ESFAM à Sofia : Un diplôme francophone et un bon boulot

ESFAM à Sofia : Un diplôme francophone et un bon boulot

14 septembre 2021 - par Lyubomir Martinov 
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Astieldo Randriamanana a fait le choix extraordinaire de suivre son master en gestion et administration des entreprises en Bulgarie, un pays d’Europe du Sud-Est, à 7 000 km de Madagascar, après avoir étudié dans son pays natal et en France. Ce jeune Malgache au sourire radieux, cheveux courts et lunettes, rêve de revenir dans son pays insulaire et d’y fonder sa propre entreprise.

« Je suis ingénieur en agroalimentaire. Une des raisons pour lesquelles j’ai choisi cette formation à l’époque est que j’aime beaucoup manger, j’aime la nourriture… et je veux travailler, je veux construire mon business dans ce domaine. » Mais comme Astieldo, 28 ans en août 2020, n’avait pas d’expérience dans le domaine de la gestion, il s’est dit que ce serait difficile d’avoir sa propre entreprise. Il a donc décidé de venir à Sofia, la capitale
bulgare, pour étudier à l’Établissement spécialisé de la francophonie pour l’administration et le management (ESFAM) « Cela va vraiment m’aider à concrétiser ce rêve, à construire ma propre entreprise », assure-t-il.

Il y a dix ans, Stanislav Ivanov vivait à Strasbourg et il venait de terminer ses études en finances à l’université de cette ville française, bordée par le Rhin et frontalière avec l’Allemagne. Au lieu de chercher à gagner sa vie dans l’Hexagone, il a fait un choix qui a marqué sa vie pour toujours : rentrer en Bulgarie et s’inscrire à l’ESFAM qui s’appelait Institut de la francophonie pour l’administration et la gestion (IFAG) à cette époque-là. Ce Bulgare, qui a 38 ans aujourd’hui, a depuis non seulement fait une carrière brillante, mais a aussi
rencontré sa future femme à la fac.

Astieldo et Stanislav sont aussi différents que semblables. Bien qu’ils soient de différentes nationalités, âges et caractères, les deux hommes sont liés par leur choix d’éducation et leur détermination à vivre dans leur pays d’origine.


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Un bastion d’éducation francophone dans les Balkans

Créé il y a 25 ans, l’ESFAM offre des études d’une durée d’un an qui permettent d’obtenir des diplômes de master de 5 universités françaises et belges. Sa mission est de former en langue française des spécialistes de haut niveau en gestion et en administration des entreprises, provenant notamment des pays de l’Europe centrale et orientale. Les citoyens de cette région, ainsi que ceux de quelques pays de l’Asie centrale et du Caucase sont éligibles à un tarif subventionné. Cette école est cependant ouverte au monde entier et pendant des années elle a accueilli des étudiants de tous les continents.

Les étudiants de l’ESFAM font leurs études à Sofia de l’automne jusqu’au printemps suivant. Ensuite ils effectuent un stage qui dure de trois à six mois dans des entreprises et institutions qui se trouvent dans le pays d’origine de l’étudiant, en Bulgarie, en France ou en Belgique et opérant dans plusieurs domaines - de la pharmacie à la construction, de l’aviation aux technologies informatiques. Ils ont le statut d’étudiants bulgares et peuvent donc bénéficier de réductions, y compris dans les transports en commun (il y aura une station du métro tout près de l’école en 2021), les musées, etc. « Mais en même temps ils sont des étudiants inscrits dans une université française ou belge et reçoivent un diplôme de ces institutions, tout en bénéficiant du coût de la vie en Bulgarie qui est beaucoup moins cher que celui de leurs homologues en Europe de l’Ouest », résume Dessislava Tocheva, la directrice adjointe de l’ESFAM.

Coronavirus oblige, l’école a dû réorganiser son travail au printemps 2020 et à partir de la mi-mars les cours se sont tenus par téléconférence. « On avait un cours de ressources humaines et on a dû couper ce cours parce qu’il y avait le confinement. C’était au moment où on a vraiment apprécié le cours, on était vraiment en contact avec le prof, ça se passait bien et c’est là que ça s’est coupé  », déplore Astieldo. Après une courte période de réflexion, « on a attaqué les cours en ligne ». Pour lui c’était à la fois une nouvelle aventure et un
obstacle, car « on ne voit que sa chambre, le lit, les chaises, les tables et on est assis devant son ordinateur de 8:30 h à 17:30 h et ça fait mal au dos. Ma joie est qu’on a pu finir ce master même s’il y avait ces difficultés et c’était une belle expérience », se réjouit-il.

Astieldo se dit très content du travail des professeurs, « de vrais experts dans leurs domaines » - un sentiment partagé par bien d’autres. « Des professionnels uniques. Ce ne sont pas des professeurs qui ne sont bien préparés qu’en théorie. La plupart d’eux étaient impliqués dans la pratique – membres de conseils d’administration d’entreprises, responsables d’hôpitaux, de sociétés de marketing, de cosmétique, etc. », dit Stanislav Ivanov, manager finance et comptabilité à Coca-Cola à Sofia.

Le diplôme compte

« Les diplômes qu’on propose ne sont pas des doubles diplomations, ce sont des diplomations uniques : les étudiants sont inscrits directement dans une université française ou une université belge même si les cours se passent à Sofia  », dit le directeur de l’ESFAM Nicolas Maïnetti. « Ça veut dire que l’ESFAM organise la pédagogie, fait venir les intervenants, assure la coordination de ces interventions et les étudiants reçoivent les enseignements dont ils bénéficieraient s’ils étaient inscrits à Paris, mais le font en étant en Bulgarie ».

Ainsi à l’issue de la formation du Master management et administration des entreprises l’étudiant reçoit un diplôme de l’Université de Nantes. Les étudiants en Master transports internationaux, qui forme des cadres de haut niveau dans le secteur du transport, reçoivent un brevet d’État français délivré par l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Ayant pour objectif de former de futurs gestionnaires des entreprises et territoires touristiques, le Master management dеs PME et des territoires touristiques débouche sur un diplôme de l’Université
de Corse Pasquale Paoli. Les étudiants en Master management public, qui vise à développer les attitudes et les aptitudes à la prise de décision dans la fonction publique locale, nationale et internationale, auront un diplôme de l’Université de Liège. Et enfin le Master supply chain management, qui offre une formation adaptée aux besoins des entreprises en matière de management logistique, aboutit à un brevet de l’Université Paris 2 Panthéon Assas.

On peut trouver sur le site Internet de l’ESFAM toutes les conditions d’admission, les tarifs d’inscription, le calendrier pour poser les candidatures, les possibilités pour obtenir une bourse d’études, ainsi que des informations sur les autres frais liés à leurs études comme le coût de la vie en Bulgarie.

De la fac au boulot...

L’emploi des jeunes est un des plus grands défis de l’époque moderne. Certains employeurs et analystes accusent l’éducation d’être obsolète et partiellement responsable du taux de chômage élevé parmi la jeunesse. « Les universités simplement ne donnent pas les connaissances nécessaires pour trouver un boulot », font-ils valoir. Ce n’est pas le cas de l’ESFAM, assure Nicolas Maïnetti, visage résolu et habillé en costume. Il montre sur son ordinateur des données et statistiques concernant le futur développement de ses étudiants. À peu près 57 % des diplômés de l’ESFAM attendent moins de trois mois pour trouver un travail, 14 % sont embauchés entre 3 et 6 mois après avoir terminé leurs études, encore 14 % attendent jusqu’à un an. Environ la moitié des diplômés touchent un salaire annuel entre 28 000 et 35 000 euros dès leur première embauche, selon ces statistiques.

Stanislav Ivanov est un exemple incontestable d’un homme accompli. Il dirige une équipe de 4 personnes à la centrale de Coca-Cola à Sofia et il est responsable de cinq pays. « C’est une société très dynamique. Chaque jour on fait face à des situations où l’on doit réagir d’une façon sobre et garder le sang-froid afin dе parvenir aux résultats que la hiérarchie attend de nous », fait-il valoir.

Quant a Astieldo, il voudrait devenir entrepreneur : « Je préfère me lancer à Madagascar parce qu’on a les potentiels, on a les matières premières nécessaires et on a besoin d’entreprises pour faire avancer le pays. Donc c’est là que je me suis dit que cette formation va apporter beaucoup de choses pas simplement pour moi, mais ça va créer des emplois à Madagascar, ça apportera des avantages pour le peuple malgache », ajoute-t-il.

Avoir quelqu’un sur qui compter, cela importe

Aller vivre dans un autre pays apporte sans doute beaucoup de stress. Remplir des tonnes de papiers pour obtenir un visa et d’autres documents nécessaires, planifier le voyage, trouver un logement, s’installer, s’habituer à une culture, des mœurs, une langue et des règles qui sont dans certains cas tout à fait différents de tout ce qu’on connaît est un grand défi. Les étudiants de l’ESFAM ont la chance d’avoir à leur côté quelqu’un qui sera toujours là pour les aider.

Vladimir Galabov, chargé des relations extérieures de cette école, se donne complètement à ce travail. Vladimir, « l’histoire vivante de l’ESFAM », comme le décrit Rennie Yotova, la directrice du Bureau régional de l’OIF pour les pays de l’Europe centrale et orientale, est venu très souvent au secours des étudiants.

Un groupe d’étudiants d’Haïti est venu pendant un automne rude il y a quelques années. Ils ne portaient que des sandales et ils étaient complètement inadaptés pour l’hiver en Bulgarie quand les températures tombent bien au dessous de zéro. Vladimir s’est immédiatement chargé de leur trouver des vêtements chauds, se souvient Stanislav. Alors qu’il accompagne des gens chez le médecin, ou bien les aide avec la bureaucratie bulgare ou à régler des
problèmes liés au logement, Vladimir est révéré comme un véritable superhéros par les étudiants. De nombreux étudiants, anciens et actuels, vantent en général leurs relations très bonnes avec l’administration de l’ESFAM, ce qui n’est pas le cas dans toutes les Universités, en Bulgarie ou ailleurs.

Des amitiés qui perdurent, de la fête et du tourisme

« Le tout premier jour que je suis entré en classe, je me suis assis tout seul sur un banc, personne ne voulait s’asseoir à côté de moi. Je ne sais pas pourquoi, peut-être que j’avais l’air trop morose », rigole Stanislav. « Deux filles sont entrées en retard dans la salle de classe. Comme elles n’avaient d’autres options, elles ont dû s’asseoir sur mon banc », se souvient-il. L’une d’elles, d’origine bulgaro-béninoise, se mariera avec lui et ils auront deux enfants quelques années plus tard.

Stanislav a non seulement trouvé l’amour, mais il a lié beaucoup d’amitiés avec des gens de sa promotion venus d’Afrique, d’Ukraine, de Moldavie, ou de Roumanie. Faire la fête à Studentski grad, la résidence universitaire où sont installés les étudiants de l’ESFAM, était le mot d’ordre. Les anciens étudiants de cette promotion ont gardé le contact par Facebook et LinkedIn et n’arrêtent pas de communiquer, de se saluer pour leurs anniversaires, d’échanger des informations sur leurs vies personnelles et professionnelles.

Et la Bulgarie ne manque pas de charmes - à Veliko Tarnovo, la capitale du puissant royaume bulgare du Moyen Âge, où une forteresse majestueuse s’élève sur une colline ; mais aussi à Plovdiv, où on peut trouver des traces de toute l’histoire bulgare – de l’Antiquité avec l’amphithéâtre et le stade romain à l’époque contemporaine de la culture hipster dans les bars et les restaurants du quartier Kapana.

Astieldo Randriamanana et ses copains de la fac ont visité Varna, qui est de loin la plus belle ville au bord de la mer Noire, où se trouve le plus ancien trésor d’or au monde ! Des thermes romains, un parc maritime et une zone piétonne qui facilite l’accès aux sites culturels et historiques dans le centre de la ville.

La Bulgarie a sauvegardé un patrimoine historique très riche. Envahie et libérée plusieurs fois, elle faisait partie des empires byzantin et ottoman ; elle a été une monarchie aussi bien qu’une république, un pays capitaliste, puis communiste, ensuite une démocratie, membre de l’UE et de l’OTAN. Chacune de ces périodes a bien posé son empreinte sur la Bulgarie et aujourd’hui des milliers de touristes étrangers viennent voir les trésors thraces, les églises et
monastères chrétiens, les mosquées ottomanes, admirer l’architecture unique de la Renaissance bulgare, les édifices exquis, construits au début du XXe siècle, et fréquenter les monuments du communisme, qui font objet d’une vive polémique.

La belle nature bulgare est un grand avantage, avec une riche variété de montagnes séparées par des vallées qui finissent au bord de la mer Noire. Faire du ski pendant l’hiver, prendre des bains de soleil sur la plage pendant l’été et se baigner dans les multiples sources naturelles d’eau minérale dans les stations balnéaires au printemps et en automne, ça fait vraiment rêver. En combinaison avec la qualité impeccable de la cuisine locale, la vie nocturne et la multitude d’événements culturels dans les grandes villes, les étudiants en
Bulgarie ne vont pas du tout s’ennuyer pendant leurs vacances.

Loin du tourisme, Astieldo aimerait travailler un jour avec d’autres étudiants de sa promotion sur un projet commun. Pourquoi pas dans le cadre de sa future entreprise à Madagascar ? L’avenir est ouvert.


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