ALGERIE / KABYLIE - Yaz, fragments du mythe premier kabyle

ALGERIE / KABYLIE - Yaz, fragments du mythe premier kabyle

4 octobre 2022 - par Arnaud Galy 
 - © Arnaud Galy - Agora francophone
© Arnaud Galy - Agora francophone

Yaz  ? Le titre déjà nous immerge dans un inconnu lointain. Yaz est à la fois une lettre de l’alphabet Tifinagh et signifie « l’homme libre ». C’est aussi la lettre présente sur le drapeau amazigh. C’est dire son importance symbolique pour les Berbères. L’origine de l’écriture Tifinagh se perd dans la nuit des temps, la préhistoire sans doute. Du Maroc à l’Égypte, les Berbères occupent le terrain. Les Kabyles sont une des ethnies berbères, aujourd’hui, ils vivent principalement en Algérie.
Le conte que raconte Kamel Guennoun, élégamment accompagné au chant par Samia Khiri, n’est pas moins ancien. Il date du temps ou aucune religion n’avait imposé ses rituels, ses martyres, ses hiérarchies formelles ou informelles. Les femmes qui transmettaient ce type de contes ne pouvaient envisager l’avènement de l’Islam. Pourtant l’Islam allait balayer sous le tapis toute la cosmogonie des Berbères. Mais la tradition orale fait des merveilles. Des siècles, pour ne pas dire des millénaires d’activités humaines, recouvrent la terre de cicatrices, de batailles, d’inventions et de nouvelles pensées ou croyances, MAIS, le mythe premier kabyle résiste aux épreuves. Il est toujours là quand un certain Léo Frobenius, ethnologue allemand, largement critique de la colonisation, dont le travail et les réflexions furent adoubés par Aimé Césaire, lui-même, recueillit la parole, les chants et les contes kabyles dans les années 1920. Quelle ne fut pas la surprise de Kamel Guennoun de lire que Frobenius était allé dans des villages de sa propre enfance pour enrichir son œuvre ethnographique.
Et que retenir de ces contes kabyles ? Une bombe. Dieu a eu un prédécesseur, pire une prédécesseur(e), la Première mère du monde. Bien avant l’Islam, ça va de soi. Voilà qui explique pourquoi, la cosmogonie kabyle n’est pas très populaire dans les pays musulmans... et sans doute ne le serait-elle pas dans les chrétiens...

Sur scène, peu d’artifices, de décors. Juste deux voix. La voix du conteur qui une heure durant, raconte le Monde, la naissance de l’Humanité, la place de la Femme. Le récit est apaisé, Kamel Guennoun reprend à son compte ce que des générations ont entretenu, parfois au péril de leur vie. Ses mots sont simples, il ne cherche pas à prendre ni reprendre, le dessus sur l’histoire. Il nous rappelle, preuve à l’appui, que les croyances ne sont pas éternelles. Que le statut que les Hommes et les Femmes s’accordent ou s’imposent sont instables.
Pour Kamel Guennoun et Lucille Terme, la metteuse en scène, une voix chantée, un univers sonore, était indispensable pour accompagner la voix du conteur. Elle est un récit supplémentaire. La voix de Samia Khiri parle aux étoiles. Elle chante le travail quotidien, l’eau, les olives, le linge. Kabyle aux yeux si clairs, chanteuse arabo-andalouse, elle est comme une apparition. Délicatement, la lumière la souligne, elle bouge dans un presque ralenti de cinéma, douce fantôme, sa voix se promenant aux quatre coins de la scène.

Un regret ? Tout personnel. N’avoir vu que les répétitions...

Yaz, fragments du mythe premier kabyle

Co-écriture, récit et jeu n Kamel Guennou
Co-écriture, mise en scène, anthropologue Lucille Terme
Ponctuations de chants kabyles Samia Khiri
Soutien à la création, soutien scientifique & co-écriture, ethnologue Marc Aubaret
Soutien à la création, lecture & regard sur la mise en scène Hassane Kassi Kouyaté
Soutien à la création, conseillère artistique Chantal Raffanel
Création lumière Olivier Aillaud


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