FRANCE - Paris - Le Père Lachaise

FRANCE - Paris - Le Père Lachaise

Comme un musée de la mémoire, de l’intelligence et du talent...

Attention, lieu hanté... par des esprits talentueux, engagés et souvent précurseurs. Bienvenue au paradis de Molière, Chopin, Piaf, Jim Morisson, de médecins, d’inventeurs, de personnages étonnants et d’une nuée d’anonymes...

6 janvier 2010 - par Arnaud Galy 
 - © Arnaud Galy
© Arnaud Galy

Balade sereine...
ph : ZigZagthèque

Le Père Lachaise est un paradis où l’on rencontre toutes sortes de gens : des vivants et des morts.

Ph : ZigZagthèque

Les morts ? Ils ont toute l’éternité devant eux et, craignant de s’ennuyer, ils acceptent que des bien- portants viennent les visiter. Anonymes ou célébrissimes, pauvres ou riches, biens logés ou presque vagabonds, enracinés ou nouveau-venus... De ceux là, on ne rencontre que l’esprit planant et envoûtant, le souvenir indélébile et la pierre tombale qui les accompagne. Ils sont 1 million, répartis dans 69000 sépultures. Fidèles à ce bout de terre de l’est parisien depuis que Napoléon décida que l’hygiène de la capitale nécessitait l’implantation d’un cimetière règlementé. C’était en 1804. Depuis morts et vivants se fréquentent sans jamais donner l’impression de s’importuner !

Les vivants ? Quelques uns sont dans la peine, sincères et émus devant le monument qui leur rappelle un disparu récent. Beaucoup sont pressés, joyeux et parfois ils agacent les « sincères émus ». Ils sont touristes, suivent au pas de course un guide qui les amuse en tentant de les instruire ou arpentent les avenues et les sentiers les yeux fixés sur un plan qui absorbe toute leur attention ! Tels des anthropophages pacifiques ils cherchent à se nourrir de l’intelligence, du talent, de la puissance ou de la folie d’un écrivain, d’un homme politique ou d’un doux rêveur.


Molière et La Fontaine
Ph : ZigZagthèque

Les classiques

Leurs sépultures sont parmi les plus visitées. Ils sont les emblèmes artistiques et intellectuels d’une France qui illuminait les 17e, 18e et 19e siècles. Molière (1622 - 1676) et La Fontaine (1621 - 1695), bien que disparus avant l’existence du Père Lachaise sont là. Côte à côte, dans deux sarcophages sobres et massifs qui traduisent la place centrale de ces deux « monstres » dans la culture française. Tous deux piquants et irrespectueux avec les puissants, souvent malmenés par leurs contemporains, ils trônent ici pour la postérité depuis 1817. Date à laquelle leurs saines célébrités furent utilisées à la promotion du jeune cimetière.


... une note de Chopin
Ph : ZigZagthèque

Chopin (1810 - 1849) et son ami Delacroix (1798 - 1863), Balzac (1799 - 1850) et son épouse madame Hanska ou Champollion (1790 - 1832)illuminent l’endroit de leurs talents et engagements. Chopin dont le cœur repose dans une église de Varsovie passera l’éternité à Paris qui l’accueillit et lui offrit les plus belles pages de sa vie amoureuse. George Sand veille sur lui bien qu’enterrée chez elle, à Nohant dans le centre de la France. Delacroix, blotti au creux d’un imposant sarcophage noir, laisse le souvenir d’un peintre voyageur fasciné par le Maroc, réalisant des œuvres monumentales. Balzac, écrivain prolifique, admiré par Ewelina Hańska, une noble polonaise née à Kiev, qu’il finit par épouser quelques mois avant sa mort. Une vie de passions secrètes et frustrantes, romanesque à souhait, qui s’achève dans une sépulture commune ! Champollion, qui le premier déchiffra les hiéroglyphes égyptiens, grâce à sa lecture de la pierre de Rosette, repose au pied d’une colonne pyramidale. Des admirateurs viennent y déposer des lettres enflammées, remerciant le savant d’avoir permis la compréhension de l’histoire de l’Égypte ancienne.

... sans oublier Alain Bashung, Gilbert Bécaud, Sarah Bernhardt, Pierre Bourdieu, Ettore Bugatti, Gustave Caillebotte, Maria Callas, Claude Chabrol, Camille Corot...



Les méconnus

Prenons en trois, aussi différents qu’étonnants : Antoine Augustin Parmentier(1737 - 1813), un de ces personnages de la petite histoire que la grande histoire fait mine d’oublier. Et pourtant ! Cet apothicaire, proche du pouvoir royal, ne subit pas les foudres de la Révolution française. Il doit ce respect à l’œuvre de sa vie : la pomme de terre ! Il consacra sa vie à donner à ce légume nourrissant ses lettres de noblesse. Devant la réticence des paysans à en manger, il eut l’idée de faire garder les plantations expérimentales par l’armée afin d’en signifier la valeur ! Sa persévérance fut la meilleure lutte contre les famines ! Aujourd’hui, ses adorateurs facétieux, déposent des pommes de terres sur son tombeau !

Antoine Augustin Parmentier et ses pommes de terre !
Ph : ZigZagthèque

Autre précurseur, Samuel Hahnemann (1755 - 1843) est à l’origine de l’homéopathie dont il expose les bases dans un journal en 1796. Ce médecin polyglotte allemand rédigea par la suite de multiples traités où il développe toutes les théories appliquées aujourd’hui encore. Il meurt à Paris et grâce à une souscription nationale, ses disciples lui offrirent une sépulture grandiose, surmontée d’une sculpture monumentale signée David D’Angers. Contrairement aux deux « méconnus » précédents, la sépulture de Jean Anthelme Brillat-Savarin (1755 - 1826) est fort modeste. Pourtant, l’homme est une pierre angulaire dans ce qui fait la renommée de la France dans le monde : la gastronomie ! Brillat-Savarin, après une vie d’exil et d’humiliation, écrit « Physiologie du goût ou méditations de gastronomie  ». Le livre publié quelques mois avant sa mort est une référence ! Ce gastronome inspire toujours les chefs et producteurs de mets savoureux... le Brillat-Savarin est, entre autre, un fromage crémeux fort peu diététique !


Edith Piaf
Ph : ZigZagthèque

... Vivan Denon, Pierre Desproges, Théodore Géricault, Annie Girardot, Stéphane Grappelli, Jean-Auguste Dominique Ingres, René Lalique, "le mime Marceau, Amadeo Modigliani, Yves Montand, Nadar, Michel Petrucciani...


Devant les chewing-gums en mémoire de Jim Morrison !
Ph : ZigZagthèque

Les extravagants

L’esprit de certains résidants du Père Lachaise hantent les lieux avec une telle énergie qu’ils attirent comme un aimant des visiteurs aussi extravagants qu’eux-mêmes. Voyez Jim Morisson (1943 - 1971), dont la tombe fleurie doit être protégée sous peine d’être couverte de chewing-gums mâchouillés par les fans de moins en moins jeunes ! Le chanteur des Doors attire toujours autant les révoltés et les fêtards, si bien que sa sépulture est sous surveillance... la consommation de drogues et d’alcool ou la tendance à l’exhibitionnisme du poète maudit sont reproductibles chez ses admirateurs ! Gare aux attitudes jugées déplacées ! Attitudes jugées déplacées, devenues traditionnelles, que l’on retrouve sur la tombe de Victor Noir (1848 - 1870), un jeune journaliste parisien républicain tué par le Prince Pierre Napoléon Bonaparte. La tradition veut que les dames... enfin pas toutes... caressent vigoureusement le sexe du gisant qui représente le malheureux. Malheureux... pas complètement ! Il suffit d’observer l’usure et le changement de couleur à cet endroit précis pour être convaincu que les dames sont assez nombreuses à provoquer ainsi amour et fécondité !

Victor Noir
Ph : ZigZagthèque

Autre symbole de virilité et d’amour passionnées, Oscar Wilde (1854 - 1900). Le poète et écrivain irlandais dont le monument funéraire est un des plus spectaculaire du cimetière est toujours la bienheureuse victime des assauts de ses admirateurs. Il y a quelques années le sphinx ailé couché fut émasculé par l’un deux, ou l’une d’elle, qui sait pour quel usage ? ! Depuis, une protection de verre prive les visiteurs du contact direct avec le monument. Un mur de verre couvert de lèvres maquillées de rouge et d’inscriptions en diverses langues exprimant un amour débridé. Sans parler des fleurs qui sont jetées au pied du sphinx par les lectrices romantiques...


Oscar Wilde
Ph : ZigZagthèque

Romantisme encore avec le monument érigé en souvenir d’Héloise et Abélard (1101 - 1164 ; 1079 - 1142), couple d’amoureux mythiques et mystiques du 12e siècle. Maitre et disciple, ils devinrent amants, épris de poésie. Séparés, il fut envoyé dans un monastère, elle devint religieuse mais ils continuèrent à s’écrire, transis d’amour, transgressant toutes les normes. L’histoire de leur passion déchirante et déchirée ne tomba pas dans l’oubli. Le roi Louis XVIII fit transférer leurs dépouilles au Père Lachaise en 1817.


Héloïse et Abélard
Ph : ZigZagthèque

Ph : ZigZagthèque

Le Père Lachaise est la dernière demeure de quelques esprits forts : Gérard Encausse dit Papus, Rufina Noeggerath dite Bonne Maman et Allan Kardec (1804 - 1869). Trois tombes visitées et entretenues par les spirites du monde entier, adeptes de la pensée du dernier nommé :" … L’homme n’est pas seulement composé de matière, il a en lui un principe pensant relié au corps physique qu’il quitte, comme on quitte un vêtement usagé, lorsque son incarnation présente est achevée. Une fois désincarnés, les morts, peuvent communiquer avec les vivants, soit directement, soit par l’intermédiaire de médiums de manière visible ou invisible". Allan Kardec fut l’initiateur de Victor Hugo, Conan Doyle ou Théophile Gautier, tous croyaient fermement à l’existence d’une vie après la mort et adeptes des « tables tournantes ».

Rufina Noeggerath
Ph : ZigZagthèque

Tout aussi fréquentée, la sépulture de la spirite d’origine finlandaise Rufina Noeggerath (1821 - 1908) qui tenait salon à Paris entourée de personnalités des arts et des lettres à qui elle dispensait des conseils. Sa bonté, unanimement reconnue, lui valut le surnom de Bonne Maman. Sa sépulture est dite miraculeuse car elle aurait une action bénéfique sur les personnes souffrant de troubles de la vue. Enfin, Gérard Encausse, dit Papus (1865 - 1916)... l’homme qui précéda Raspoutine auprès de Nicolas II ! Ce médecin fondateur de l’ésotérisme occidental fut appelé auprès du tzar de toutes les Russies afin de le conseiller lors des révoltes de 1905. Il transmit alors à Nicolas II un message de l’au-delà, émanant de Alexandre III, conseillant de réprimer fortement les révolutionnaires... Sa légende atteignit son paroxysme quand, durant son enterrement, une main sculptée tomba de l’église où avait lieu la cérémonie pour atterrir sur une couronne de fleurs posée sur son cercueil !

… Enfin, une pensée pour Isadora Duncan, danseuse américaine ayant fait une carrière avant-gardiste en Europe. Une vie d’expression artistique et de tragédie comme il en existe bien peu. Isadora abandonna la danse à la mort de ses deux enfants puis épousa le poète russe Sergey Essenine qui se suicida après l’avoir abandonnée... quant à elle... elle mourut étranglée par une écharpe prise dans la roue de sa voiture...

... Elvire Popesco, Gioacchino Rossini, Simone Signoret, Marie Trintignant, Camille Pissaro, Sir Richard Wallace...

ph : ZigZagthèque

Au fait... pourquoi "Père Lachaise" qui n’est nullement le nom d’origine du cimetière ? Les Parisiens, d’une manière informelle, remplacèrent l’intitulé "cimetière de l’est" par le nom d’un Jésuite, confesseur du roi Louis XIV, qui aimait à se reposer dans ce parc boisé, bien avant sa transformation en cimetière.

Bonne balade, n’ayez pas peur des fantômes... ils ne vous veulent que du bien et vous rappellent les grandes dates de l’histoire des Hommes, de la Politique, de l’Art et des Sciences.


... parmi les anonymes...
Ph : ZigZagthèque

Auguste Viatte (1901 - 1993) n’est pas le résident du Père Lachaise le plus connu ! Pourtant, au pays de la francophonie, cet homme est un personnage de premier rang : Né en Suisse en 1901, fréquente la Sorbonne, devient français dans les années 30 puis est nommé à la tête de la chaire de littérature de l’université de Laval au Québec. Il participe activement à la création des associations France – Québec et France – Haïti. Quant aux honneurs... Auguste Viatte fut un collectionneur ! Au Québec, en Haïti, en Louisiane, en Suisse ou en France... son empreinte sur les sols francophones est profonde...

Précédents Agora mag