BURKINA FASO - " L’avortement, ses pratiques et ses soins "

BURKINA FASO - " L’avortement, ses pratiques et ses soins "

Par Ramatou Ouedraogo - Docteur de UMR 5115 CNRS - Les Afriques dans le Monde (LAM) Institut d’Études Politiques de Bordeaux
9 mai 2016

Résumé de la thèse

L’avortement provoqué sans indication médicale ou juridique dans les pays où il est interdit comme au Burkina Faso pose à la fois un problème de santé publique et un problème social. C’est cette double problématique que cette thèse a exploré pour expliquer les difficultés que rencontre le pays à lutter contre les avortements à risque, et comprendre les facteurs de l’accroissement de la pratique parmi les jeunes. Une immersion dans l’univers de l’avortement (structures sanitaires et vie de femmes et d’hommes ayant fait l’expérience de l’avortement) ainsi que des entretiens avec différents acteurs,ont permis de montrer que la manière dont l’avortement est pensé et traité dans l’espace public burkinabè concourt à créer des obstacles rédhibitoires à sa constitution en problème réel de santé publique et à sa gestion efficiente. Il est conçu socialement comme une déviance et est fortement reprouvé. Les stigmates consécutifs à cette déviance et ses enjeux moraux et symboliques marquent alors de leur sceau le processus conduisant à la reconnaissance sociale et politique du problème. Par conséquent, l’avortement est partiellement inscrit à l’agenda des politiques publiques de santé, et les recours et les modalités d’accès aux services d’avortement dans les structures sanitaires s’en trouvent fortement influencés. Quant à l’occurrence de l’avortement parmi les jeunes, elle a trait aux pratiques des jeunes urbains dans un contexte marqué par une mutation des modes d’accès au statut d’adulte et une précarité économique et statutaire. Ce travail montre que les grossesses qui aboutissent aux avortements sont la conjugaison d’une hétéronomie des jeunes femmes et de dynamiques d’individuation dans leurs « débrouilles » pour devenir adulte et pour réussir dans la ville de Ouagadougou. À ce titre, cette recherche apporte une contribution aux réflexions dans les champs de l’anthropologie des jeunes et de l’anthropologie de la santé.

Photo du logo : Flickr - Guillaume Colin et Pauline Pénot

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