Bilan d’une zébrure automnale !

Bilan d’une zébrure automnale !

11 octobre 2019 - par Arnaud Galy 
Hassane Kassi Kouyaté - © Arnaud Galy - Agora francophone
Hassane Kassi Kouyaté
© Arnaud Galy - Agora francophone

L’heure du bilan avait presque sonné. Nous étions vendredi matin, Hassane Kassi Kouyaté m’avait donné rendez-vous dans le vieux bus de la compagnie de transport de Limoges qui servait de décors aux interviews vidéos. Le « patron » était en retard. Une réunion à n’en plus finir le retenait dans une salle cachée derrière le bâtiment qui fait office de bureau, de cantine et d’accueil du public. L’équipe mettait au point les derniers réglages de « la nuit francophone », le clou final du festival.

Le voilà qui arrive, le pas alerte, embrassant et empoignant chaleureusement toutes les personnes qu’il croise sur son chemin. Il est comme ça Hassane, il est tactile et a le geste généreux. La fatigue et le rhume lui empoisonnent la vie, ça se voit. Mais, rien ne lui enlève un large sourire. L’a-t-il dans toutes les circonstances ? Mystère. En public, oui. Une enquête ultérieure devra répondre à cette interrogation légitime. Hassane s’assoit sur les sièges élimés du bus. Alors, Soulagé ? Pas encore, pas encore. Je suis comme le cycliste qui monte un col, plus le sommet arrive plus la concentration est indispensable. Pour le soulagement, je verrai dimanche matin... Il y a quand même déjà des points positifs ? Le lieu. Nous avons un lieu. Une caserne désaffectée comme quartier général, pas mal non ? Oui, il est indispensable que le festival tourne autour d’un lieu de rencontre. À la fois pour l’équipe et aussi pour le public. Les techniciens et le personnel administratif ne s’étaient jamais vraiment rencontrés, mais le fait de se côtoyer met de l’huile dans les rouages et apporte de la complicité. Pour le public, c’est une évidence. Ici, les gens se sont rencontrés, ont bu et mangé ensemble, se sont frottés ! Cela implante le festival dans la cité. Vis-à-vis des partenaires c’est un plus indéniable. Et la programmation ? La qualité d’une programmation tourne toujours autour des trois questions : quoi programmer ? Où et comment ? Le mot clef est l’exigence. Tout doit concourir à provoquer le débat et à ouvrir vers de nouveaux publics. Quand on programme Chantal Loïal à l’Opéra, sa direction est ravie d’avoir cassé ses propres codes et d’avoir accueilli un public qui découvre le lieu. Quand nous proposons des conférences, des tables rondes ou rencontres où se retrouvent des artistes, des universitaires et des institutionnels, nous donnons au public des sources de réflexion et des moyens de s’exprimer. Quelle marque de fabrique voulez-vous imposer ? Mettre les gens ensemble au-delà des origines et des classes sociales, écouter le monde en fait ! Programmer des spectacles de qualité est une chose facile. Mais je veux programmer des hommes et des femmes, des artistes, qui sachent créer un dialogue. Quand Mohamed Kacimi et Jean Claude Fall, suite à Jours tranquilles à Jérusalem, rencontrent des collégiens et qu’un échange s’éternise au sujet du conflit israélo-palestinien, je touche à mon but.

Hassane Kassi Kouyaté termine sa phrase le regard perdu dans la cour de la caserne. Il se lève précipitamment et sort du bus. Une poignée de secondes plus tard, il remonte, l’air satisfait. Sourire aux lèvres : Je voyais cette femme au milieu de la cour qui ne savait où aller, sous la pluie...

Et 2020 ? Pour les années à venir, nous allons travailler sur de grandes zones géographiques. 2020, l’Afrique. 2021, Asie et Moyen-Orient. 2022, l’Outre-mer et les îles. 2023, ce que j’appelle les francophonies évidentes c’est-à-dire le Québec, la Wallonie, la Suisse romande et la France. Au fait, retour à l’origine, votre définition de la francophonie, évidente ou pas ? La francophonie c’est la langue française mariée à une culture autre, sans oublier les langues de France. La francophonie dont je rêve est celle dont la forme ne tue pas le fond. Faire une faute de syntaxe ne doit pas exclure. La langue française peine à se développer dans certaines régions, car elle demande de l’exigence, trop parfois. Nous devons redonner de la force au fond. Le festival a souvent été taxé d’élitiste. J’en reviens au lieu. Être au cœur de la ville, offrir des concerts gratuits, monter des spectacles participatifs, remplir les salles et multiplier les rencontres... nous luttons contre cette critique ! Chaque année, nous programmerons un spectacle d’ouverture crée avec des gens du territoire. Nous devons faire en sorte que le festival devienne... normal ! Au fait, êtes-vous un néo-limougeaud ? Oui, et cela aussi est normal. Je vis à Limoges, mes enfants vont à l’école ici. Je vais au marché sur le territoire pour lequel je travaille...