LIBAN - Hommage à Shoushou

LIBAN - Hommage à Shoushou

... ou la mémoire de Beyrouth

Pour qu’une douce nostalgie poétique, joyeuse bien que légèrement piquante envahisse nos cœurs en cette fin d’année, nous laissons la dernière mise en ligne 2012 à notre amie Pascale Asmar...

21 décembre 2012 - par Pascale Asmar

Je suis allée à la recherche d’une photo assez ancienne du Théâtre National, dit Théâtre de Shoushou, que la guerre a évincé sans trop de regrets ou d’amertume. Shoushou n’a pas pu guérir, en dépit de son enjouement, de la mort de sa moitié chère … J’ai cherché dans la mémoire de mes parents, dans les archives en ligne… Mais aucune forme ne s’est précisée… J’ai finalement décidé de le rêver, de l’imaginer…

Je longe les photos d’une ville lumière… les vieux souks grouillant de vie (Al Maarad, Bazerkan, Tawil, Ayyas, Abou Nasr, once (w’iyeh),…), le petit enfant au panier vacillant qui attend les quelques piastres lumineuses d’une course, le premier centre commercial, cet œuf monumental, les Grands magasins Byblos, la liasse d’hôtels, le Grand théâtre, les vendeurs ambulants se prosternant devant leurs petites brouettes en bois, le tramway se balançant légèrement au gré du vent, les Soudanais et leurs cacahuètes fumantes, les quelques rares carrioles que tirent des chevaux lestes…

Et puis, l’ombre d’un petit restaurant de Falafel, le café Kahwat al Kazaz, le grelot joyeux des bicyclettes, les salles de cinéma Rivoli, Métropole ou Roxy…des noms fabuleux, l’écho d’une Beyrouth que je n’ai jamais vue !

Shoushou (1939-1975) est le pseudonyme de Hassan Alaa Eddine, comédien, écrivain et chanteur libanais, connu par ses nombreuses comédies théâtrales.
Ph : Aimablement prêtée par Pascale Asmar

Et la vieille photo de Shoushou resurgit : ses yeux pétillent et palpitent. Sa longue moustache caresse un visage creusé par la fatigue et la passion. La mémoire t’a bien déçu Shoushou… nous aussi. On t’a vu en noir et blanc sur les planches, ri à gorge déployée et applaudi … avant de te condamner à l’oubli…

La guerre a meurtri le théâtre de Shoushou. Beyrouth, Shoushou, le théâtre, l’insouciance et cette mémoire d’une belle époque que nous considérons non sans regret en regardant les photos. Une mémoire faites de cartons et de photos, qui s’estompe de jour en jour… et le vieux Abou Abed transformé en une caricature de mauvais goût… et les vieilles rues maintenant occidentalisée… et des théâtres pulvérisés… J’ai peur de retenir cette façade. Je retourne chercher dans les tréfonds de la ville. Peut-être croiserai-je un vieux au tarbouche rouge bien ciré en train de jouer au dé ou un jeune moustachu jonglant avec les mots et les rires…