Foot et Monde arabe

Foot et Monde arabe

5 mai 2019 - par Arnaud Galy 

Le Monde arabe n’échappe à pas à la règle qui veut que le football soit une actualité phare, débattue à grand renfort de titres ravageurs dans la presse ou durant de vibrants procès populaires aux terrasses des cafés. Bien au-delà d’une pratique sportive, le football est un fait de société. Depuis la Seconde Guerre mondiale, son imbrication dans la géopolitique est permanente. L’Institut du Monde Arabe, à Paris, lève le voile sur ce curieux mélange des genres en proposant « Foot et Monde arabe – la révolution du ballon rond », jusqu’au 21 juillet 2019.

De cette exposition, les esthètes et exégètes du jeu retiendront les espaces dédiés aux Marocains Larbi ben Barek et Rabah Madjer, au Français de parents algériens Zinedine Zidane ou à l’Égyptien Mohamed Salah qui à jamais occupent des places de choix sur la planète football. Frissons et ferveur assurés. Mais l’IMA ne se contente pas de brosser dans le sens du poil en surfant sur la vague du sport mondial le plus populaire. L’IMA explore les faits et gestes des joueurs et des publics en profondeur. En ce qu’ils les associent à la marche ou aux claudications de leur société respective. Ce sport apporté dans les valises des colonisateurs à partir de la fin du 19e siècle est depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale un vecteur de révolte structurée ou une colombe porteuse de messages.

Déambulation

Que dire devant le courage et l’engagement périlleux des étoiles algériennes du Championnat de France qui, nuitamment, le 15 avril 1958, décidèrent de quitter l’hexagone pour s’en aller bâtir l’équipe du FLN (Front de libération nationale) ? Rachid Mekloufi, Mustafa Zitouni et leurs camarades jouant à Saint-Étienne ou Monaco abandonnèrent le rêve de jouer la Coupe du Monde en Suède pour celui de jouer aux couleurs d’une Algérie indépendante qu’ils appelaient de leurs vœux ! Ce qui fut chose faite, le 6 janvier 1963 lorsque ceux qui portent dorénavant le nom de « Fennecs » jouèrent le premier match officiel, contre la Bulgarie, après avoir été reconnus par la FIFA. Une tournée au Maghreb, en Europe de l’Est et en Asie, dans des pays menacés d’exclusion par la même FIFA eu lieu les années précédentes, mais dans une sorte d’illégalité militante.

Traversons la Méditerranée, cap sur le Liban. Au pays du cèdre, le Nejmeh SC a occupé pendant 50 ans une place centrale dans l’échiquier politique complexe. Ce club né en 1945 a toujours refusé de représenter un courant religieux ou un mouvement politique. Cramponné à un idéal multiconfessionnel, ce club pacifique a résisté jusqu’en 2005, année de la mort de Rafic Hariri dans l’explosion de sa voiture. Le Nejmeh SC revêtit alors, sans tambour ni trompette, les couleurs du sunnisme. Ce changement idéologique ne doit pas faire oublier la farouche volonté originelle d’indépendance.

Plus actuel. La monarchie jordanienne utilise le football comme un outil d’émancipation des filles en vue d’une plus grande égalité entre les sexes. L’équipe nationale de Jordanie porte cette volonté jusque dans son surnom : les Courageuses. L’État palestinien combat l’enfermement de son peuple en entretenant des équipes masculines et féminines, officiellement reconnues par la FIFA depuis 1998, et qui du fait de leurs déplacements luttent symboliquement contre les murs et les frontières. En Égypte, l’ordre - parfois le désordre ! - et la ferveur qui règnent au sein des groupes de supporters ont joué un rôle de catalyseur pendant la révolution de 2011. La répression qui s’est abattue sur certains est la preuve sanglante de la crainte qu’ils inspirent. Comment oublier les dizaines de morts dans les rangs des supporters des clubs cairotes d’Al-Alhy et de Zamalek en 2015 ? Moins dramatiques, mais potentiellement explosifs, les « derbys » qui opposent les clubs des grandes capitales telles que Tunis, Alger, Casablanca ou Le Caire en disent long sur la ferveur et la tension qui font peur à tous les États. Le football est un acteur de premier plan dans l’équilibre ou le déséquilibre de bien des Nations, quoi qu’en pensent ceux qui ricanent devant cette place extravagante qu’il occupe.


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