À la rencontre des jeunes pousses de Douala

À la rencontre des jeunes pousses de Douala

Entretien avec Steve Tchoumba, directeur de l’incubateur camerounais ActivSpaces
15 octobre 2018 - par Nataša Laporte
Steve Tchoumba dans le Pavillon de la Francophonie d’Erevan - Ph : Arnaud Galy - Agora Francophone
Steve Tchoumba dans le Pavillon de la Francophonie d’Erevan
Ph : Arnaud Galy - Agora Francophone

Lorsqu’il rejoint l’aventure ActivSpaces, celui-ci est le premier incubateur de start-up à Douala. Né au Cameroun, installé jeune en Angleterre où il étudie les relations internationales puis la gestion de projets, Steve Tchoumba a toujours aimé travailler avec des jeunes, en plus de son expérience d’entrepreneur, que ce soit en tant que professeur de lycée à Birmingham ou directeur d’une école au Cameroun où il est retourné il y a cinq ans. Celui qui a dû alors réapprendre le français n’a pas tardé à se voir proposer, par l’entrepreneure Rebecca Enonchong, cofondatrice d’ActivSpaces dans la ville de Buea, d’accompagner de jeunes entrepreneurs dans leurs projets technologiques dans le cadre d’une nouvelle antenne de la pépinière lancée dans la ville francophone de Douala.

Depuis, plusieurs centaines de jeunes pousses ont été accompagnées par ActivSpaces de la capitale économique camerounaise. Une nouvelle promotion voit en effet le jour tous les six mois et la prochaine s’apprête à accueillir six start-up porteuses de projets innovants, d’après Steve Tchoumba qui occupe aujourd’hui le poste de directeur de ce centre fort de huit collaborateurs. Le fonctionnement ? A un premier niveau, l’incubateur valide – ou pas — l’idée innovante de l’entreprise. Si c’est le cas, passage à l’étape suivante : l’entreprise s’attaque au prototypage et à l’acquisition des premiers clients. Cap ensuite sur le programme d’accélération, dans l’objectif de passer à l’échelle et de lever davantage de fonds.

Quelques pépites florissantes

Tous les projets n’aboutissent pas, tant s’en faut, mais les entrepreneurs sortent tout de même armés de nouveaux outils. D’autres affichent de belles réussites. « Une vingtaine de start-up aujourd’hui font du chiffre d’affaires », relève Steve Tchoumba. Exemple de quelques pépites florissantes issues de l’incubateur : Mesepreuves.org, une plateforme d’aide aux examens, Cloomify qui mise sur un système de localisation dans ce pays où la nomination des rues n’est pas évidente, tandis que Genius Center a essaimé dans la région ses centres de formation pour les jeunes au code, aux applications web ou encore à la robotique.

Il faut dire que, depuis la création d’ActivSpaces à Douala, l’écosystème a pris son envol. « Quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’autres incubateurs », se souvient Steve Tchoumba. « Aujourd’hui, il y a une dizaine de places de co-working et trois incubateurs à ma connaissance ». Si au départ, la « Silicon Mountain » de Buea était l’épicentre du numérique au Cameroun, du fait des tensions dans cette zone anglophone, celui-ci s’est déplacé vers Douala, explique-t-il.

Les défis d’un écosystème en pleine éclosion

Reste que les défis sont nombreux pour cette « tech » africaine en pleine éclosion. D’abord, susciter les vocations, les métiers du numérique étant encore peu valorisés aux yeux de la population. Autre problème, celui de la formation des étudiants qui manquent de compétences numériques… « Nous sommes obligés de faire nous-mêmes, au sein de notre incubateur, de la formation aux technologies, pourtant ce n’est pas le cœur de notre métier », un incubateur devant se concentrer avant tout sur le projet entrepreneurial. Le nerf de la guerre, enfin, est le financement, dans un pays où le capital-risque reste peu présent. « Il faut développer un tissu solide de “angel investors”. Il y a encore une difficulté à investir dans une idée ».

Les incubateurs eux-mêmes peinent encore à trouver leur modèle économique. Les services aux grandes entreprises et la location des places de co-working étant pour l’heure une source peu significative de revenus, les subventions sont nécessaires pour assurer leur financement. Parmi les partenaires qui soutiennent ActivSpaces à Douala, l’Organisation internationale de la francophonie l’accompagne dans le cadre d’un programme dévolu à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, en particulier sur le plan de la formation aux compétences, ainsi que celui du développement d’un réseau avec d’autres acteurs de l’écosystème de la région.