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YÉMEN – La recherche en pointillé... en attendant !

YÉMEN – La recherche en pointillé... en attendant !

Le directeur de l’IFRE de Sanaa nous éclaire

Autrefois appelé « l’Arabie heureuse », le Yémen vit son « printemps arabe », entre espoir et inquiétude. Le chercheur Michel Tuchscherer a rejoint la France mais vit au jour le jour l’évolution de la situation.

31 mai 2011 - par Arnaud Galy 
Sondage stratigraphique sur le chantier 15 - Mission archéologique française de Shabwa, 2002 - Aimablement prêtée par le CEFAS
Sondage stratigraphique sur le chantier 15
Mission archéologique française de Shabwa, 2002 - Aimablement prêtée par le CEFAS

Avant de nous plonger dans les soubresauts de l’actualité yéménite, faisons un bref retour en arrière, en 1982. À cette date, le Yémen d’aujourd’hui n’existe pas encore. Il est divisé en deux états, l’un au Nord, l’autre au Sud. La France implante alors à Sanaa, la capitale de la République arabe du Yémen (au nord) un Centre de recherche. En 1990, l’unification des deux états yéménites rehausse les ambitions de la présence française. Les sujets de recherche couvrent les domaines de l’archéologie et des sciences sociales mais aussi l’histoire, la préhistoire et l’anthropologie. En 2001, le Centre de recherche, toujours appartenant au réseau des IFRE sous tutelle du Ministère des affaires étrangères, s’associe avec le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et prend une envergure régionale, étendant son champs d’action à toute la péninsule arabique. Il prend le nom de CEFAS (Centre français d’archéologie et de sciences sociales de Sanaa). Depuis, le CEFAS accueille sous diverses formes de contrats des chercheurs yéménites et français, parfois rejoints par des collègues d’autres nationalités.

Sondage stratigraphique sur le chantier 15
Ph : Mission archéologique française de Shabwa, 2002 - Aimablement prêtée par le CEFAS

Un retrait provisoire

Aujourd’hui le CEFAS est dans l’attente... le Yémen vit son épisode du « printemps arabe » et les autorités françaises ont préféré rapatrier l’équipe. On dénombre officiellement 180 morts depuis le début de la contestation, le climat est trop tendu pour que la sécurité des ressortissants étrangers soit assurée. Michel Tuchscherer fait le point : «  Cela fait environ 6 semaines que nous avons quitté Sanaa. Le personnel local continue à entretenir les lieux et certaines activités comme la publication des revues ou l’acquisition de livres sont maintenues. Tout ce qui touche la recherche ou l’archéologie est à l’arrêt. Remarquez bien que l’archéologie est stoppée depuis 2008, excepté un chantier, car certaines régions du pays posaient des problèmes de sécurité bien avant ce printemps. » Afin de ne pas trop pénaliser les équipes locales, le CEFAS poursuit sa politique de formation du personnel tant sur le plan archéologique que muséographique. « À titre personnel, j’aurais aimé rester mais en tant que fonctionnaire je comprends et j’accepte les raisons nécessitant ce retrait provisoire. »

Enquête sur les hammams de Sanaa : rinçage dans la salle tiède
Ph : Nabil Boutros - 2010 - aimablement prêtée par le CEFAS

Une situation toujours en mouvement

Si chaque pays secoué par ce printemps historique connait des fortunes diverses, force est de constater que personne ne peut prévoir le calendrier précis des événements. Michel Tuchscherer rappelle les clefs du mouvement : «  Ici comme en Tunisie ou en Égypte, le mouvement de contestation réclame la mise en place de valeurs démocratiques, un développement économique équitable et une reconnaissance de la dignité du peuple. C’est la recherche d’un nouvel équilibre à la fois politique, social et culturel. Cela prendra du temps mais le mouvement de contestation est structuré. Chaque jour nous assistons à des rassemblements de manifestants dans les villes principales et à Sanaa où la « place du changement » joue le rôle de la place Tahrir au Caire. Ce mouvement est jeune, éduqué et pacifique.  » Aujourd’hui, les observateurs comme Michel Tuchscherer se montrent relativement optimistes. Le Conseil de coopération du Golfe, soutenu par les diplomaties américaine et européenne sont sur la même longueur d’onde. Le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 33 ans, bien qu’arguant du fait qu’il est élu jusqu’en 2013, semble prêt à céder le pouvoir... à moyen terme. « Mais la signature d’un texte ne sonnera pas nécessairement la fin de la crise ! » souligne Michel Tuchscherer.

Découverte d’un sarcophage contenant une momie à Bab Shou’oub, dans le faubourg nord de Sanaa (Mission Palé)
Ph : Aimablement prêtée par le CEFAS

La sécurité des étrangers ?

Fin connaisseur et amoureux du Yémen, Michel Tuchscherer ne nie pas la réalité des problèmes : «  Les zones rurales sont marquées par une certaine insécurité, notamment au sud où des mouvement islamistes radicaux ont procédé à des enlèvements d’étrangers autant que de Yéménites. On déplore régulièrement des victimes...  » Pourtant le directeur de CEFAS ne veut pas dramatiser la situation des étrangers : «  Il n’y a pas de problèmes directs envers les étrangers ou envers les Chrétiens. Les enjeux politiques sont fondamentalement locaux ou régionaux, les pays occidentaux ne sont aucunement pris à partie. Le monde arabe se libère de ses propres maux sans faire référence au passé colonial. C’est pour cette raison que j’ai relativement confiance en l’avenir du Yémen et de la zone... » Michel Tuchscherer convient qu’une épée de Damoclès est suspendue au-dessus du pays. Une épée... presque au sens propre du terme ! «  Au Yémen, tout le monde est armé ! Un pistolet, une grenade ou une kalachnikov... qu’importe. Si le conflit devait dégénérer, ces armes dormantes, seraient la crainte majeure...  » La prolifération des armes dans la société yéménite n’a aucun lien direct avec la tension politique qui secoue la région depuis quelques années. «  C’est une tradition qui remonte à l’époque pré-islamique. Dans une société tribale comme ici, l’homme se considère comme libre et place l’honneur au premier rang des valeurs à défendre, fusse par les armes. La djambia en est le symbole. C’est un un poignard à lame courte et courbe porté à la ceinture. La tradition du port d’une arme est donc très ancrée dans la société yéménite. Mais, dans les années 60, de nombreuses armes, loin de la Djambia, ont envahi le Yémen en proie à une guerre civile. Ces armes sont restées et constituent un trésor dans chaque famille. Jusqu’à maintenant ces armes sont restés sages... mais si le conflit politique devait se poursuivre... qui sait ?  »

Ces derniers jours la situation politique s’est encore un peu plus embourbée. Le président Ali Abdallah Saleh s’était dit prêt à quitter le pouvoir contre l’immunité pour lui et ses proches. Un processus électoral afin de lui désigner un successeur devait avoir lieu dans les prochains mois. Mais l’homme fort du Yémen refuse de signer l’accord en vue. A cet entêtement s’ajoute l’enlèvement probable récent de trois Français travaillant pour une ONG. A l’heure ou ces lignes sont écrites, l’enlèvement n’est pas confirmé mais l’inquiétude grandit... Michel Tuchscherer suit avec attention l’évolution de la situation à Sanaa... À la différence de bien des observateurs, lui, ne demande qu’à partir afin de réactiver la mission du Centre d’Archéologie et de Sciences Sociales de Sanaa et de retrouver les collaborateurs yéménites laissés là-bas. La crise politique et le « principe de précaution » lui en donneront-ils l’occasion bientôt... affaire à suivre ?!

Jacqueline Pirenne en train de déchiffrer une inscription sur le site de Wadi Abadan
Ph : Mission archéologique française 1975 - Aimablement prêtée par le CEFAS

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