Trésor Kibangula, journaliste étranger interdit de travail en France !

Trésor Kibangula, journaliste étranger interdit de travail en France !

Journaliste congolais récemment diplômé, Trésor Kibangula est dans la tourmente. Dans quelques jours, son autorisation de séjour en France expire...

7 novembre 2012 - par Annabelle Maugé

Journaliste congolais récemment diplômé, Trésor Kibangula voit s’ouvrir de belles perspectives professionnelles. Mais il est aujourd’hui dans la tourmente. Dans quelques jours, son autorisation de séjour en France expire.

Trésor Kibangula a 29 ans, une promesse d’embauche, un studio à Paris, des amis dévoués, une petite amie, tout semble réussir à ce jeune homme au rire communicatif, et pourtant. Le 17 septembre, le couperet tombe : la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi - Unité Territoriale de Lille (DIRECCTE) lui refuse son changement de statut d’étudiant à salarié. «  J’étais super confiant, on y croyait. J’ai été désagréablement surpris, très déçu » témoigne-t-il. La DIRECCTE argue que le marché de l’emploi dans la profession de journaliste rédacteur est en tension : «  les statistiques du marché du travail de la région Ile de France font apparaître au 31 juillet 2012, 4494 demandeurs d’emploi inscrits, 391 offres d’emploi collectées ». Une décision « dure à supporter » pour ce jeune homme au parcours sans faute que l’on empêche de travailler.

Trésor Kibangula, en attente !
Ph : Annabelle Maugé

À la conquête d’un titre de séjour

Trésor a un bac +5. Il est diplômé depuis mai 2012 de l’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille, reconnue internationalement. Dans son pays, la République Démocratique du Congo, il étudie le droit mais son envie de devenir journaliste est présente « depuis tout jeune ». Dès l’adolescence, il relate sur des petits carnets les évènements sécuritaires et politiques de sa ville, Kisangani. «  Ma mère était ma principale lectrice  » se souvient-il le regard espiègle. Grâce à sa passion des nouveaux médias, il devient blogueur et crée également Congolol, un site satirique où il décrypte avec un angle décalé l’actualité de son pays. Cette soif d’informer tant sur la situation politique que sociale le pousse à postuler «  pour approfondir cet art » à l’ESJ. Il réussit le concours, très sélectif, et pose ses valises en France en juillet 2010. Au prix de deux ans de travail obstiné, Trésor réussit. Le magazine hebdomadaire Jeune Afrique lui offre une promesse d’embauche, un CDD de 7 mois. « Il n’ont pas trouvé de journaliste qui corresponde au poste, mon stage en février était une sorte de test. Il recherchait quelqu’un qui sortait d’une école de journalisme avec des acquis sur l’Afrique Sub-Saharienne et la région des Grands Lacs. Je viens de là-bas, j’ai une grande connaissance de l’endroit. J’ai un carnet d’adresses et je parle Swahili et Lingala. Mon profil correspond à leurs attentes » explique-t-il l’accent congolais en plus. Les autorités françaises lui refusent cependant de rester en France pour travailler. Trésor se lance dans un combat fastidieux, celui du recours. Et dans sa lutte il peut compter sur ses proches.

Une vague de soutien s’organise

Trésor raconte son histoire d’une voix égale, toujours avec un regard malicieux. Après une première procédure, il faut alors tout recommencer. Avec son avocate, spécialisée en droit des étrangers, et « le soutien de taille de Jeune Afrique », c’est un long processus qui s’engage. «  Il s’agit de ne pas réintroduire le même dossier même si le premier tenait la route. Il faut apporter d’autres documents qui attestent la singularité de mon profil, démontrer qu’il est recherché par mon employeur » raconte Trésor. Dans ces tracasseries, il n’est pas seul. Ses amis se sentent concernés et veulent l’aider à leur manière, à l’instar d’Eléonore Sok-Halkovitch, ancienne camarade de l’ESJ qui a créé un site internet, pourtrésorkibangula.com, afin de mobiliser le plus de monde possible autour de sa situation : «  Trésor mérite sa place à Jeune Afrique, mérite sa place en France. La profession a besoin de personnes comme lui. Son humilité nous enrichit, sa présence nous tire vers le haut et nous apporte bien plus que ce que nous lui offrons.  » Son ami, Yves Zihindula, étudiant congolais à l’ESJ est «  frustré et en colère. Ce qu’il traverse est difficile mais des gens sont derrière lui  ». Ses amis, les autorités esjiennes mais également ses anciens collègues, comme Sylvain Attal, chef du service multimédia France 24/RFI, témoignent de «  ses très grandes qualités professionnelles et humaines ». Une pétition est même lancée en sa faveur. « C’est très réconfortant, si je tiens le coup, c’est grâce à mes proches. Ça booste beaucoup  » relate-t-il.

Trésor Kibangula n’a aucune idée de ce qui va lui arriver. Il veut simplement travailler dans «  un espace de liberté en France, encore plus dans un média spécialisé sur l’Afrique  ». Il attend.

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