Autriche - Une année d’actualité - 2019

Autriche - Une année d’actualité - 2019

11 janvier 2020 - par Brigitte Seidler-Lunzer 
Complexe de logements « Vie en communauté », Darnautgasse, construit 2015/16, architectes : Froetscher und Lichtenwagner - © froetscherlichtenwagner.at
Complexe de logements « Vie en communauté », Darnautgasse, construit 2015/16, architectes : Froetscher und Lichtenwagner
© froetscherlichtenwagner.at

Une série d’atouts…
L’Autriche, ce petit pays au cœur de l’Europe, marque des points non seulement avec ses atouts touristiques tels que la diversité des paysages entre les Alpes et le Danube et ses richesses culturelles, mais aussi comme pays industriel moderne qui réussit dans le contexte concurrentiel à l’international. Et Vienne, sa capitale, séduit, offrant un excellent niveau de qualité de vie, et se trouvant classée pour la dixième fois consécutive comme la ville la plus agréable au monde selon « l’Enquête sur la qualité de vie 2019  » dans les villes du monde, réalisé par le groupe Mercer. Cette qualité se reflète, entre autres, dans les transports publics, les logements sociaux et, last but not least, dans la qualité de l’eau potable.

D’abord, les transports publics : Vienne est une ville de transports en commun et contribue ainsi considérablement à la protection de l’environnement et à la solution du problème climatique, comme elle teste déjà des bus autonomes. Le réseau des tramways, des métros et des bus est dense, performant et bien coordonné. Et le forfait annuel ne coûte que 365 euros, donc 1 euro par jour.
Deuxièmement, la politique de la construction de logements. À Vienne, 80 % des habitants sont locataires de leurs appartements et sont loin du rêve français d’en devenir propriétaires. Parmi les locataires, 60 % résident dans un appartement à loyer plafonné. Ce fait unique a son origine dans les années 1920 où la municipalité sociale-démocrate de « Vienne la rouge » avait initié un programme d’habitat social à destination des classes populaires – programme qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui.
Un exemple en est le « Karl-Marx-Hof », un vaste complexe de logements sociaux construit entre 1917 et 1930 (1,2 kilomètre de long, plus de 1 200 appartements).


Le « Karl-Marx-Hof »
© stadtstreunen.at

La ville de Vienne possède 25 % du parc résidentiel, soit 220 000 logements municipaux, et est donc le premier bailleur municipal d’Europe. Quelque 200 000 autres logements sont construits par des entreprises coopératives qui proposent des loyers modérés en échange d’une contribution financière. Et la ville qui veut être innovante dans le secteur des transports ainsi que dans le secteur énergétique, avec son ambition de devenir une smart city à zéro émission, réagit - dans la construction de logements également - aux changements sociaux avec l’offre de logements subventionnés smart, c.-à.-d. intelligents, dont la moitié est réservée aux petites familles, aux couples et aux célibataires.

Et finalement la qualité inégalée de l’eau potable, qui est non seulement à Vienne, mais partout en Autriche, une vraie eau de source des Alpes - mais le service gratuit d’apporter une carafe d’eau du robinet dans les restaurants n’est pas une pratique courante comme en France.

POLITIQUE INTÉRIEURE
En mai 2019, une vidéo enregistrée en cachette, « la vidéo d’Ibiza », a été rendue publique, et le gouvernement autrichien a implosé. Les déclarations scandaleuses de Heinz-Christian Strache, chef du parti d’extrême droite et vice-chancelier à l’époque, enregistrées sur cette vidéo piège, ont entraîné sa démission de ses fonctions et ont mis fin à la coalition turquoise-bleu, c’est-à-dire la coalition entre le parti conservateur ÖVP et celui de l’extrême droite, FPÖ. Le paysage politique est bouleversé par le vote de défiance de l’Assemblée nationale contre l’ensemble du gouvernement. Le président de la République fédérale, Alexander van der Bellen, nomme un gouvernement intérimaire jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement, issu des élections législatives anticipées fin septembre. C’est le jeune leader conservateur et ex-chancelier Sebastian Kurz qui remporte ces élections marquées par le retour fracassant des Verts – leur heure est venue avec les indéniables changements climatiques. Les négociations entre l’ÖVP et les Verts mènent à un accord et à une alliance inédite des conservateurs et des Verts.

30 ans d’ouverture à l’Est : Vienne est revenue au centre de l’Europe
En 1989, lorsque le rideau de fer est tombé et la dictature communiste en Europe de l’Est a pris fin, l’Autriche était au cœur des événements. Le 27 juin 1989, les ministres des Affaires étrangères de l’Autriche et de la Hongrie de l’époque, Alois Mock et Gyula Horn, ont coupé les fils barbelés à la frontière austro-hongroise près de Sopron qui séparaient l’Est et l’Ouest.


© noen.at

Cet événement a été considéré comme la première ouverture « officielle » du « Rideau de fer » et après le « pique-nique paneuropéen » en août 1989 un exode massif a commencé. Les événements libérateurs se sont précipités : la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, le démantèlement des fortifications frontalières de la Tchécoslovaquie en décembre 1989, suivis par l’ouverture de la Pologne, de la Bulgarie et de la Roumanie la même année. Pour l’Autriche, l’ouverture de l’Est a été bénéfique à bien des égards. Les relations commerciales avec les pays de l’Europe de l’Est se sont développées de manière dynamique et ont contribué à une croissance économique importante en Autriche.
À Paris, le trentième anniversaire de cet événement fut l’occasion du colloque « 1989-2019 Le retour de l’Europe centrale », organisé dans les locaux du Figaro par les ambassades de la République Tchèque, d’Autriche et de la République Slovaque, en coopération avec le Forum Culturel autrichien ainsi que d’un concert à la Cathédrale Américaine de Paris.

ÉCONOMIE
Somme toute, l’Autriche affiche de bons résultats grâce à la bonne conjoncture. Selon le rapport de l’Ambassade de France à Vienne fin 2019 et les différents instituts, on peut pronostiquer « une croissance comprise entre 1,6 % et 1,7 % et un excédent budgétaire de 0,6 % en 2019. 2020 sera plus difficile […]. Selon le Wifo, 2020 devrait encore se solder par un léger excédent budgétaire malgré les mesures votées par le parlement en juillet et septembre derniers (notamment la revalorisation des retraites et des aides pour les personnes dépendantes).
Le Conseil des ministres a adopté le projet de loi introduisant une taxe sur la publicité en ligne comme il en existe déjà pour la publicité sur les supports physiques, suite à l’échec des discussions au niveau européen sur la taxe sur les services numériques. Le taux est fixé à 5 % pour les entreprises numériques dont le chiffre d’affaires consolidé mondial est supérieur à 750 M.EUR et le chiffre d’affaires en Autriche supérieur à 25 M.EUR. Le ministère des Finances annonce également la fin de l’exemption de TVA dont bénéficient les articles de moins de 22 EUR importés via internet et des obligations des plateformes de location en ligne de type Airbnb qui deviendront comptables des revenus qui n’auraient pas été déclarés par leurs clients. Au total les recettes estimées se monteront à 200 M.EUR par an dès 2020.
 »

Relations économiques France – Autriche
Avec un volume d’échanges bilatéraux d’environ 13 milliards d’EUR en 2018, la France reste le 3e marché d’exportation de l’Autriche en Europe et le 5e marché au niveau mondial. En 2018, environ 5 % des exportations autrichiennes avaient la France pour destination. Avec 2,1 milliards d’euros d’excédent commercial pour les biens et 211 millions d’euros d’excédent commercial pour les services, la balance commerciale entre les deux pays restait, en 2018, nettement en faveur de l’Autriche.
En France, les produits importés d’Autriche relèvent notamment de la construction mécanique et des moyens de transport (36,1 %), des produits chimiques (22,2 %) et des produits transformés tels que l’acier, le fer et les produits à base de bois, papier et cartons (22 %). Les « champions cachés » autrichiens se retrouvent dans les secteurs du bâtiment, du ferroviaire, de l’aéronautique et de l’industrie chimique où la qualité de leurs produits et de leur service client sont reconnus.
L’Autriche est représentée en France avec 320 entreprises, dotées elles-mêmes de 120 succursales qui emploient quelque 15 200 personnes. Selon le « Baromètre France-Autriche 2019 », une enquête réalisée par Advantage Austria, section commerciale de l’Ambassade d’Autriche à Paris, 53 % de ces entreprises ont déclaré que leur chiffre d’affaires français avait augmenté, et 32 % qu’il s’était maintenu. Pour se développer, 38 % d’entre elles ont recruté et 29 % ont augmenté leurs volumes d’investissement. Avec leurs technologies sur le transport et leurs savoir-faire en construction, les entrepreneurs autrichiens misent beaucoup sur les chantiers du Grand Paris et les JO de 2024.

Rencontres bilatérales
En mars 2019, le ministre fédéral de l’Union européenne et de la Culture Gernot Blümel participe à une réunion de travail avec Mounir Mahjoubi, ministre français de la Numérisation. La visite du service français de musique en ligne Deezer et de diverses start-up innovantes de la chaîne F sont au programme. Et en mai 2019, Gernot Blümel assiste à une réunion informelle des ministres de l’UE et de la Culture à la Réunion sur la sauvegarde du patrimoine culturel à Paris. L’Autriche s’engage depuis toujours pour la préservation du patrimoine européen.

CULTURE
Prix Nobel de littérature 2019 décerné à Peter Handke


Peter Handke
© fr.euronews.com

Dans le journal Le Monde on lit le 10 octobre 2019 : « Pour l’Autrichien Peter Handke ce prix récompense “son œuvre influente qui a exploré avec ingéniosité linguistique la périphérie et la spécificité de l’expérience humaine”. En dépit de l’indiscutable qualité de son écriture, ce couronnement a longtemps été retardé par ses prises de position pro-Serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie et sa présence en 2006 aux obsèques de Slobodan Milosevic, l’ex-président accusé de crimes contre l’humanité et de génocide. “Ceci est un prix littéraire, pas un prix politique”, a déclaré Anders Olsson, l’un des académiciens suédois. » À noter que Peter Handke, originaire de Carinthie, une province fédérale autrichienne, habite près de Paris.

L’Opéra de Vienne célèbre son 150e anniversaire
Avec neuf premières à l’affiche, l’Opéra national de Vienne fête son cent-cinquantième anniversaire. Le point culminant de la saison est la première de l’opéra de Richard Strauss « La femme sans ombre » le 25 mai 2019, jour anniversaire de l’inauguration de l’établissement en 1869.


L’Opéra de Vienne
© b2b.wieninfo

Expositions

Il faut citer deux expositions à Paris, toutes les deux au Palais de Chaillot, qui sont le résultat d’une coopération franco-autrichienne : l’une, coproduite par la Cité de l’Architecture et du patrimoine et le Wien Museum (avec le soutien du Musée d’Orsay) présente, dans le cadre de la « Saison viennoise » le maître de l’Art nouveau viennois, Otto Wagner. Cette rétrospective réussie, qui a été montrée en 2018 dans la capitale autrichienne à l’occasion du centenaire de la mort de l’architecte viennois, met en valeur les chefs-d’œuvre de cet architecte, ensemblier et dessinateur. C’est Otto Wagner – contemporain des peintres Gustav Klimt et Egon Schiele et du designer Koloman Moser - qui a transformé la physionomie de sa ville natale à la fin du XIXe et début du XXe siècle avec sa modernité esthétique dans l’architecture. Plusieurs de ses constructions comptent aujourd’hui parmi les édifices emblématiques de la capitale, dont l’église Saint-Léopold am Steinhof, la Caisse d’épargne de la Poste sur le Ring ou bien le pavillon de la Karlsplatz.


Le pavillon de la Karlsplatz

La deuxième exposition est consacrée aux « Trésors de l’Albertina, des dessins d’architecture » issus de l’une des plus grandes collections d’Europe, celle de l’Albertina Museum de Vienne, et montre des dessins signés par de grands maîtres tels que Francesco Borromini, Johann Fischer von Erlach, Adolf Loos, Frank Lloyd Wright ou encore Hans Hollein, pour ne citer que quelques noms réputés.
Une autre exposition à Paris témoigne du lien fatidique entre l’Autriche et la France : « Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image » à la Conciergerie. Dans le cadre de l’ambitieuse politique matrimoniale des Habsbourg, Marie-Antoinette, fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, a épousé en 1770 le futur roi de France, Louis XVI. Son rôle en tant que Reine de France a toujours été très controversé : d’abord aimée, puis détestée par le peuple français, elle est morte guillotinée en 1793. L’exposition à la Conciergerie, ancienne prison royale où elle a passé ses derniers jours, présente du 16 octobre 2019 à fin janvier 2020 les différentes images et représentations de cette femme qui polarise toujours.

Invités d’honneur
Parmi les artistes français qui ont enrichi la vie culturelle de Vienne, il faut mentionner Isabelle Huppert dans le rôle de Marie Stuart dans la production « Mary Said What She Said » dans le cadre des Wiener Festwochen, le festival de Vienne.
L’Institut français d’Autriche avait invité en octobre 2019 le physicien français et prix Nobel 2018, Gérard Mourou, pour échanger sur son parcours, ses recherches et le sujet auquel il a dédié sa carrière, les lasers, et en novembre 2019, à l’occasion du Salon du Livre, Nicolas Mathieu, lauréat du prix Goncourt 2018.

Littérature et pensées
La maison d’édition viennoise Passagen Verlag, qui s’est lancée dans les années 1980 dans la diffusion de la philosophie contemporaine française dans l’espace germanophone, a acquis la réputation d’être une « oasis dans le désert du réel ». Son fondateur, M. Peter Engelmann, commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres et chevalier de la Légion d’honneur, a fait connaître en Autriche, et aussi en Allemagne, des penseurs et des écrivains français et a, par là, créé un lien entre les cultures. C’est la première maison d’édition dans les pays germanophones à se consacrer à la traduction systématique en allemand des textes clés de la postmodernité et de la déconstruction. Voici un choix des dernières parutions de 2019 : Louis Althusser : Philosophie und Marxismus. Ein Gespräch mit Fernanda Navarro. 11/2019 ; Jean-Luc Nancy : Körper. 11/2019 ; Slavoj Žižek, Agon Hamza, Frank Ruda : Marx lesen. 11/2019 ; Alain Badiou, Philippe Lacoue-Labarthe, Jacques Rancière : Mallarmé, das Theater, der Stamm. 11/2019 ; Alain Badiou : Logik der Revolte. Bilder der Gegenwart II. Seminar 2001-2004. 11/2019 ; Jacques Rancière : Die Ränder der Fiktion. 07/2019 ; Jean-François Lyotard : Das postmoderne Wissen. Ein Bericht. 07/2019 ; Hélène Cixous : Meine Homère ist tot. 04/2019.

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