La francophonie dans le pays hôte du Sommet 2018
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La francophonie dans le pays hôte du Sommet 2018

25 septembre 2018 - par Lilith Muselimyan , Astghik Yeremyan
A la fête de la musique organisée par les étudiants de l’UFAR/CEFU - Source : Page FB du Cercle des étudiants de l'UFAR/CEFU
A la fête de la musique organisée par les étudiants de l’UFAR/CEFU
Source : Page FB du Cercle des étudiants de l’UFAR/CEFU

La France et l’Arménie ont entretenu depuis toujours des relations privilégiées, soutenues par l’incontestable francophilie des Arméniens et la francophonie d’une part non négligeable de la population du pays.
La chute du rideau de fer, la disparition de l’obligation d’enseigner le russe dans les pays de l’ex-bloc soviétique contribue à raviver l’intérêt porté aux langues étrangères, et donc au français, bien qu’il soit sérieusement concurrencé, voire dépassé, par l’anglais et l’allemand. Nous percevons immédiatement combien, pour les pays occidentaux et plus particulièrement pour la France, l’enjeu actuel est de taille : soutenir et promouvoir la présence de la langue et de la culture françaises en Europe centrale et orientale. En ce qui concerne l’Arménie, l’appartenance à la Francophonie s’inscrit dans une politique étrangère globale visant très nettement le désenclavement du pays et, plus précisément encore, un arrimage solide à l’Europe occidentale. À côté de cet intérêt diplomatique et stratégique, l’Arménie poursuit un objectif culturel fondé sur l’existence d’un courant francophile arménien qui, bien que minoritaire, ne peut néanmoins pas être négligé.
Les valeurs prônées par la Francophonie - la paix, la démocratie et les droits de l’homme, la diversité culturelle, la solidarité au service du développement - et la diversité des pays ayant en partage la langue française, ont incité l’Arménie à rejoindre la Francophonie institutionnelle dès 2004.
Au-delà d’une francophonie institutionnelle, une véritable francophilie plonge ses racines dans l’histoire de l’Arménie. Les relations entre l’Arménie et la France existent depuis que les deux pays ont établi des contacts au temps du royaume arménien de Cilicie. C’est au XXe siècle principalement que remonte le goût des Arméniens pour la France. Les relations diplomatiques officielles ont été établies le 24 février 1992 et sont considérées comme excellentes. Ces deux pays coopérant sur des aspects diplomatiques, culturels et militaires. En effet, en France, 2006 a été proclamée l’Année de l’Arménie.
Au vu de cet attachement historique, ne pouvons-nous pas affirmer que si le russe a sans nul doute eu l’influence la plus tenace sur le paysage linguistique arménien, si le turc a marqué cette culture au fer rouge, si l’anglais la démocratise, ou plutôt la commercialise, le français la reconnaît et l’aide à préserver un patrimoine en danger ? Depuis la chute du rideau de fer, c’est précisément cette dimension culturelle, ce supplément d’âme, cette francité — entendue comme la référence à la culture et à la civilisation françaises — qui attirent le courant francophile arménien. Le rôle de la Francophonie dans le phénomène culturel européen est considérable. Pour nous, la culture française pourrait être un vrai trésor, d’où l’on puisera des idées pour le développement futur de l’Arménie.
L’Arménie est membre associé de l’OIF depuis 2008. Son ministre des Affaires étrangères a manifesté l’intérêt de ce pays à travailler à l’élaboration d’un pacte linguistique par une lettre adressée à M. le Secrétaire général de la Francophonie en novembre 2011. Un document informel indiquant quelques axes et mesures potentiels en vue du futur pacte a été soumis aux autorités arméniennes, lesquelles l’ont enrichi et l’ont présenté comme base de travail pour une mission officielle exploratoire à Erevan qui a eu lieu du 18 au 23 février 2012. Coordonnée par le représentant personnel du Président de la République d’Arménie, la mission a permis de vérifier sur le terrain la pertinence des axes et mesures identifiés pour le futur pacte et d’explorer de nouvelles pistes en concluant, ainsi, à une dynamique favorable au français dans notre pays.
En guise de conclusion, il est à souligner que la Francophonie doit poursuivre son action pour que se fasse entendre la féconde polyphonie des cultures du monde. Sa raison d’être est à la fois le ferment de son identité et le garant des équilibres linguistiques du monde, et pour l’Arménie elle peut être une fenêtre sur le grand monde du XXIe siècle.