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BULGARIE - Toujours dépendante de la Russie en terme d’énergie

BULGARIE - Toujours dépendante de la Russie en terme d’énergie

12 avril 2023 - par Lyubomir Martinov 
Dans un café de Sofia (Bulgarie) - © Arnaud Galy - Agora francophone
Dans un café de Sofia (Bulgarie)
© Arnaud Galy - Agora francophone

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a révélé les vulnérabilités de l’Europe du Sud-Est en termes de sécurité énergétique. Elle a exacerbé la crise énergétique causée par le déficit d’approvisionnement en gaz sur les marchés mondiaux et a mis en évidence la dépendance excessive de nombreux états membres de l’UE vis-à-vis des importations de combustibles fossiles russes.
La Bulgarie a survécu tout de même à l’hiver sans trouble dramatique grâce aux températures bien au-dessus de zéro degré et grâce aux sources d’énergies alternatives que les autorités ont pu assurer.

Voici quelques développements intéressants que ce pays des Balkans a connus au cours des quatre derniers mois dans le domaine de l’énergie.

Pétrole – Troisième importateur mondial d’or noire russe

Des vagues de sanctions occidentales ont frappé la Russie pour son invasion de l’Ukraine, y compris son secteur énergétique, source majeure de revenus pour le Kremlin.
La capacité de la Russie à vendre du pétrole brut a été réduite le 5 décembre 2022, lorsque Bruxelles lui a été interdit de transporter son or noir par bateau vers l’Union européenne. En outre, le même jour, l’UE a plafonné à 60 dollars le baril le prix des exportations russes de pétrole par oléoduc.

Tandis que presque toute l’UE a réduit ses livraisons de pétrole russe, la Bulgarie apparaissait à contre-courant de cette tendance. Pour une certaine période à la fin de l’année 2022, la Bulgarie était devenue le troisième acheteur de pétrole russe dans le monde, après la Chine et l’Inde, dépassant son plus grand voisin, la Turquie, a rapporté RFE/RL.

La Bulgarie ne défiait pas les sanctions – elle a obtenu une exemption de Bruxelles qui lui a permis de recevoir des cargaisons de pétrole russe livrées par voie maritime.

Tout le pétrole brut russe livré à la Bulgarie arrive à la raffinerie Neftochim Burgas, qui est considérée comme la plus grande installation de ce type dans les Balkans. Cette raffinerie, située dans le port de Burgas sur la mer Noire, est détenue par Lukoil, le deuxième producteur de pétrole russe.

Dans le cadre de l’exemption accordée par l’UE, la société russe s’est engagée à payer les taxes sur les revenus générés en Bulgarie. Lukoil ne l’a pas fait depuis des années, les autorités soupçonnant depuis longtemps l’entreprise de falsifier ses comptes. La société déclare régulièrement des pertes financières annuelles, à quelques exceptions près, depuis au moins 2006, ajoute la RFE/RL.

Électricité – Taxer ceux qui profitent des prix élevés de l’énergie
À la fin de 2022, le Parlement a adopté des mesures visant à compenser les consommateurs non-domestiques - entreprises, institutions publiques et municipales, hôpitaux, écoles, jardins d’enfants - en couvrant la totalité de la différence pour une consommation supérieure à 200 léva (102 euros) par MWh. Il s’agit d’une réduction du seuil de 50 léva, puisque jusqu’à ce moment-là, la consommation supérieure à 250 léva par mégawattheure était indemnisée.
Les députés ont également approuvé un autre changement : que le financement de ces compensations soit assuré non seulement par des déductions sur les bénéfices excédentaires des entreprises publiques du secteur de l’énergie, mais aussi par les producteurs et négociants privés d’électricité.

Selon des estimations, citées par le site d’information Sega, pour l’ensemble de l’année 2023, ces compensations devraient dépasser 13 milliards de léva (6,66 milliards d’euro), alors que pour 2022, elles s’élèvent à environ 10 milliards de léva C’est seulement 4 milliards de léva de moins que le budget annuel pour les pensions.
Précédemment, les députés ont adopté une décision visant à maintenir l’électricité domestique sur le marché réglementé jusqu’en 2026.

Le gouvernement a été obligé de prendre des mesures pour s’assurer qu’il n’y a pas de mouvement de libéralisation des prix de l’électricité pour les ménages d’ici à la fin de 2025. Les textes du plan de relance de l’UE où la Bulgarie s’engage à procéder à la libéralisation du marché de l’énergie domestique au cours de la période 2023-2025, avaient fait craindre que cela ne se produise dès cette année.

Charbon – Non aux engagements auprès de l’UE
Le Parlement bulgare a voté le retrait des plans de décarbonisation du secteur de l’énergie du pays. Cette décision a été prise en janvier après que plus de 1 500 mineurs et travailleurs des services publics ont protesté devant le Parlement en faveur de l’industrie du charbon. Ils manifestaient contre les projets de fermeture anticipée des centrales électriques au charbon.

Les manifestants ont exhorté les législateurs à protéger les mines et les centrales électriques du complexe de lignite de Maritsa East, dans le sud de la Bulgarie, qui emploient plus de 10 000 personnes.
Lors d’un vote à 187 voix contre 11, les députés, de tout le spectre politique, ont décidé de faire renoncer le gouvernement intérimaire à l’engagement pris auprès de l’Union européenne de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l’énergie. Celui-ci prévoyait de réduire les émissions de 40 % par rapport aux niveaux de 2019 d’ici à la fin de 2025. Cela conduirait à la fermeture anticipée de certaines centrales au charbon, ont déclaré les législateurs, ajoutant que ces producteurs d’électricité doivent être pleinement opérationnels jusqu’en 2038.
Les centrales au charbon bulgares fournissent plus de 45 % de l’électricité du pays, selon des estimations.

La Bulgarie s’est engagée en avril 2022 à décarboniser son secteur énergétique, à éliminer progressivement le charbon et à augmenter sa production d’énergie renouvelable dans le cadre de son plan visant à obtenir plus de 6 milliards d’euros de fonds de relance et de résilience de la part de l’Union européenne.
Face au spectre de nouvelles élections et aux coûts élevés de l’énergie en raison de la guerre en Ukraine et des sanctions contre la Russie, les législateurs ont cherché à apaiser les électeurs. Ils ont convenu que les objectifs climatiques devaient être renégociés afin de protéger la petite économie ouverte, même si cela signifiait la perte d’une partie de l’aide de l’UE.

Gaz naturel – plus de gaz azéri, mais toujours sous l’emprise de Gazprom
Les données fournies par la Commission de régulation de l’énergie et de l’eau et l’entreprise publique Bulgargas montrent clairement que plus de la moitié de la consommation de gaz naturel en Bulgarie est actuellement couverte par le moins cher gaz d’Azerbaijan.

Mais un an après l’invasion en Ukraine, le géant gazier Gazprom demeure l’un des principaux fournisseurs de l’Europe du Sud-Est. Même la Bulgarie, qui a été le premier état membre de l’UE à voir ses livraisons de gaz russe coupées à la fin du mois d’avril 2022, continue d’importer indirectement du gazoduc russe depuis la Grèce, indique le Centre d’étude de la démocratie, un influent groupe de réflexion bulgare. Deux des plus grandes entreprises gazières opérant dans la République hellénique ont accepté le système de paiement de Gazprom basé sur le rouble et ont continué à exécuter leurs accords d’approvisionnement à long terme avec la compagnie russe. Par ailleurs, TurkStream, qui continue de livrer du gaz russe à l’Europe du Sud-Est et à la Hongrie via la Bulgarie, est à présent la principale source de gaz que la Russie exporte vers l’Europe avec environ 10 milliards de mètres cube par an.

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