60 ANS DU MONDE DIPLOMATIQUE : Les NATIONS UNIES face au pouvoir exorbitant des institutions financières internationales

60 ANS DU MONDE DIPLOMATIQUE : Les NATIONS UNIES face au pouvoir exorbitant des institutions financières internationales

Par Anne-Cécile ROBERT, journaliste au Monde diplomatique.
11 novembre 2014

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Certes, les « G » ne produisent ni loi ni normes obligatoires mais leurs conciliabules donnent le « la » dans le « monde mondialisé » ; leurs opinions orientent les options des décideurs dans un univers qui va se déréglementer à partir du milieu des années 1980. Les associations et les militants ne s’y trompent pas longtemps : à partir de 1999, elles vont organiser systématiquement des contre-sommets à chaque réunion officielle des G. Certains se traduiront par des manifestations, parfois durement réprimées comme à Seattle en 1999 ou Gênes en 2001. Sur le fond, les manifestants critiquent les choix néolibéraux du « G », la « marchandisation » des sociétés et « la non prise en compte des droits de l’homme ». Sur la forme, ils mettent en cause la non représentativité de cette instance (pourquoi certains pays – comme Singapour ou le Chili - n’en font-ils pas partie ? quelle place pour la « société civile » ?). C’est aussi dans cet esprit que sont créés les forums sociaux mondiaux, dont le premier s’est tenu à Porto Alegre au Brésil en 2001, afin de donner la parole aux populations et aux associations qui en sont issues. Sentant grandir la contestation, les dirigeants occidentaux vont d’ailleurs tenter de trouver une forme de légitimité en élargissant leur cénacle à des pays du Sud, comme l’Afrique du Sud ou le Brésil. Mais, comme toujours, aucune règle transparente ne préside au choix des heureux élus. La cooptation, forcément arbitraire, est de mise. Il existe désormais un G20 dont les chefs d’État et de gouvernement se sont réunis pour la première fois en 2008. Il regroupe les pays du G8, dix économies émergentes [1], l’Australie et la Corée du Sud. À ces pays s’ajoutent les IFI, le président du Conseil européen et celui de la Commission européenne. Mais la question de la légitimité demeure posée. En février 2011, l’appel du forum social de Dakar (Sénégal) affirme ainsi : « Le G20 est constitué de 20 pays parmi les plus riches au mépris de tous les autres. Il s’est autoproclamé garant de la stabilité économique et financière mondiale au lendemain de la tempête financière de 2008, mais n’a en rien protégé les peuples de cette grande crise. Au contraire, il a maintenu la dictature de la finance qui déploie son emprise sur tous les aspects de notre existence : logement, travail, éducation, agriculture, climat, retraites, connaissance, biodiversité, etc. Par son action, il renforce les acteurs et les mécanismes à l’origine de ces crises, tout en faisant payer la note aux citoyens. »

Durant la guerre froide, la paralysie fréquente du Conseil de sécurité des Nations unies a alimenté l’idée que l’ONU était impuissante et inadaptée. Avec la disparition de l’Union soviétique en 1991, l’idée d’une réforme du système international créé en 1945 se répand. Mais il ne s’agit pas de renouer avec l’esprit de Philadelphie ou avec celui de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948. Comme le note Bernard Cassen, professeur à l’université Paris 8 et journaliste au Monde diplomatique, « La question des institutions internationales est posée depuis la chute du mur de Berlin. Dans la conception qui prédominait au sein du G8, on notait une nette préférence pour les institutions de Bretton Woods, considérées comme efficaces et contrôlables, en particulier l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec son organe de règlements des différends. Cette dernière, créée à Marakesh en 1994, devait servir de modèle pour une réforme du système des Nations unies, accusé de bureaucratie, d’inefficacité et considéré avec une grande méfiance depuis la décolonisation [2]. » ...


Extrait de la contribution publiée dans l’AFI 2014-2015


[1Le G20 est composé de l’Afrique du Sud, de l’Allemagne, de l’Arabie Saoudite, de l’Argentine, de l’Australie, du Brésil, du Canada, de la Chine, de la Corée du Sud, des États-Unis, de la France, de l’Inde, de l’Indonésie, de l’Italie, du Japon, du Mexique, du Royaume-Uni, de la Russie, de la Turquie et de l’Union européenne.

[2Lire Le Monde diplomatique, « Les dossiers de la mondialisation », Manière de voir n°91, janvier-février 2007.