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HAITI - Étudiantes et prostituées

HAITI - Étudiantes et prostituées

Par Websder Corneille en partenariat avec le mensuel Haïti Monde



Nous sommes les filles les plus utiles à la société  », affirme Marlène sans détour. Cette belle jeune femme, dont le mariage s’est rompu il y a deux ans, est heureuse de pouvoir gagner sa vie par le sexe. Cet organe, pour elle, est un cadeau du ciel. « Je ne gagnerais pas autant mensuellement en travaillant dans un bureau ». Elle estime vivre mieux sur le plan matériel qu’il y a 2 ans d’autant qu’elle s’est libérée d’un époux qui lui posait plus de difficultés qu’autre chose. «  Aujourd’hui, je peux dire que mon mari était un obstacle dans mes relations avec ma famille. Je ne pouvais rien partager ni avec ma mère qui vit dans le besoin ni avec mon petit frère qui va à l’école. Grâce à mon corps (rires) maintenant, je dispose d’une caisse où je puise généreusement sans être surveillée par quiconque. Enfin… je recouvre ma liberté. Je ne pense qu’à l’argent que j’empoche sans compter ».

Lutte pour la survie

Les faibles moyens économiques d’une partie de la population ne lui permettent pas de mener une vie décente. Alors, l’individu qui souhaite disposer d’un minimum de ressources pour lui-même et pour sa famille doit affronter des difficultés en tous genres. Les jeunes femmes ne sont pas épargnées. Certaines n’hésitent pas à se prostituer. « Je pratique ce métier depuis plus de sept ans. Grâce à cela, je peux envoyer ma fille à l’école, lui payer un internat, l’habiller, et autres. Après le séisme de 2010, des amis m’ont demandé de les rejoindre en République dominicaine parce que les activités étaient au ralenti ici. J’ai décliné l’invitation pour le bonheur de mon trésor qui n’a pas souhaité me voir partir ».

D’autres jeunes filles refusent de se considérer comme prostituées. Sylvie a été flanquée à la porte de son école à 17 ans. Sa famille ne pouvait plus payer les frais de scolarité pour 4 enfants. Afin d’apporter sa contribution au revenu de la famille, elle s’est retrouvée pour la première fois à bord d’une 4 x 4 pour une modique somme de 500 gourdes (9,50 €).
De retour à la maison, elle ne pouvait contenir ses larmes. Sa mère est intervenue et lui a expliqué qu’elle n’avait pas le choix. Cet acte a entaché sa réputation, mais refuser de le faire revenait à condamner la famille.

Aussitôt terminée, aussitôt sollicitée

La fatigue liée à l’activité intense à longueur de journée ne laisse pas Carole indifférente. « Des fois, le corps est astreint à continuer parce qu’aussitôt terminé, on est aussitôt sollicitée par un ou deux autres hommes. Quelques-uns sont plus sensibles à notre cause. Ceux-là parfois chuchotent des mots doux à l’oreille. D’autres brutes, sourit-elle, ne nous aident pas à dompter la douleur précédente. Nous amorcerons avec eux une énième partie de plaisir sous un air de souffrance ».

Le trottoir comme adresse le dimanche soir

Par ailleurs, la prostitution connaît des catégories différentes. Certaines filles se disent « prostituées du dimanche soir », par opposition à celles qui fréquentent le trottoir tous les jours. C’est le cas de Clémentine qui arpente le Champs-de-Mars le dimanche soir à la recherche d’une petite somme suffisant à nourrir sa famille pendant les deux premiers jours de la semaine. « J’ai toujours pris la direction de cet endroit à l’insu de mon mari qui est ferblantier à la base. J’ai agi selon mon propre choix. La première fois, j’ai tremblé avant de comprendre qu’il suffit de se laisser aller inconsciemment. Par mesure de précaution, je fais en sorte de regagner mon foyer au plus tard à 10 heures du soir, le temps de me préparer pour le lit familial », dit-elle avec indifférence.

Le diplôme ne coûte rien

«  La prostitution ne reconnaît pas de diplôme. Après les études, intégrer certaines institutions obligent à donner son corps. Quand les patrons vous invitent à choisir, surtout si on n’est pas en mesure de répondre aux besoins les plus urgents, que faire d’autre ? Perdre le poste ou céder ? On choisit, le moral abattu, avec le remords d’appartenir à un pays qui ne croit pas aux valeurs de sa progéniture  », lâche froidement une infirmière diplômée qui a déjà déposé une vingtaine de dossiers restés sans suite.

«  Avant, je n’avais pas voulu croire que je serais devenue une prostituée. Je croyais pouvoir me construire dignement grâce aux efforts que j’ai consentis à l’école », s’indigne Chantal, qui a un diplôme d’administration en poche depuis des années.

Ces témoignages d’étudiantes nous permettent de voir que le travail d’insertion des diplômés que les institutions de formation ne font pas contribue à pérenniser la prostitution. Puisque l’accès au travail s’avère de plus en plus difficile, puisque la société ne dispose pas vraiment de capacité d’accueil de ces jeunes, le hasard a voulu qu’elles se prostituent pour ne pas sombrer un peu plus dans la misère.


Retrouvez Haïti Monde dans ZigZag (Archive) - Le nouveau mensuel de la diaspora haïtienne - Rencontre avec Fritz Calixte, directeur de publication.



Photo illustrant l’article : Imbrication par Arnaud Galy (Flickr : Thibaud Saintin et Jordi Boixareu)

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