Le "rêve francophone" de Dorina Bohantov

Le "rêve francophone" de Dorina Bohantov

Critique d’art

... Finalement, mon rêve francophone, européen, international ou tout simplement humain… est de pouvoir rêver. Sereinement, en pleine conscience. Je reste confiante, nous avons encore des ressources. Et puis... le jeu en vaut la chandelle !

18 mars 2012

Dorina Bohantov - critique d’art

Lorsque j’étais petite fille, j’avais une tête, une grosse tête, remplie de beaucoup de rêves. Probablement, je vivais plutôt dans mon monde que dans le réel. En revanche, cette attitude a été une manière d’échapper à différentes incompréhensions dues à des contextes intenables issus de la période soviétique.

La chute du communisme, donc l’atmosphère enthousiaste et chaude de la fin des années 80, m’a poussée à prendre conscience de ma nationalité roumaine. J’ai même saisi cela au travers des allers dans un centre linguistique, ouvert à Chişinău, en Moldavie, chargé de transcrire les noms slaves par des porteurs d’ethnie roumaine. Ainsi, la fille « Bohanţova » (la forme de mon nom qui était scellée dans les registres soviétiques) est devenue « Bohanţov », pour la simple raison, qu’en roumain, les noms ne varient pas en genre. Alors, un nouveau départ, une nouvelle plateforme d’attentes, d’illusions, des rêves… de bonnes et de belles intentions et ensuite… tout cela est devenu trop restreint, trop étroit. Il a fallu tout remettre en cause afin de bien tenir la route face aux avancées de l’européanisation. Et la porte de l’européanisation s’est vêtue, dans un premier temps, de mots français. Les rêves ont accompagné la montée de nouveaux défis ?

Au début, c’était joli d’entendre la parole française… C’était une sorte de « wind of change ». Sur cette vague d’enthousiasme et d’innocence, malgré les années qui passaient et mon âge qui avançait, j’ai pas mal ramé. Même, à contre courant. Ensuite, une sorte de coupure. Et le silence. Comment pouvoir encore rêver lorsqu’on se heurte à une situation qui porte en elle le noyau de la violence… ? Cela coupe la parole. Cela met fin à tous les rêves. Et pourtant, ce qui fait vivre et revivre c’est notamment… le rêve.

Le rêve d’être en bonne santé, le rêve de pouvoir sourire, le rêve de pouvoir marcher les pieds nus et de ne pas avoir peur… Non, non, pas celui de s’infliger la piqûre d’une aiguille ou d’une épine, mais celui de ne pas se faire entendre, lorsqu’on demande de l’aide, suite à une blessure… C’est cela, en fin de compte.
Alors, je rêve d’un monde plus empathique. Celui où on chercherait davantage de justice, où on n’essaierait pas désespérément d’imposer sa position. Il s’agirait plutôt de pouvoir écouter l’autre et de rester auprès de lui.

Finalement, mon rêve francophone, européen, international ou tout simplement humain… est de pouvoir rêver. Sereinement, en pleine conscience. Je reste confiante, nous avons encore des ressources. Et puis... le jeu en vaut la chandelle !