BURKINA FASO - Les personnes diabétiques face aux coûts élevés du traitement

BURKINA FASO - Les personnes diabétiques face aux coûts élevés du traitement

11 avril 2022 - par Alice Thiombiano 
Dr Marie Madeleine Rouamba - © Alice Thiombiano
Dr Marie Madeleine Rouamba
© Alice Thiombiano

Hamado souffre depuis maintenant plus d’une dizaine d’années. Fatigué et croulant sous le poids de l’âge et des restrictions alimentaires, il se force à dégager de la joie et même à la partager. Pourtant, il nous fait comprendre que ce qui le fait souffrir « est traumatisant et fatigant ». Mais pour cet homme qui vieillit par la force des choses, il n’est pas question de baisser les bras. Hamado souffre du diabète.


Hamado
© Alice Thombiano

Le diabète est une maladie chronique caractérisée par un taux élevé de sucre dans le sang de façon permanente appelée glycémie. Cette maladie est aussi liée à une insuffisance de la section de l’insuline par le pancréas ou à une résistance de l’organisme à l’utilisation de cette insuline qui permet de réguler le taux de sucre dans le sang. Au Burkina Faso, des milliers de personnes souffrent de cette maladie, mais font face malheureusement à la cherté du traitement. Hamado, la soixantaine révolue, n’est pas seul à vivre cette situation. Des milliers de Burkinabè sont dans des conditions semblables, voire identiques à celles de notre « brave Hamado ».

Il est 8 h ce samedi 19 mars 2022, quand nous arrivons à l’Association des Couches Défavorisés du Burkina (ACDB/ TIIMBO). Ils sont une dizaine de malades à avoir pris le rang de bonne heure afin voir la diabétologue, Dr Marie Madeleine Rouamba, pour le suivi et conseil. Le sommeil toujours dans les yeux, Hamado s’installe aux côtés de ses malheureux camarades. À l’autre bout du couloir, des ronflements. Silence ! Il s’agit d’un malade qui ne se prive pas de glaner quelques minutes de sommeil avant l’arrivée de la diabétologue. Pendant que certains se lancent dans des échanges sur l’actualité, d’autres par contre, l’air préoccupé, restent bien silencieux.

Au bout de quelques minutes, des questions d’une patiente plongent la salle dans le silence. Visiblement, il s’agit d’une nouvelle et le temps nous donnera raison. De son côté, Hamado est pris dans une discussion avec ses enfants. De passage au « pays des Hommes intègres », il en a profité pour effectuer son contrôle. Insidieux et silencieux, le diabète est une maladie dont le taux de prévalence est de 7,1 % selon Dr Marie Madeleine Rouamba, diabétologue et présidente de l’association ambassadeur des couches défavorisées du Burkina (ACDB) qui s’est référée à une étude nationale. Alors que cette même prévalence n’était que de 4,9 % en 2013.

À travers le monde, on dénombre 463 millions de personnes diabétiques. Un chiffre qui atteindra 650 millions de personnes d’ici 2045. En Afrique, la hausse du nombre des diabétiques pourrait atteindre un taux de 140 % d’ici les 30 prochaines années. Une hausse qui amènera le taux de prévalence de la population du continent africain à 5 % en 2040. Un taux qui sera le plus élevé dans le monde.

Sous le poids de l’âge, c’est un homme confiant qui nous reçoit et accepte d’échanger avec nous sur son quotidien depuis qu’il a été diagnostiqué diabétique. En effet, tout a commencé avec une blessure dont la plaie ne guérissait pas malgré les multiples soins. Et ce, durant 2 ans selon les explications de Hamado.

Il a alors entrepris d’aller en consultation afin de connaitre son état de santé. « Un jour, je suis allé à l’hôpital, puis j’ai demandé à faire des examens. Après, l’examen a révélé que je souffrais du diabète et le médecin m’a mis sous traitement », a-t-il expliqué. Le diabète, selon lui, est une maladie très dangereuse, difficile à traiter et il est encore difficile avec vivre avec, « surtout quand tu n’as pas les moyens ».

De son côté, Dr Marie Madeleine Rouamba, explique que le diabète est une maladie qui peut évoluer pendant près de 10 ans sans que la personne ne sache qu’elle soit malade. Cependant, un problème survient quand il s’agit des soins. Auparavant, l’accès aux soins était difficile, tant sur l’aspect géographique que sur l’aspect financier. À écouter les explications de Dr Rouamba, le ministère de la Santé, avec l’appui de ses partenaires, a formé des médecins dans les villes et les provinces pour relayer et décentraliser la prise en charge. Maintenant, il reste la question du coût à résoudre. Selon ses propos, l’accessibilité géographique n’est plus un grand souci, l’accès au traitement demeure un défi majeur à cause de son poids économique. En effet, il n’y a pas d’accompagnement financier pour les malades.

« En dehors des enfants dans le cas du diabète de type 1 où il y a une ONG au niveau de l’Hôpital Yalgado qui accompagne ces enfants par l’apport d’insuline, les autres malades, c’est la famille, c’est le malade même qui se prend en charge totalement. Le coût est élevé et il y a des personnes qui se résignent à la fin. Pour les examens de suivi, le minimum c’est la glycémie et l’hémoglobine glyquée, le moins cher c’est près de 6 000 F CFA », a-t-elle dit en prenant le soin d’ajouter que cette aide est toujours faible.

Le traitement du diabète est un poids économique très lourd pour les malades et certains sont souvent obligés d’abandonner. Pour le cas de « notre Hamado », la chance a cette fois-ci décidé de se mettre de son côté. En effet, il bénéficie de l’appui de ses enfants. D’un air soulagé et heureux, il explique que la gestion de la maladie est une situation complexe.
« Les médicaments sont coûteux et aussi côté alimentation, c’est un problème. Pour vivre et travailler avec cette maladie, ce n’est pas facile. Souvent, tu risques d’abandonner. Sinon que d’autres meurent par faute de moyens. Suivre un traitement qui te coute 30 000 F par mois sans les moyens n’est pas une chose facile. Avec le peu de moyens que j’ai, je me débrouille pour me soigner, puisque cela fait dix ans jour pour jour que je vis avec le diabète », a-t-il relaté. Soudain, d’un air remonté et furieux, Hamado aborde un autre aspect de sa maladie. Avec un gestuel qui témoigne de sa colère, il explique que souvent le plus dur c’est le régime alimentaire spécifique à suivre.

En plus des examens de suivis et du traitement le malade diabétique doit suivre un régime alimentaire adéquat. Il leur faut non seulement avoir une alimentation saine, mais aussi réduire l’apport des féculents, dont des céréales et les tubercules. Selon Yacouba Sawadogo, nutritionniste et Directeur général du centre de médecine alternative, une personne diabétique doit privilégier les aliments riches en fibres. « Il doit consommer les fruits de préférence secs et de façon générale beaucoup de légumes, les aliments pauvres en lipides et également les aliments à faible salinité accompagnés d’exercices physiques et surtout boire beaucoup d’eau », souligne-t-il.

Cependant, le nutritionniste explique que pour leur importance dans le fonctionnement de notre organisme, les céréales ne sont pas à bannir. « Nos cellules en ont besoin pour fonctionner. Les céréales sont source d’énergie des calories pour l’organisme. Leur absence peut nuire à notre santé », note le Directeur général du centre de médecine alternative.
Il est à noter que ces personnes doivent aussi éviter les sucres dits directs, c’est-à-dire ceux qui font monter la glycémie, les sucrettes et les sucreries. Ils sont formellement interdits, car ils augmentent le taux de glucose rapidement dans le sang et peuvent être source de grands soucis de santé, selon Yacouba Sawadogo. « Les sucres dits lents sont conseillés à consommer avec modération juste ceux dont l’organisme a besoin pour bien fonctionner », précise-t-il.

Ce régime alimentaire constitue aussi un souci majeur pour les personnes diabétique, car, il leur est quasi impossible de le suivre. « L’alimentation cause un sérieux problème et ce qui aide plus les diabétiques, c’est la pratique du sport, parce que le sport aide le corps à bruler l’excès de sucre dans l’organisme », relate Hamado. À cet instant, alors qu’il parlait, d’un geste Hamado relève la manche droite de sa chemise pour monter ses biceps. Dans sa situation, Hamado partage les mêmes réalités que d’autres personnes. Dame Nikième, a été diagnostiquée diabétique, il y a plus de 5 ans maintenant. Visiblement peu convaincue de la durée de sa maladie, elle prend quelques instants pour réfléchir avant de nous raconter son problème.

« Je n’ai pas eu de signe quelconque, mais je maigrissais seulement. Je suis allée faire des examens, mais rien. On est venu ici et après examen, on m’a dit que c’est le diabète. La maladie a beaucoup duré avec moi avant sa découverte. Avec l’aide de mes enfants, j’arrive à suivre le traitement » s’est-elle prononcée. Quand il s’agit d’aborder la question de l’alimentation, Dame Nikièma a expliqué qu’elle arrive à suivre les interdictions, car dit-elle, c’est une question de santé. Des propos, qui ont suscité des sourires de part et d’autre. « Pour la nourriture, c’est trois fois par jour, c’est-à-dire matin, midi et le soir avant de prendre les produits. Ils ont dit de ne pas manger toutes les nourritures, mais comme tu veux la santé, tu es obligé de suivre seulement. Ce n’est pas facile, mais on se débrouille », explique la quinquagénaire.


Madame Nikiema
© Alice Thombiano

Le coût du traitement du diabète, une fois déclaré est un défi majeur qui, souvent, entraine l’abandon chez certains malades. C’est le cas de Fati qui a dû abandonner son suivi par manque de moyens d’une part et à cause de l’éloignement géographique. Au moment d’évoquer sa situation, elle pousse un soupir, le regard vide. « J’ai su que j’avais le diabète quand deux femmes sont venues dans mon restaurant me parler de dépistage de l’hépatite et du diabète. Je me suis approchée d’elles pour mieux comprendre. Malheureusement, c’était dans l’après-midi donc j’ai pu faire pour l’hépatite uniquement et le diabète je l’ai fait le lendemain matin à jeun. Les résultats du diabète étaient positifs et ils m’ont donné un papier pour aller à "Zabre-daaga" pour plus d’examens », a-t-elle relaté, triste et abattue.


Dame Fati
© Alice Thombiano

Une fois passé au centre de santé de Zabre-daaga, elle a reçu les explications et les orientations nécessaires sur sa maladie. Elle a commencé à suivre un traitement. Seulement, elle n’était pas au bout de ses peines. Dame Fati, explique, les larmes aux yeux qu’elle nous indiqué avoir commencé les traitements dans une clinique de la place et que la teneur de la maladie avait baissée.
Malheureusement son accompagnant a été affecté par son service pour une autre ville et ce fut le bouleversement total pour elle. « J’ai abandonné, car je n’avais plus quelqu’un pour m’accompagner et les moyens aussi n’étaient plus trop au rendez-vous  », indique la dame de la quarantaine d’années.
Vivant avec la maladie depuis maintenant près de deux ans, la restauratrice a dû revoir son alimentation. «  Le riz, je mangeais un peu ainsi que le tôt parce qu’on ne m’a pas empêché de manger. Le sucre je ne dois plus consommer ainsi que l’huile, le cube Maggi, le sel. Je dois diminuer la consommation aussi », dit-elle pour minimiser l’impact de la maladie avec des gestuels allants dans ce sens. Un coup, Dame Fati change d’attitude. Un air solennel. Un ton plus ferme. Elle nous explique que le diabète selon elle « n’est pas une maladie des pauvres », car son régime alimentaire demeure problématique.
« Si tu arrives à suivre le régime prescrit, alors tu seras sauvé. Mais comme nous avons l’habitude de manger jusqu’à satiété, c’est aussi ça le problème. Si tu manges trop, tu souffres, pourtant la maladie demande à ce que tu n’aies pas le ventre vide. Elle creuse vite aussi le ventre. Ce qui fait que c’est difficile de suivre le régime qui t’ai prescrit, et cela a contribué à la montée du taux de glucose dans le sang encore jusqu’à 18, et j’ai recommencé le traitement », explique-t-elle, désespérée.

Le diabète est une maladie dont les facteurs de risques sont nombreux selon Dr Marie Madeleine Rouamba. En effet, ces facteurs sont, entre autres, la sédentarité, l’âge et la mauvaise alimentation. «  Au Burkina, quand on dit on mange bien, c’est quand on mange gras, c’est quand on mange sucré. Alors que ce sont des aliments qui sont générateurs de maladies. La malbouffe, c’est manger trop salé, trop sucré et trop gras, ça vous expose à des maladies », énumère Dr Rouamba.

En plus de ces facteurs de risques, s’inscrit le diabète gestationnel, c’est-à-dire qui s’est développé au cours de la grossesse. Selon la présidente de l’association de couches défavorisées, ce diabète disparait après l’accouchement, mais la personne risque, à un moment donné, de développer de façon permanente un diabète.
«  Un antécédent de gros fœtus. Quelqu’un qui a eu un bébé qui a un poids supérieur ou égal à 4 kg, faites attention. C’est un signe d’alerte pour cette femme de développer le diabète plus tard. Il y a le tabac également, facteur de risque de développer le diabète et l’âge », lance-t-elle.

Au Burkina Faso, des milliers de personnes sont dans la situation. C’est pourquoi Dr Rouamba, avec les membres de son association, a eu l’idée de créer un cadre d’accompagnement des personnes diabétiques. À ce jour, plusieurs milliers de personnes ont été dépistés grâce à cette association et une centaine de patients reçoivent un accompagnement en termes de contrôle de glycémie et de conseils.

À travers le monde, le diabète touche plus de 463 millions de personnes. Il tue 1,9 million de personne par an soit 1 décès toutes les 6 secondes ou 5 000 morts par jour. Face à l’urgence, les consignes sanitaires sont à considérer et mettre en application selon les propos de Dr Rouamba. Autrefois dite maladie des riches, le diabète touche maintenant plus de personnes dans les pays dits pauvres. 80 % des personnes atteintes de diabète y résident.


Article écrit dans le cadre de la création d’un réseau international de jeunes journalistes enquêtant sur les Objectifs de développement durable afin de sensibiliser les populations au respect de ceux-ci.
Organisation Internationale de la Francophonie ; Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) ; Ministère de la Francophonie (Québec) : Principauté d’Andorre.
Avec le soutien de l’École supérieure de journalisme de Lille (France) et de l’Institut francophone du Développement durable (Québec).


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