La langue française sur le toit du monde

La langue française sur le toit du monde

Entretien avec Christian Florès, directeur de l’Alliance française de Chandigarh

Dans l’annuaire des Alliances françaises, certaines destinations attisent la curiosité. Celle de Leh, dressée à plus de 3500 mètres est de celles-ci. Pour qui, pour quoi... quelques explications !

15 février 2012 - par Arnaud Galy

La langue française n’a pas le mal des montagnes !
Ph : Aimablement prêtée par l’AF de Chandigarh

Christian Flores, vous dirigez l’AF de Chandigarh et vous vous apprêtez à ouvrir une annexe à Leh. Vu de France, du Québec, du Mali ou du Vietnam la situation géographique de ces lieux est un peu floue... pouvez-vous nous préciser où nous sommes !?

L’annexe est ouverte, elle possède une équipe administrative et les enseignants s’y relaient. Nous sommes sur le toit du monde, à 3520 m d’altitude dans une région hautement touristique, le paradis du trek.

Si le nom Ladakh excite les oreilles des voyageurs et des montagnards avertis, celui de Cachemire évoque une tension permanente entre l’Inde, le Pakistan et la Chine. Un étranger y vit-il sereinement ?

C’est vrai que c’est une région sensible hautement sécurisée : communication téléphonique contrôlée, omniprésence de l’armée… Beaucoup d’étrangers y vivent cependant, des adeptes de la vie en haute montagne, des amoureux de cette région indo- asiatique.

Leh est donc sur « un des toits du monde »... comment vient l’idée d’y installer une AF ? Comment s’exprime le besoin de langue française et pourquoi s’y exprime-t-il ?

Diffuser la langue et la culture française est notre mission y compris dans des zones difficiles d’accès. La présence de Français pendant la saison touristique crée un besoin linguistique auprès des guides, des commerces de la ville. Par ailleurs, il y a une vraie demande de loisirs, d’événements culturels qu’une alliance française a l’habitude de proposer.

L’AF de Leh... et son équipe
Ph : Aimablement prêtée par l’AF de Chandigarh

Concrètement, comment l’annexe de Leh fonctionnera-t-elle et qu’attendez-vous d’elle ? Qui l’animera ?

L’équipe administrative est déjà en place, nous avons déjà formé une cinquantaine d’étudiants et mené quelques actions culturelles.

Tutoyer les nuages et partager le terrain avec le yéti ne doit pas faciliter l’implantation et la vie quotidienne ?

Vrai, c’est la principale difficulté. Les mois d’hiver sont très rigoureux et la vie quotidienne y est difficile.

Plus généralement, qu’en est-il de la francophonie en Inde ? Est-elle un luxe culturel, un outil de développement ou fait-elle partie du bagage scolaire classique ? Parlez-nous de la fréquentation de l’AF de Chandigarh et de ses annexes ?

Un environnement étonnant, non ?
Ph : Aimablement prêtée par l’AF de Chandigarh

L’AF de Chandigard est prospère, sa croissance est constante et notre bâtiment trop étroit pour accueillir tant d’étudiants. Le français pour de nombreux étudiants, est l’élément migratoire indispensable pour aller au Canada.

On parle beaucoup de l’élan que connaissent les AF en Chine, du fait des relations économiques de ce pays avec l’Afrique par exemple, qu’en est-il en Inde ?

L’Inde est, comme la Chine, un pays d’héritage mais aussi pays d’avenir qu’aiment les Français. Le réseau des Alliances en Inde est solide, prospère et appuie sur le terrain , une politique culturelle de qualité menée par l’Ambassade de France à Delhi.

Si j’arrête un jeune indien éduqué ou une jeune indienne éduquée dans une rue de Chandigarh et lui demande ce qu’il ou elle connait de « français » ou de « francophone », quels genres de réponses pensez-vous que j’obtiendrai spontanément ? Le Corbusier... au moins ?

Canada…

Je reviens à Le Corbusier... pouvez-vous nous éclairer sur son histoire ici ?

Chandigarh est un cas unique, une ville rêvée et dessinée d’un bout à l’autre par un seul architecte. Conçue pour 500 000 habitants , elle est aujourd’hui peuplée par plus d’un million de personnes. Néanmoins, elle ne souffre pas comme les autres villes indiennes d’une surpopulation et reste, « the city beautiful »… un cas à part dans ce pays.

Est-il une passerelle symbolique entre Chandigarh et l’espace francophone ou est-il rangé dans la poussiéreuse armoire aux souvenirs ?

Le Corbusier est toujours présent, son travail est à la fois respecté et reconnu. Beaucoup de personnes qui ont travaillé au projet sont encore en vie et continuent de témoigner.

Me permettez-vous une question plus personnelle ? Quel itinéraire vous a conduit ici et qu’est-ce qui vous attache à l’Inde ou à Chandigarh ?

Je suis un fonctionnaire de l’administration française, j’ai sollicité un détachement dans un Alliance française car c’est un peu ma maison. J’aime le concept de diffusion à la fois de la langue et de la culture françaises, cela nous différencie d’un institut de langue privé.

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