À quelques rues

À quelques rues

4 juillet 2019 - par Sylvain Moreau 

Triangle urbain situé au sud-ouest de Bucarest, Ferentari est précédé d’une réputation peu reluisante. Pour nombre d’habitants de la capitale roumaine, le quartier se résume souvent à une déchetterie à ciel ouvert, parfois même à un coupe-gorge où il ne fait pas bon s’aventurer.

Cet a priori négatif semble pourtant exagéré. Si Ferentari n’est ni le coin le plus beau, ni le plus verdoyant de Bucarest, on s’y promène sans le moindre souci.* Alternance de banlieue résidentielle sans charme et de vieilles barres d’immeubles devancées d’une poignée d’arbres, la balade y est même agréable.

Seul problème, il n’y a rien à faire dans ce faubourg aux allures de ghetto. Peu de commerces, espaces verts réduits au strict minimum, absence de lieux de loisirs : on s’y ennuie ferme. Les habitants ont donc fait le choix d’investir la rue comme lieu de rencontres. Quand les uns installent leur chaise sur le trottoir, les autres discutent entre voisins au pied des immeubles. Sur les petites artères délaissées par les voitures, les enfants jouent au football ou improvisent des courses de vélo sous l’œil de leurs parents.

À la frénésie du centre-ville pas si lointain, Ferentari semble préférer une certaine langueur. Une nonchalance qui tend parfois à l’immobilisme et qui laisse à penser que, si les progrès viendront un jour, le quartier n’en a pas fini avec ses clichés.

Délimité par l’avenue Sălaj à l’ouest, les rues Cladova et Brăniştari à l’est et la rue Firuţă au sud, Ferentari compte environ 120 000 habitants, dont 80% sont issus de la communauté rom. Le quartier est enclavé dans le cinquième des six secteurs que compte la capitale : la station de métro la plus proche – Eroii Revoluţiei – est à une vingtaine de minutes de marche, et les deux lignes de tramway qui traversent le faubourg ne conduisent pas directement à Piaţa Unirii, le centre névralgique de Bucarest.

Les chiffres du chômage ou de la délinquance étant établis par secteur, il est difficile de les utiliser pour appuyer tel ou tel propos. Reste un sentiment, et une réalité : Ferentari demeure encore aujourd’hui la zone la plus pauvre de la ville. Délaissée par les investisseurs, on n’y trouve ni cinéma, ni piscine, ni stade. Les restaurants, comme les commerces de grandes et moyennes surfaces, s’y comptent sur les doigts d’une main.

La mairie, en mettant à disposition des habitants les plus défavorisés quatorze cabines de douche et une vingtaine de machines à laver, a mis la main à la patte. Mais a contrario, son choix de déléguer le ramassage des ordures à une société privée qui ne passe qu’une fois par semaine ne permet pas d’entrevoir d’amélioration durable sur ce point primordial.

Le salut vient pour l’instant des ONG. À l’initiative de la fondation Policy Center for Roma and Minorities (PCRM), un centre d’éducation alternative – qui propose notamment des cours de théâtre et de football – a vu le jour en 2010. « Actuellement, environ 200 enfants en situation de risque bénéficient des activités éducatives du programme », indique Sabina Antoci, directrice exécutive du PCRM, qui dépend de subventions internationales. Elle plaide pour que les pouvoirs publics roumains prennent enfin « des mesures concrètes en accord avec les préoccupations de la communauté, qu’il s’agisse d’éducation, de logement, de santé, d’emploi ou des questions de discrimination ».

Un autre projet imaginé par l’association easyEco a aussi permis, le 6 novembre dernier, l’ouverture d’un centre de santé mentale. Désormais, les habitants attendent que les autorités s’associent à ces efforts pour sortir Ferentari de l’impasse.

* Certes, l’appareil photo n’y est pas forcément bien accueilli. Certainement refroidis par les reportages peu tendres de nos confrères, ses habitants ont tous refusé de se faire tirer le portrait, d’où notre choix de vous proposer des vues plus générales du quartier.


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