C’était notre Algérie

C’était notre Algérie

Alain Vircondelet - Photographies de Jean-Pierre Stora / Édition de l’Archipel

1962 - 2012... Il y a cinquante ans que l’histoire commune entre l’Algérie et la France a pris fin dans le sang et les larmes. Le temps des récits, de la nostalgie et des contradictions.

12 janvier 2012 - par Dominique Colonge

Alain Vircondelet -
Ph : éditions de l’Archipel

Comme toutes les pages d’histoire sombre celles qui évoquent les drames de la guerre d’Algérie et l’exode final des Pieds-Noirs en 1962 n’en finissent pas de fournir une matière première inépuisable aux écrivains, cinéastes ou conteurs du dimanche. Derrière les accents des uns et des autres et l’exubérance, si vite arrivée, se cachent les larmes, le sang, la violence et les irrémédiables ruptures. Alain Vircondelet ne se satisfait pas de ces recettes éculées... il met dans son récit autant de douceur que possible. Est-ce possible ? Sans doute. En invitant à sa table d’écriture les petites sucreries de la vie quotidienne ; les gestes d’amour, bien qu’il s agisse d’un amour impossible, prodigués des uns envers les autres ; les sincérités qui opposent les uns et les autres...

L’auteur met tout en œuvre pour que le récit de l’exode des Français d’Algérie et les «  roulis de l’Histoire » ne soient pas trop rébarbatifs. Pour que les bateaux réquisitionnés, les maisons de famille abandonnées et les hommes qui pleurent comme des enfants orphelins ne tuent pas l’image d’une Algérie qu’il désire encore et toujours. Pour que le sirocco, la blancheur des murs de la Casbah d’Alger et ce pays que les partants appellent « là-bas » restent un lieu fantasmé et symbole d’un bonheur évanoui. Pour que les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs qui parvinrent un temps, pour le moins, à se respecter, faute de se mélanger vraiment, trouvent des raisons de croire qu’ils ont bien fait de maitriser le volcan sur lequel ils étaient assis depuis si longtemps...

C’était notre Algérie
Vircondelet - Stora / éditions de l’Archipel

Malgré toute cette prévenance, Alain Vircondelet ne peut se défaire de la réalité obsédante des faits. Des faits têtus aux angles tranchants comme des couteaux , ce qu’il nomme « la lente agonie » qui conduit les Pieds-Noirs à se sentir autant Français qu’ils méprisent celui de métropole, à avoir peur autant de l’OAS que du FLN, à ne plus discerner ni l’ami de l’ennemi, ni le familier de l’étranger.