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FRANCOPHONIE - Rencontre avec Boniface Mongo-Mboussa

FRANCOPHONIE - Rencontre avec Boniface Mongo-Mboussa

Blog tenu par les doctorants "Littérature et francophonie" de l’Université de Limoges EA EHIC - France



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22 novembre 2017 - Rencontre avec Boniface Mongo-Mboussa

Ce jour, l’Université de Limoges reçoit le critique congolais Boniface Mongo-Mboussa. Cette rencontre s’organise autour d’une problématique en rapport avec le « champ » littéraire africain : « La littérature africaine et ses modèles esthétiques : du griot au crieur des rues ». D’où toute l’importance que revêt l’invitation faite à cet intellectuel et homme de lettres francophone originaire d’Afrique, considéré comme l’un des meilleurs de sa génération dans son domaine d’activité.

Boniface Mongo-Mboussa, un parcours

Écrivain, enseignant et critique en littérature, né en 1962 à Nkole dans le centre du Congo-Brazzaville, celui-ci se passionne pour la littérature dès son plus jeune âge. Issu d’une famille modeste, Boniface Mongo-Mboussa est orphelin de père à l’âge de trois ans et est élevé par sa mère, dame Henriette Egnie. C’est en 1991 qu’il pose ses valises à Paris, après une Maîtrise en littérature russe obtenue en Union soviétique. En France, il poursuit ses études en lettres. Auteur d’une thèse sur « Les Larmes de Démocrite. Essai sur la représentation et la fonction du risible dans le roman africain d’expression française », soutenue en 1999 à l’Université Cergy-Pontoise sous la direction de Bernard Mouralis, Boniface Mongo-Mboussa obtient un diplôme de fin de troisième cycle en Littérature comparée. Avant, en 1997, il participe avec des amis au nombre desquels l’anthropologue des représentations coloniales Sylvie Chalaye ou encore de l’écrivaine ivoirienne Tanella Boni, à la création, à Paris, de la revue Africultures. Installé actuellement en France, où il enseigne la littérature francophone à la Columbia University de Paris, Boniface Mongo-Mboussa s’est fait connaître du grand public en publiant deux essais majeurs aux éditions Gallimard, Désir d’Afrique en 2002 puis Indocilité. Supplément au Désir d’Afrique en 2005.

Boniface Mongo-Mboussa, une mission

Renouant avec cette tradition d’essayiste dans le sillage du Camerounais Thomas Melone ou encore du critique et professeur sénégalais Mohamadou Kane, Boniface Mongo-Mboussa, avec Désir d’Afrique propose un livre de facture culturelle indéniable. En effet, cet essai apparaît non seulement comme une introduction à la littérature africaine, mais surtout comme une « clé » actualisée pour la comprendre. Préfacé par l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma qui le présente comme « un livre important sur la littérature africaine, un livre important sur l’Afrique (1) », Désir d’Afrique, permet d’appréhender la «  mission » que s’est assigné ce critique et intellectuel africain : éclairer les lanternes du public mondial en procédant au « dépoussiérage » de la vision d’une nouvelle génération d’observateurs littéraires qui « ne cessent d’analyser [la littérature africaine] en termes de rupture, disqualifiant ainsi de manière insidieuse, les classiques (2) ». « En art, l’originalité, contrairement à ce que l’on nous rabâche, est un oiseau rare. On croit innover ? On ignore qu’on imite un classique ou un illustre inconnu (3) ». Ces propos, de Boniface Mongo-Mboussa, viennent justifier et légitimer la trajectoire analytique qui, depuis la sortie de Désir d’Afrique, préside à l’élaboration de ses ouvrages critiques. Toute son œuvre s’inscrit, dès lors, dans une perspective réhabilitation des œuvres des écrivains fondateurs de cette littérature africaine « […] non pas pour les opposer aux “modernes” […], mais pour marquer une continuité et surtout mettre en exergue la modernité de certains classiques (4) » qui, aujourd’hui semblent avoir disparu de la mémoire littéraire collective.

Ouvrages majeurs de Boniface Mongo-Mboussa : Désir d’Afrique (2002), Indocilité. Supplément au Désir d’Afrique (2005), Tchicaya U Tam’si, le viol de la lune : Vie et œuvre d’un maudit (2014)

Notes :
(1) Boniface Mongo-Mboussa, Désir d’Afrique, Paris, Gallimard, 2002, p. 11.
(2) Idem, p. 15.
(3) Ibidem, p. 22.
(4) Ibidem, p. 15.

Par Stéphane Yro - Université de Bouaké (Côte d’Ivoire)


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17 octobre 2017 - Rencontre avec Sami Tchak

À l’initiative du Professeur Jean Michel Devésa, l’Université de Limoges accueille le 17 novembre l’écrivain Sami Tchak pour une rencontre intitulée « Depuis quel poste de veille observer, dire et penser le monde ? ».

Qui est Sami Tchak ?

Sami Tchak est un romancier-essayiste africain, récipiendaire du Grand prix littéraire d’Afrique et du prix Ahmadou Kourouma. Il est l’un des écrivains africains de l’extrême contemporain les plus connus. Auteur prolixe connu pour son franc-parler et son langage à forte connotation sensuelle, il n’hésite pas à dire les maux des sociétés et des humains avec les mots adéquats et dans un style que d’aucuns jugent débridé. Titulaire d’une licence de philosophie obtenue à l’université de Lomé en 1983, Sadamba Tcha-Koura plus connu sous le nom d’auteur de Sami Tchak a enseigné dans un lycée togolais durant trois ans de 1983-1986. En 1986, il part en France pour suivre des études de sociologie et décroche son doctorat en sociologie à l’Université Paris V en 1993.

De la Philosophie à la littérature sociale

Sami Tchak synthétise dans sa carrière d’écrivain ces deux dimensions, sociologue et philosophe (il est aussi titulaire d’une licence en Philosophie depuis 1983). Cette double « casquette » se manifeste dans une démarche de proximité à l’endroit des difficultés et des angoisses des Africains qui lui incite à se pencher sur les problèmes de l’immigration et de l’engagement. Il aborde de surcroît des thèmes qui sont tabous dans les sociétés africaines. Des quartiers populaires africains à la banlieue parisienne, il est en effet l’un des premiers auteurs dans la décennie 1980 à évoquer la sexualité et la liberté de la femme dans un environnement social encore clos, notamment à travers son livre Femme infidèle (1).

À Cuba pour une écriture engagée socialement

Sa formation de sociologue et sa quête des réalités le conduisent à appréhender l’univers de la prostitution en Amérique latine et plus précisément à Cuba. De Cuba, il découvre deux pays qui illustrent le paradoxe de ce monde : le Mexique et la Colombie qui regorgent d’énormes potentialités, mais sont terriblement affectés par la drogue et la prostitution. L’auteur en profite pour rapprocher l’Amérique latine et son continent natal. Dès lors, la majorité de ses fictions se passent sur une terre américaine rappelant celle de l’Afrique.
Au début des années 2000, il scrute la place des émigrés et leur intégration dans la société française, il contribue ainsi à relancer le débat en 2001 avec Places des Fêtes (2) publié chez Gallimard. Cette œuvre est traduite en allemand et en espagnol.

Lorsqu’une journaliste lui demande s’il se considère comme un écrivain engagé, Sami Tchak répond en ces termes :
Le rôle social et politique de la littérature semble aller de soi lorsque les auteurs viennent non seulement des pays à problèmes, mais sont aussi perçus, ou se définissent eux-mêmes, comme porte-parole des sans-voix (3).

Pour Sami Tchak, l’engagement d’un écrivain ne doit pas s’arrêter à la sphère littéraire. L’écrivain engagé est nécessairement une personne engagée dans la lutte sociale. Il prend donc pour exemple deux grands écrivains qui ont eu un rôle éminent et une influence insigne en Afrique : « Fanon voulait changer le monde, il écrivait pour cela. Nadine Gordimer voulait changer l’Afrique du Sud et elle a contribué à son changement. »

Bibliographie de Sami Tchak : Places des Fêtes, La Fête des Masques, Le Paradis des Chiots, Femme infidèle, La Prostitution à Cuba, Filles de Mexico, Al Capone le Malien

Notes :
(1) Sadamba Tcha-Koura, Femme infidèle, Lomé, Nouvelles Éditions Africaines, 1988.
(2) Sami Tchak, Place des Fêtes, Paris, Gallimard, 2001.
(3) L’engagement selon Sami Tchak : http://terangaweb.com/lengagement-par-sami-tchak/ [consulté le 07/10/217].

Par Guiba Kone - Université de Bouaké (Côte d’Ivoire)


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