Même si je peux mourir dans un bateau ou le désert, je partirai.

Comment imagines-tu l’Europe ?
Ce que j’aurai en Europe, ce sera toujours mieux qu’ici. L’Europe, c’est beau, c’est parfait. C’est pas comme au Sénégal, mais je sais que ce sera dur au début. Il y a des gens cool et moins cool.

Traduction du pulaar : Oumar Balde


25/092016


Les naufragés saint-louisien du Radeau de la Méduse

Le tableau de Géricault, Le Radeau de la Méduse, attire les regards et la curiosité au premier étage du musée du Louvre de Paris. Mais au-delà du mythe, combien connaissent l’histoire tragique de cette peinture ?

Le destin du tableau Le Radeau de la Méduse de Géricault est lié au Sénégal, à Saint-Louis particulièrement. Il y a 200 ans, le 2 juillet 1816, le navire la Méduse s’échoue au large de la Mauritanie avec à son bord 400 passagers. Sa destination est Saint-Louis. Tous n’arriveront pas jusque là.

La frégate prend la mer le 17 juin de l’île d’Aix, en France. Elle est accompagnée de trois autres bateaux, la Loire, l’Écho et l’Argus. Ils voguent vers le Sénégal. L’objectif de cette caravane est de reprendre possession de cette colonie française conquise par les Anglais en 1809. Les navires transportent le nouveau gouverneur, le colonel Schmaltz ; des fonctionnaires ; des soldats formant le bataillon du Sénégal ; des passagers et du matériel. La Méduse est dirigée par le commandant Hugues Duroy de Chaumareys. Rapidement, la Méduse et l’Écho devancent l’Argus et la Loire. Le commandant Chaumareys prend la décision de ne pas attendre les deux bateaux.
Les navires font route vers le banc d’Arguin (Mauritanie). L’endroit est craint par les marins. Il est mal connu et mal localisé. Il s’agit d’un plateau sous-marin parsemé de bancs de sable qui ne sont qu’à quelques mètres de profondeur. Pour contourner l’endroit, le ministre de la Marine avait donné des consignes strictes à Chaumareys. À cause d’une erreur d’appréciation, la Méduse touche le fond. Le navire s’échoue le 2 juillet 1816.


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Le Radeau de la Méduse

Le radeau prend vie
Le bateau dispose de six embarcations, insuffisant pour évacuer les 400 passagers. Un radeau est construit. Il prend la forme d’un rectangle de 140 mètres carrés. Plus de 100 soldats y montent, ainsi que des officiers, des marins, et des ouvriers. Une femme prend également place, une cantinière qui accompagne son mari. Ils sont 150, le chiffre est approximatif, à s’entasser sur cet abri de fortune. Les canots et le radeau partent le 5 juillet. Quatre embarcations remorquent le radeau. Tour à tour, ils le délaissent. Jacques-Olivier Boudon, auteur du livre Les Naufragés de la Méduse rapporte, d’après le témoignage d’un passager à bord du canot du commandant, ce choix : « La décision de ne pas secourir le radeau est venue du grand canot, donc très vraisemblablement du colonel Schmaltz. Aucun des officiers de marine présents à bord n’a protesté contre cet abandon de 150 hommes dérivant en pleine mer.  » L’explication invoquée ? La faiblesse des canots. La véritable raison serait plutôt d’ordre social. Certaines personnes craignaient qu’une foule se jette sur les canots, témoignant ainsi d’un profond mépris social. C’est le début de l’horreur pour les occupants du radeau de la Méduse.

Tempête, révolte et cannibalisme
« Nous étions tellement serrés les uns contre les autres qu’il était impossible de faire un seul pas. (…) Les naufragés sont envahis par le désespoir, se voyant déjà morts de faim et de soif  », décrit Jacques-Olivier Boudon dans son œuvre. La lente dérive du radeau s’avérera cauchemardesque pour ses occupants. Les faits sont basés sur les témoignages de certains survivants, notamment le chirurgien Savigny, le charpentier Touche-Lavilette et l’ingénieur Corréard.
Sur le radeau, une hiérarchie sociale s’établit. Les officiers, passagers et cadres d’équipage se placent au centre, les soldats aux extrémités. L’embarcation est soumise aux vents et aux courants. Une tempête sévit dès la première nuit. Les cris et l’obscurité créent une atmosphère de terreur. Plusieurs passagers se noient.

La deuxième nuit sera sanglante. Les soldats s’échauffent. Ils brisent une barrique de vin et ivres, tentent de désassembler le radeau en coupant les liens. La violence commence. « Un soldat muni d’une hache qui menaçait les officiers est la première victime. Il reçoit un coup de sabre en plein cœur », raconte Jacques-Olivier Boudon. Les deux mondes vont s’affronter. Les officiers ont des armes à feu. Les soldats ont des sabres et des couteaux. Ceux qui ne sont pas armés utilisent leurs dents. Au lever du jour, les occupants découvrent de nombreux morts et mourants. Ils ne sont plus que 60. Les survivants commencent à manger leurs camarades décédés. Certains coupent des tranches et les dévorent à l’instant. D’autres refusent, mais finissent par céder pour survivre. Savigny propose de laisser sécher les morceaux pour les rendre plus supportables au goût. Un calme provisoire règne. Chaque matin, des corps gisent sur l’embarcation. Ceux des plus faibles. Les affrontements recommencent, toujours la nuit. Le passé esclavagiste et la peur de l’étranger prennent le dessus : « Ces soldats noirs apparaissaient comme un danger pour le groupe des officiers. » Ils ne seront pas les premiers à attaquer.
Au cinquième jour, ils ne sont plus que 30. Leur état physique est lamentable. L’eau salée a un effet désastreux sur les jambes. L’épiderme est quasiment parti. Leur peau est brûlée par le soleil. Ils meurent de faim et certains perdent la raison. Pour préserver le vin, les moins résistants sont jetés à la mer. Pour lutter contre la déshydratation, certains mélangent leur urine avec le vin. Ils ne sont plus que 15 au bout d’une semaine.

Le 17 juillet, le navire l’Argus, parti à leur recherche, aperçoit le radeau. C’est la fin de l’errance. Les marins découvrent les conditions dans lesquelles ont survécu les naufragés. « Le capitaine de l’Argus est le premier à évoquer les morceaux de chair humaine séchant le long des cordes accrochées au mât et les lambeaux gisant sur le sol », relate Jacques-Olivier Boudon. Les 15 survivants arrivent au port de Saint-Louis. Enfin. À l’hôpital anglais, quatre d’entre eux meurent.

Lorsque la presse dévoile le naufrage, l’anthropophagie bouleverse l’opinion publique. Elle se passionne pour cette histoire. Ce naufrage ébranle le pouvoir politique. Louis XVIII n’a pas d’autre choix que d’organiser un procès. Le commandant Chaumareys écope d’une peine de trois ans de prison.
Le peintre Théodore Géricault rencontre Corréard, Savigny et Touche-Lavilette. Il s’inspire de leur récit. En 1819, les Français découvrent son plus célèbre tableau, visible au Louvre, Le Radeau de la Méduse. À Saint-Louis, aucune trace de cet événement hormis une plaque sur une grue à vapeur de vingt tonnes qui servait à soulever des locomotives. La Méduse y est furtivement évoquée : « Une première grue fut envoyée, mais le navire qui la transportait fit naufrage sur le banc d’Arguin en Mauritanie. »


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La fameuse grue servant à soulever les locomotives (Ph : Annabelle Maugé)

Source : Les Naufragés de la Méduse, Jacques-Olivier Boudon, éditions Belin.


19/07/2016


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Un drapeau comme signe de reconnaissance ! (Ph : Annabelle Maugé)

Le chef de quartier, cet habitant hors norme

Difficile de se perdre dans les quartiers. Tout le monde se connaît. Pour trouver Demba, les riverains indiquent le chemin. « Quand vous verrez une maison avec un drapeau sur le toit, vous y serez », précise un jeune homme. Le drapeau est le signe distinctif pour trouver les chefs de quartier. Les couleurs du Sénégal trônent fièrement sur leurs demeures. La rue de Demba est calme. Des déchets jonchent le sol. Chèvres et moutons y trouvent leur repas. Les enfants jouent et courent. Les maisons sont ouvertes. On aperçoit les cours où les femmes se racontent les derniers potins en épluchant les légumes et vidant les poissons. Les hommes sont dans la rue, et discutent.

La maison de Demba est élégante et sobre. Pas de fioritures. De chaque côté d’une cour fleurie, les pièces à vivre sont alignées. Demba n’est pas là. L’attente se fait dans le salon où il reçoit les habitants. Des canapés et une télé en guise de mobilier. Le chef, aussi appelé délégué de quartier, arrive après 30 minutes, gêné. « Je suis désolé. J’ai dû me rendre au centre-ville au dernier moment », s’excuse-t-il. Demba est à l’image de sa maison, élégant. Il porte un boubou beige et sa chéchia, le couvre-chef typique. Son stylo bleu dépasse de sa poche. Sa démarche est sûre. L’homme est bienveillant et humaniste. Le regard est profond, marqué par les années.

Un chef de quartier abordable
Demba Sangaré a 68 ans. Il est chef du quartier de Ndiollofène Nord depuis 1997. « J’étais très content et surpris. C’est un titre à vie. Il est impossible, voire exceptionnel, d’être démis de ses fonctions. Si l’on est malade ou trop vieux pour se déplacer, nous devenons chefs de quartier honoraire », raconte le Saint-Louisien. Le maire choisit le chef de quartier et lui délègue ainsi certains pouvoirs. «  Nous pouvons refuser, mais c’est assez rare. Bien évidemment, il faut appartenir au même parti politique que le premier magistrat  », précise Demba. Saint-Louis se divise en 33 quartiers. Pour chaque district, la commune est représentée par un délégué.


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Demba, un chef abordable (Ph : Annabelle Maugé)

Pour devenir chef, il faut répondre à certains critères : plaire aux habitants, résider dans le quartier, être âgé de 35 ans, être de nationalité sénégalaise, ou encore être physiquement apte à l’exercice de ses fonctions. Mais aucun délégué de quartier n’a jamais été élu à 35 ans. La moyenne d’âge est de 60 ans. « J’ai été nommé à 49 ans. J’étais le plus jeune de l’époque », souligne-t-il fièrement. Cette désignation tombe à point nommé pour le Saint-Louisien : « Je venais de perdre mon emploi. Je travaillais pour une société française, mais elle s’est délocalisée. J’étais bien trop jeune pour la retraite. » Demba touche 40 000 francs CFA, soit 60 euros par mois, en tant que chef de quartier. Un rôle qui le comble, mais qu’il qualifie de « harassant. »

Auxiliaire du maire et de la police
Le sexagénaire multiplie les interventions. « Nous sommes des auxiliaires du maire », note Demba. Chaque chef de quartier doit veiller à la bonne application des lois et des règlements. Il délivre des certificats de résidence et décide des attributions des bourses familiales. Il sensibilise et informe la population sur les différentes décisions prises pour le quartier. Le délégué aide au recensement de la population et concourt au recouvrement des impôts. Les chefs perçoivent 7 % du montant des recouvrements qu’ils ont réalisés.

Demba a surtout un rôle de médiateur social : « S’il y a des complications dans un mariage, ou encore entre voisins, j’entre en jeu. Cela peut également être des emprunts d’argent ou des insultes. Je traite régulièrement des problèmes de loyers impayés entre propriétaires et locataires. Je suis le premier élément d’intervention. » Pour apaiser les tensions et trouver des solutions, le Saint-Louisien a un procédé bien défini : « J’appelle l’individu qui crée des soucis et s’il le faut, je contacte également ses parents. En général, cela se règle facilement. Les gens sont en confiance avec moi. » Si la situation s’aggrave, Demba prévient la police.

Il travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec les forces de l’ordre. « Nous sommes également des auxiliaires de la police. Ils sont en manque d’effectif, alors nous ramenons les convocations dans notre quartier », explique le sexagénaire. Demba doit parfois faire face à des personnes peu coopératives. « J’ai eu affaire à un homme agressif. Il s’est emporté en me disant qu’il n’irait pas à sa convocation, que je commençais à l’emmerder et qu’il allait me mettre un pain », se souvient-il. Après cette altercation, deux policiers ont été cherchés l’homme en question : « J’étais avec eux, deux gros balèzes. » Il a dû présenter des excuses à Demba. La police saint -louisienne fait preuve d’une méthode peu conventionnelle. « Il a rampé devant moi, en présence de ses parents. Je lui ai pardonné », détaille le chef de quartier.

Le premier jeudi de chaque mois, les 33 chefs se réunissent à la mairie. Ils sont regroupés au sein de l’amicale des délégués de quartier de Saint-Louis. Demba en est le secrétaire général. « Nous avons créé cette association en 2000. Avant, chacun était autonome. Maintenant, on se réunit pour partager nos expériences. Nous sommes les yeux du maire, Mansour Faye. On lui dit ce qu’il faut faire dans notre quartier », explique le Saint-Louisien. Disponibles, les habitants peuvent se rendre à son domicile à n’importe quel moment, « de jour comme de nuit. » Et chaque matin, Demba fait le tour de son district pour « voir si tout va bien. »


19/06/2016


L’esclavage, la face oubliée de Saint-Louis

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Annabelle Maugé

Avec ses bâtisses coloniales aux couleurs vives, ses maisons basses portugaises, le pont Faidherbe où chacun se croise, ses marchés où tout se vend et se négocie, sa joie de vivre loin du tumulte dakarois, difficile d’imaginer que Saint-Louis ai pu être une société basée sur une économie esclavagiste. Aucun indice dans la ville. Pourtant, une somptueuse demeure coloniale à la façade jaune-orangé a un passé peu glorieux. Il s’agissait d’une maison des esclaves, la dernière encore existante à Saint-Louis. Dans une petite ruelle du centre-ville donnant sur le fleuve Sénégal, la bâtisse en impose. Tous les volets sont fermés, les murs sont décrépis, la végétation s’y épanouit paisiblement. Le lieu est abandonné. Sur le côté, une enseigne bleue, quasiment illisible, est l’unique témoignage d’une ancienne discothèque.

Cette maison est fondée par deux Bordelais, Hilaire Maurel et son cousin, Jean-Louis Hubert Prom. Ils s’associent et créent au début du XIXe siècle leur société, Maurel et Prom. Ils développent un commerce florissant dans de nombreux domaines comme l’arachide, l’argent ou encore l’armement de navires. Le bâtiment abrite également une captiverie.


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La maison des esclaves (Ph : Annabelle Maugé)

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Norou et Annabelle (Ph : aimablement prêtée par AM)

Aujourd’hui, Norou, le guide, en garde les clés. Il vend et répare motos et vélos devant la maison. Grand, avec ses lunettes rectangulaires, sa petite barbe et sa moustache méticuleusement entretenues, son sourire et sa gestuelle, Norou inspire la bonhomie. Il ouvre les portes en bois. La visite commence dans une petite cour, qui devait être charmante à l’époque avec sa flore et son escalier en pierre. Au rez-de-chaussée, les petites fenêtres grillagées ne laissent que peu de doute. Les esclaves y étaient entreposés en vue de leur déportation. Le mince filet de lumière ne permet pas de circuler aisément. Pour éviter la chute, il faut s’éclairer avec son téléphone. Deux rangées de cellules exiguës constituent l’endroit. Un détail est troublant, les murs sont roses comme pour contraster avec l’horreur qui sévissait. La plus « grande » cellule intrigue, aucune présence de fenêtre, aussi petite soit-elle. « Les captifs les plus récalcitrants y étaient envoyés, une sorte de punition pour les calmer  », explique Norou. Cette maison accueillait les esclaves les plus maigres. L’objectif était clair, les faire grossir pour qu’ils paraissent en meilleure santé. « On les engraissait avec du mil, du maïs et du riz blanc », commente le guide. Avec le temps, cette geôle est devenue un squat. Des chaises, un canapé, des vêtements, des déchets et même un frigo sont éparpillés un peu partout.

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La maison des esclaves - 2 (Ph : Annabelle Maugé)

L’étage abritait les maîtres. Aujourd’hui, tout est en ruine. Des pierres et des morceaux de bois jonchent le sol. A certains endroits, le plancher menace de s’effondrer. Les pièces, grandes et lumineuses, ont une couleur dominante, le bleu. Le peu de mobilier encore présent, abimé par les années et poussiéreux, est la seule trace d’une quelconque présence humaine. Les toilettes et baignoires sont détruites. Malgré cet état de délabrement, on devine que cette partie de la maison était luxueuse et confortable. Les balcons donnent une vue imprenable sur le centre-ville. Cette maison éveille la curiosité sur l’histoire esclavagiste de cette ville.

Une importante société esclavagiste
Le sujet est tabou. Le malaise est facilement palpable. Il faut se rendre au musée du Centre de recherches et de documentation du Sénégal pour avoir des informations. Au XVIIIe et XIXe siècle, la traite négrière a prospéré à Saint-Louis. Le site était parfait pour entreposer des esclaves. Étant une île, son isolement constituait un facteur dissuasif pour les évasions et elle répondait aux exigences du commerce atlantique, et au développement de la traite négrière. Saint-Louis est une porte d’entrée du fleuve Sénégal dont le commerce était exclusivement réservé aux Français. La ville est vite devenue l’un des principaux points d’embarquement en Sénégambie (1).

Cette société esclavagiste serait née d’un métissage entre le commerce européen, représenté par la Compagnie du Sénégal (2), et la société côtière, formée par les signares (3). Ce métissage a donné naissance aux mulâtres de Saint-Louis. Cette petite bourgeoisie commerçante et diplomate était au service du commerce européen et donc l’intermédiaire obligatoire de la traite atlantique. La majorité des esclaves appartenait à ces familles mulâtresses. Les maîtres participaient à ce commerce, mais traitaient également de la gomme, du morphil, de l’or, des arachides, des peaux brutes, des dents d’éléphants, de la cire sur le fleuve et sur la côte entre Saint-Louis et la Gambie. Plus de 80 % des concessions saint-louisiennes possédaient des esclaves. La plupart des familles en avait plus de six. Certains logeaient dans la maison des maîtres au quartier sud. Les autres étaient à la pointe du quartier nord. Ils vivaient dans des habitations qui leur étaient réservées et appartenaient aux propriétaires du Sud. Des rapports laissés par les négriers et autres nomades sur la côte reconnaissent que les esclaves de Saint-Louis provenaient pour la grande majorité de l’intérieur des terres. Ceux vendus par les Noirs étaient des prisonniers de guerre, d’autres sacrifiaient leurs enfants ou voisins. Les rois, à la moindre offense, cédaient leurs sujets. Ces captifs, conduits vers Saint-Louis, étaient d’une grande diversité ethnique : Bambaras, Soninkés, Khassonkés, Toucouleurs, Peuls, Maures, Wolofs…
Hommes et femmes avaient des rôles bien définis dans cette économie. Ils faisaient vivre la ville.

Transit et servilité domestique
Saint-Louis fut un centre de transit. Les esclaves étaient envoyés, parfois via l’île de Gorée, en Amérique. Les destinations privilégiées étaient la Louisiane et les Antilles. Mais, parallèlement à cette activité de transit, la commune s’est illustrée avec une autre forme d’esclavage, la servilité domestique. Cette société s’épanouissait sur le travail d’une masse de « captifs de case ». Ils ont, la plupart du temps, dominé en nombre les maîtres.
Les hommes exerçaient essentiellement les métiers de matelots et d’artisans (charpentiers, maçons, tisserands, briquetiers, chaux fourniers). Ces captifs étaient la principale source de revenus de leurs propriétaires. Les laptots rapportaient le plus. C’étaient des matelots dans le plein sens marin et guerrier. Être laptot représentait beaucoup de dangers, car ils protégeaient les flottes et les commerçants qui remontaient le long du fleuve. Mais, il arrivait parfois aux maîtres de louer leurs esclaves à la Compagnie.

Les femmes, quant à elles, accomplissaient le travail domestique. Certaines préparaient le mil avec le pilon et le mortier, la nourriture des esclaves avant leur départ pour les États-Unis. D’autres étaient pileuses dans des embarcations qui faisaient la traite de la gomme sur le fleuve. Elles surveillaient également les enfants des maîtres. Mais, un grand nombre de ces femmes étaient inactives. Leur principale occupation, former la cour des mulâtresses les plus aisées. Bien parées pour les promenades, elles étaient le symbole de la richesse de leurs maîtresses. Il y avait d’ailleurs beaucoup plus de femmes esclaves que d’hommes. Cette société a fleuri jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1848.

Des citoyens libres
Le 23 juin 1848, le décret sur l’abolition de l’esclavage est proclamé à Saint-Louis. Ce fut un coup fatal pour les propriétaires. Beaucoup s’opposaient à cette libération et furent ruinés. Au matin de ce 23 juin, des femmes et des hommes rassemblés sur la plage se jetèrent dans l’océan. Un symbole fort pour se débarrasser de leur condition d’esclave. Ils devenaient des citoyens libres. Mais, ces nouveaux libres devaient trouver emploi et logement pour faire vivre leur famille. La Direction des Ponts et Chaussées et du Génie ainsi que l’entrepreneur général des Travaux offraient du travail à ceux qui le demandaient. Avec leur rémunération, les affranchis gagnaient leur vie. La plupart quittèrent la maison de leurs maîtres. D’autres leur restaient attachés et continuaient à les servir en recevant comme auparavant nourriture, vêtements et logements. Certaines jeunes femmes devenaient trieuses de gommes, pileuses ou restaient à Saint-Louis pour devenir blanchisseuses ou domestiques.
Pour les logements, le gouverneur Baudin proposa des « concessions » à la pointe de Barbarie et à l’île de Sor. Les « villages de libertés » de Saint-Louis étaient nés. Le destin de la ville va alors complètement se transformer.


(1) Sénégambie : ancien nom de la partie de l’Afrique occidentale traversée par le Sénégal et la Gambie.
(2) Compagnie du Sénégal : En 1659, le Normand Louis Caullier fonde sur cette île, appelée Ndar par les habitants, un fort destiné à contrôler le commerce sur le fleuve, la Compagnie. Il baptise l’île Saint-Louis en hommage au roi Louis XIV.
(3) Les signares : Des jeunes femmes métisses, issues du mariage de Portugais avec des femmes wolofs, peules de la petite côte du Sénégal, dans les comptoirs de Rufisque au XVIIe siècle puis de Gorée et finalement de Saint-Louis jusqu’au milieu du XIXe siècle.


Sources :
Saint-Louis du Sénégal, traite atlantique et esclavage domestique. Une étude sur la place et le rôle de Saint-Louis dans la traite et l’esclavage des Noirs par Mamadou Sène avec la collaboration de Moussa Gueye et Alassane Sow.
L’esclavage à Saint-Louis du Sénégal du début du XVIIe siècle à 1848 par Abdoul Hadir Amdara.


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Ph : Annabelle Maugé

31/05/2016


Ces petits mendiants saint-louisiens

Impossible de ne pas les remarquer. En haillons, pieds nus, parfois blessés, les talibés, les enfants des rues, fourmillent dans le pays et plus particulièrement dans une ville du nord, Saint-Louis. Pas une journée sans les croiser. Ils survivent.

Ces gamins sont confiés par leurs parents à des marabouts pour, officiellement, apprendre le Coran. Officieusement, ils mendient chaque jour auprès des habitants et se précipitent dès qu’ils aperçoivent des toubabs(1). Ils se déplacent seuls ou en groupe, maximum quatre. Quelques-uns arborent simplement un tee-shirt, trop grand pour eux, et d’autres empilent les couches de vêtements. « Ils portent tout ce qu’ils possèdent, de peur de se faire voler leurs affaires », m’explique Oumar, ancien talibé de 23 ans.

Chacun doit rapporter quotidiennement à son marabout une somme précise, de 150 à 500 francs CFA (2). Si ce montant n’est pas atteint, les talibés sont fréquemment maltraités. Les plus jeunes ont à peine 3 ans. Des rumeurs persistantes font également état de violence sexuelle. Mais aucun d’entre eux n’ose se confier. La peur, l’intimidation, mais aussi le respect ! Un grand nombre de talibés aime, voire admire leur marabout. Il fait figure de père. Ils ne connaissent que cette vie. Oumar travaille au contact de ces garçons, mais aussi des marabouts à Saint-Louis. Il tient à me préciser que certains se préoccupent vraiment de leurs jeunes élèves : « Ils ne les frappent pas et leur donnent à manger en fonction de l’argent qu’ils ont. Quand ils sont malades, ils les emmènent à l’hôpital. Ce sont leurs fils. »

La journée type d’un talibé est éprouvante. Il se lève avant le soleil pour un premier cours qui se finit avec la prière. Il part ensuite dans les quartiers de la ville avant de revenir plusieurs fois par jour pour son enseignement. Beaucoup de ces garçons reviennent vers minuit dans leur daara (école coranique dirigée par un marabout au sein de sa propre maison). Les nuits sont courtes. C’est fréquent de les voir dormir un peu partout en ville le jour.
Les leçons consistent en la récitation du Coran. De la mémorisation plus qu’autre chose. Le marabout consacre du temps à chaque élève. «  Les talibés n’ont pas le même niveau. Ils apprennent à leur rythme le Coran, la récitation et l’écriture. Une fois qu’ils maîtrisent cela, vers 15 ans, ils sont envoyés dans un autre daara pour l’explication et la signification des versets  », raconte Oumar. Paradoxalement, la mendicité est pour ces garçons le seul moment de liberté. Mais les francs CFA ne sont pas la seule motivation de ces jeunes.

Une lutte pour manger et boire
Ils sont aussi à la recherche de nourriture et de boisson. Il n’est pas rare de les voir attendre à la sortie des gargotes, en quête d’un reste de repas ou devant les alimentations générales. Les Saint-Louisiens ont bien conscience de ce problème qui gangrène leur ville. Dans chaque quartier, de nombreux foyers « prennent en charge » un talibé. Il rend des services en échange de nourriture ou d’une douche.

Lors de mon premier séjour à Saint-Louis, je logeais dans une famille d’accueil. Le talibé de la maison, Ibrahima, 12 ans, venait deux fois par jour. Toujours avec son tee-shirt bleu foncé et son pantalon d’un beige douteux, il était discret. Tellement en retrait que parfois, je ne savais pas qu’il était là. Un rapide « bonjour », une poignée de main, un sourire timide et le voilà qui disparaissait. Il arrivait à l’heure du déjeuner et du souper, et posait sa boite d’Adja (3) dans un coin du salon. Nous mangions, et lui, s’occupait des moutons, effectuait quelques courses et tâches ménagères. Le repas terminé, son pot d’Adja était rempli des restes, du tiep bou dien (4), parfois des pâtes ou des haricots. Il était régulièrement accompagné d’un autre talibé, plus jeune. Ce dernier s’installait devant la maison. Le soir, il s’endormait souvent en attendant Ibrahima, son pot en plastique serré contre son corps. Il m’arrivait de partager des biskrem et de la gazelle ananas (5) avec eux. Assis et mangeant nos gâteaux, nous regardions passer les gens, silencieux.
Les talibés sont insistants. Ils peuvent te suivre un moment et te regarder intensément contre une pièce ou quelques victuailles. Ce qui frappe instantanément, c’est leur solidarité. Ils partagent tout. Ils sont ensemble. Et même pour se désaltérer, c’est une lutte perpétuelle. Combien de fois n’ai-je pas vu des enfants boire l’eau du fleuve ou des flaques stagnantes. L’hygiène est un problème.

Une vie rude dans les daaras
On compte en moyenne une soixantaine de talibés par daara. Un lieu où les étrangers on beaucoup de difficultés à pénétrer. Les marabouts sont méfiants. Il faut être accompagné d’une personne en laquelle ils ont confiance. Oumar a été ma porte d’entrée pour l’un des 300 daaras de Saint-Louis.

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Ph : Annabelle Maugé

Le lieu est exigu. Les jeunes s’entassent dans des abris, faits de murs en tôle, pour dormir, à même le sol. Ils vivent principalement dans la cour, au milieu des animaux et des déchets. Les poules, immobiles, sont maigres et déplumées. Les moutons bêlent, vont et viennent. Les enfants sont assis sur des nattes. Les mouches ne les laissent jamais en paix et se posent sans arrêt sur leur peau. Ils inscrivent les sourates du Coran sur des tablettes en bois. « Quand ils sont petits, ils notent sur du bois pour mieux retenir, c’est écrit plus gros. C’est comme les écoliers qui apprennent les leçons sur leurs ardoises. En fonction de leur compétence, ils passent ensuite au papier », me confie Oumar. La douche et les toilettes sont très rudimentaires, inexistantes en fait. En guise de commodités, un trou. Ils font leur besoin ailleurs dans la commune. La première fois que j’ai vu un jeune garçon déféquer, à la vue de tous, cela m’a profondément marquée. Je profitais d’un peu de fraîcheur le long du fleuve Sénégal lorsque mon regard a été attiré par ce talibé, cinq ans pas plus. Il était accroupi, fesses à l’air, au milieu des ordures et des cadavres de moutons et de chats. Son affaire terminée, il s’est relevé, a remis son short et s’est sauvé. Difficile de chasser cette scène de mon esprit durant plusieurs jours.

Au daara, les petits se sont approchés de moi, bras ouverts. J’ai vite compris qu’ils voulaient des câlins. En marchant, l’un d’eux restait accroché à ma jambe. La présence de femmes et de jeunes filles m’a surprise. J’apprends que ce sont les épouses et les enfants du marabout. Elles vivent avec les talibés, mais dans des pièces séparées, plus spacieuses et propres. Des organismes se rendent régulièrement dans les daaras pour soigner et inculquer aux talibés les bases de l’hygiène personnelle et la propreté.

Un peu de réconfort
À Saint-Louis, des structures luttent, non pour éradiquer ce fléau, cela paraît impossible, mais pour offrir des moments de répit à ces enfants. Des jeux, des cours, des repas, des douches, des lessives… autant de choses qui apportent un minimum de réconfort, de bien-être, de dignité. L’espace d’un moment, ils sont comme tout le monde.
Les plus jeunes ne savent ni lire ni écrire et ne maîtrisent pas le français. Mais dès 15 ans, ils peuvent étudier à l’institut Al-Azhar d’études islamiques de Saint-Louis. Cet établissement y enseigne les mêmes matières que les autres écoles. La seule différence, un enseignement plus poussé de l’arabe. Cette formation leur ouvre les portes de l’université. Le seul bémol, une scolarité payante. Beaucoup de talibés ne peuvent s’offrir ce luxe. Certains repartent donc dans leur village pour aider leurs parents vieillissants. Des talibés ouvrent des alimentations générales ou tentent leur chance en Europe. Et d’autres deviennent à leur tour marabouts et accueillent ces enfants des rues.

À force d’observation et de rencontres, j’ai constaté que ces garçons sont souvent traités comme si leur vie n’avait aucune valeur. On ne sort pas indemne lorsqu’on les croise. Mais le plus tragique, c’est que l’on s’y habitue.


(1) blanc en wolof
(2) moins de un euro
(3) du bouillon
(4) le plat national : du riz au poisson
(5) des gâteaux au chocolat et du soda


* Annabelle Maugé : journaliste formée à l’ESJ Lille, je vis actuellement au Sénégal. Je prépare, avec l’organisation de solidarité internationale Le Partenariat, une exposition photo sur la ville de Saint-Louis et ses habitants. Vous pouvez suivre à travers mes textes mes pérégrinations, mes découvertes et mes rencontres avec les Sénégalais.


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