21e ILB (Internationales Literaturfestival Berlin)

21e ILB (Internationales Literaturfestival Berlin)

Leïla Slimani à Berlin
18 octobre 2021 - par Peter Klaus 
 - © Ali Ghandtschi et Hartwig Klappert
© Ali Ghandtschi et Hartwig Klappert

Comment mesurer le succès d’un festival aussi rodé que celui du 21e ILB (Internationales Literaturfestival Berlin) au temps du Covid où une bonne partie des écrivains-e-s invité(e)s n’ont pu se déplacer et où de nombreuses sessions ont eu lieu en virtuel ?
Tout ce qu’on peut dire est que l’attraction pour le festival n’a pas diminué, les différentes salles accessibles aux porteurs de masques étaient souvent bien remplies et les lectures-discussions des auteurs-auteures étaient bien suivies, même celles accessibles seulement via visio-conférences. Le festival a sa tradition et son financement est assuré. Ce qui n’était pas le cas à ses débuts.

L’édition 2021 a accueilli environ 160 auteurs-auteures du monde entier et les différents événements avaient lieu dans 30 endroits différents disséminés sur toute la ville. Un des centres du festival de cette année où se sont tenus la plupart des événements des 11 jours de septembre s’appelle "Silent Green" et se trouve dans un quartier transformé en centre culturel issu d’un ancien crématoire ! Silence assuré !

Pour les Francophones il y a eu plusieurs moments forts, car le festival a été inauguré par l’auteure franco-marocaine Leïla Slimani dont le discours (hélas en anglais !) a été largement applaudi et a eu des échos remarqués dans la presse. Son discours, placé sous le titre "Call for Crime" a été un éloge de l’écriture, de la lecture et de la littérature, un récit émancipatoire féministe et le récit d’une jeune fille née au Maroc dans un univers bourgeois et dans une société patriarcale. On s’imagine les possibilités qu’avaient les jeunes femmes marocaines à disposer d’elles-mêmes.

L’arrivée à Paris a donc été le déclic libérateur et on connaît entre temps la réussite de l’écrivaine qui avec son premier roman "Dans le jardin de l’ogre" (2014) a remporté le Prix de la Mamounia et le Prix Goncourt avec "Chanson douce" (publié en 2016).
Leïla Slimani a profité de sa présence à Berlin pour se prêter à une session lecture-discussion autour de son roman "Le Pays des autres" (2020), dont la traduction allemande est déjà disponible. C’est d’ailleurs un des avantages du festival qui motive apparemment les éditeurs à se lancer dans les traductions, une bonne nouvelle aussi pour la Foire du Livre à Francfort de cet automne où sera accueilli le Canada comme hôte d‘honneur, événement qui avait été annulé l’an dernier à cause de la pandémie.

D’autres étincelles francophones du festival de Berlin
Edem Awumey (*1975), originaire du Togo, a fait des études universitaires à l’Université Cergy-Pontoise de 1995 à 2000. Pour son essai sur l’auteur guinéen Tierno Monénembo il a obtenu le Prix Renaudot. Il est installé au Québec (Gatineau) depuis 2005 et a reçu le Grand Prix littéraire de l’Afrique Noire pour son premier roman "Port-Mélo" (2006). À Berlin il a présenté (en virtuel) son deuxième roman "Les Pieds sales" pour lequel il avait été listé pour le Prix Goncourt en 2009. C’est un roman centré autour des thèmes comme l’errance, la migration et l’exode. C’est l’histoire d’Askia qui conduit un taxi à Paris et qui est à la recherche de son père. Entre temps, l’auteur a publié d’autres romans qui ont également été traduits dans d’autres langues dont l’ allemand.


Amelie Thoma, Komi Togbonou, Edem Awumey and Matthias Scherwenikas
© Ali Ghandtschi

Un auteur dont il faudra surveiller la carrière
Le roman de l’écrivain algérien Abdelouahab Assaoui (*1985) "The Spartan Court" ("La Cour de Sparte"), pour lequel l’auteur a obtenu le Booker Prize arabe en 2020 aurait mérité davantage l’attention du public. Mais sa prestation était en arabe et la traductrice/animatrice n’était pas vraiment à la hauteur de la tâche. Dommage, car le sujet du roman devrait interpeller tout un chacun qui s’intéresse à l’histoire du colonialisme, vu que le roman a pour sujet la conquête de l’Algérie autour de l’an 1830.

Un récit aux perspectives multiples, une polyphonie narrative qui invite le lecteur à mieux comprendre l’histoire de la colonisation de l’Algérie et les conflits dans toute la région de la rive sud de la Méditerranée. Le récit accompagne plusieurs personnages de 1815 à 1833 : le journaliste français Dupond qui envoie ses reportages d’Alger, un ancien soldat de l’armée napoléonienne qui se retrouve dans la ville en tant que prisonnier. Les personnages algériens prennent des positions divergentes vis-à-vis des forces coloniales françaises et ottomanes : Ibn Mayyar fait confiance à la politique comme moyen adéquat afin de construire des rapports avec l’occupant. Hamma al-Sallaoui, de son côté, pense que la révolution est la seule solution pour arriver à des changements. Douja, le cinquième personnage, vit la transformation d’Alger avec une angoisse grandissante.
Apparemment le roman n’est pas encore traduit ni en français ni en allemand. Le prix obtenu est censé financer la traduction en anglais et de faciliter ainsi sa diffusion en dehors du monde arabophone. Un écrivain à suivre dans son évolution, car il a déjà publié d’autres romans et des nouvelles qui ont attiré l’attention du public.

Précédents Agora mag