BURKINA FASO - Secteur minier : les femmes occupent 8 à 9 % des places

BURKINA FASO - Secteur minier : les femmes occupent 8 à 9 % des places

Au Burkina Faso comme dans les autres pays du monde, la question de l’égalité de genre demeure un sujet d’actualité. En effet, dans certains domaines d’activité, les femmes se battent pour obtenir leur place. C’est le cas du secteur minier qui a été longtemps considéré l’apanage de l’homme. Lucie Kabré est une des femmes travaillant dans le secteur minier depuis quelques années.

11 mai 2022 - par Alice Thiombiano 
Quelque part dans une mine du Burkina Faso - © Flickr - CIFOR
Quelque part dans une mine du Burkina Faso
© Flickr - CIFOR

En 2020, le Burkina Faso comptait à son actif 17 mines industrielles. Le secteur minier au Burkina Faso génère beaucoup d’emplois. En 2018, 9 200 emplois directs et 26 100 emplois indirects ont été créés dans le sous-secteur industriel de l’exploitation minière, selon le ministère des Mines et Carrières. A titre de comparaison, 1,5 million de personnes travaillent dans le sous-secteur artisanal.

Les profils des employés de ce secteur sont dominés par les hommes aussi bien sur le terrain que dans l’administration. En effet, au Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB), 25 femmes contre 157 agents y travaillent. À l’Agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées (ANEEMAS), il y a 7 femmes sur 45 agents. En 2018, au ministère des Mines et Carrières, parmi les cadres supérieurs, les femmes représentaient 16 % et 40 % au niveau des cadres moyens. Par contre, au niveau des agents d’exécution, les femmes représentaient plus de 51, 43 %.

Lucie Kabré, elle, a su trouver son chemin dans l’administration de la Société minière de recherche productive Discrovery en qualité assistante administrative. Présidente de l’Association des femmes du secteur minier du Burkina Faso (AFEMIB), Lucie Kabré ne rencontre pratiquement pas de difficultés dans l’exercice de sa fonction, mais elle connait les difficultés des autres femmes sur le terrain.

Après plusieurs rendez-vous ratés, nous avons l’occasion de rencontrer Lucie Kabré le 29 avril 2022, au siège de son association située à Ouagadougou. À 11 heures nous franchissons la porte de l’AFEMIB, où nous sommes accueillis par une collaboratrice de dame Kabré. Notre interlocutrice nous rejoint quelques minutes plus tard et nos échanges débutent. Il s’agit d’une association créée en 2000 par un groupe de femmes qui travaillent dans le secteur minier pour pouvoir prendre en compte les besoins spécifiques des femmes.


Dame Lucie Kabré
© Alice Thombiano

C’est une dame, la quarantaine d’années, absorbée par son travail qui nous donne un petit temps d’échange. En termes de difficultés dans son travail, Lucie Kabré est claire. « Je n’ai pas rencontré de difficultés comme ça parce que ma patronne, en son temps, était une dame. Donc, si la directrice du pays est une dame, elle sait comment c’est compliqué pour les femmes. Cela a vraiment facilité les choses », explique-t-elle.

Lucie Kabré est administrative et se rend sur le terrain quelquefois pour faire le suivi. « En dehors de la grande charge de travail, tu montes le matin et à 18 h, par moment,à 23 h tu te trouves au bureau », relate dame Kabré qui reconnait que plusieurs femmes ont rencontré des obstacles notamment l’intégration après le recrutement.

« Tu es recrutée, mais avoir une place dans l’entreprise constitue déjà un problème parce que tu es femme. C’est difficile. Quand je prends les femmes géologues, on avait une seule géologue sur pratiquement 20 géologues. Les femmes ont vraiment à du mal à s’intégrer et même, par moment, les sociétés minières n’acceptent pas recruter de femmes géologues », précise la présidente de l’AFEMIB.

Si certaines font face à des problèmes d’insertion professionnelle, pour d’autres, ce sont des difficultés d’ordre salarial et de traitement du personnel. « Il y avait aussi le traitement salarial. Il y a eu beaucoup de femmes qui se sont plaintes parce qu’elles n’étaient pas traitées de la même manière que les hommes. Problème aussi avec les équipements, par exemple avec les combinaisons. Avant, quand il y avait 20 employés, on cousait 20 tenues et on leur donnait... en oubliant la femme. Elle n’a pas les mêmes rondeurs qu’un monsieur. Naturellement, ça va coincer quelque part ! Et même le nombre d’équipements pose problème. On donne une tenue chacun alors qu’on sait que la femme lave tous les jours donc, en moins d’une semaine ça blanchit. Au niveau aussi des faits des carrières dans les mines, quand tu es femme, il y en a qui ont pu relever ces difficultés. Tu peux être dans un service, tu excelles et à la dernière minute, s’il y a une promotion, on va prendre un homme qui n’a même pas ton âge, pour être ton supérieur et par moment, tu dois coacher cette personne qui n’a pas d’expérience », détaille-t-elle.

Si les femmes font face à ces genres de situations, dame Kabré annonce que les choses ont beaucoup évolué, mais il y a toujours des efforts qui sont faits pour améliorer la situation. « Comme tous les autres secteurs, tout le monde est conscient qu’il faut, selon la couche sociale, avoir des traitements spécifiques, des considérations spécifiques, le secteur minier est aussi dans cette dynamique », précise-t-elle.

La spécificité du travail du secteur minier amène certaines langues à penser que les femmes ne sont pas capables d’y exercer. « On a notre morphologie déjà, chaque fin du mois, il y a les menstrues, c’est un peu gênant et sans compter qu’il y a les questions de maternité », relate dame Kabré qui ajoute que ce secteur est vraiment très prenant.

« Quand tu es une jeune dame, tu viens de te marier et tu as déjà fondé ton foyer, ce qui suit naturellement, c’est avoir des enfants. Mais dans les mines, ce n’est pas que ce n’est pas possible, mais ça fait qu’il y a des jeunes filles qui nous disent par exemple, quand on les taquine, j’attends de finir si avant de m’engager parce qu’elles pensent que si elles tombent enceintes, ça va jouer sur leur travail. Effectivement, au début, c’était comme ça. Il y a des mines même où c’est comme ça. Ce ne sont même pas les mines seulement, il y a d’autres structures. Moi-même, avant que je vienne ici, j’ai postulé dans un organisme, mais on m’a dit que si je n’ai pas fini de faire mes enfants, ce n’est pas la peine », narre Lucie Kabré en se rappelant ce mauvais souvenir.

Il est à noter que le taux de représentativité des femmes dans le secteur minier est très faible selon la première responsable de l’Association des femmes du secteur minier du Burkina. « On a mené une étude en 2020 sur les emplois générés par 6 mines. Le taux tourne autour de 8 à 9 %. Disons que même dans les grands pays, le Canada même qui est le premier pays minier, c’est la même chose. Le taux n’attend pas 13 % », laisse-t-elle entendre.

Dans certaines mines, les femmes et les hommes ont les mêmes avantages et opportunités et la tendance actuelle veut qu’il y ait suffisamment de femmes qui soient recrutées. Ce qui est différent de la pratique, de l’avis de Lucie Kabré.

Le Fonds minier pour le développement local (FMDL) a été institué en 2015 dans le code minier et opérationnalisé en 2017. Il est destiné au financement des plans régionaux et communaux de développement. Ces ressources sont affectées prioritairement au financement des secteurs sociaux. Selon le ministère des Mines et Carrières, il est constitué d’une part, par 1 % du chiffre d’affaires mensuel des détenteurs de permis d’exploitation et d’autre part, par une contribution de l’État qui cède 20 % des redevances proportionnelles collectées. Ce capital est reparti sur toutes les communes avec une priorité faite à la zone minière. Ainsi, 37 % du fonds est affecté aux communes abritant la mine, 18 % aux autres communes de la région minière, 27 % au reste des communes du Burkina Faso, 9 % aux régions minières, et les autres 9 % au reste des régions.

Ce fonds minier ne dispose pas encore de texte qui indique qu’une certaine somme soit reversée aux femmes d’où la nécessité pour l’AFEMIB d’avoir lancé un plaidoyer, depuis 2018, pour réclamer 30 % de ce fonds afin de permettre aux femmes des communes minières de développer des activités génératrices de revenus, rehausser leur pouvoir économique et pouvoir participer dignement aux charges des ménages. « Pour le moment, on dira qu’on nous a entendues. N’eut été peut-être l’instabilité sécuritaire et politique, peut-être qu’à l’heure actuelle, on aurait eu des résultats un peu probants. Mais pour le moment, il n’y a rien à l’horizon. Je crois que le message est passé et beaucoup ont compris vraiment la nécessité d’impliquer les femmes », s’est prononcée la présidente de l’AFEMIB.

Au-delà des considérations sur la capacité des femmes dans ce domaine, celles-ci font face à d’autres difficultés, dont celui du foyer. Et à ce niveau, Lucie Kabré précise que seul un mari compréhensif peut l’accepter. « Quitter le matin et rentrer à minuit, ce n’est pas simple, mais si la famille comprend bien et que la famille accepte, c’est plus facile. C’est quand tu es en face d’une famille qui ne te comprend pas qu’il y a beaucoup de problèmes sinon moi, j’ai eu la chance vraiment, par la grâce divine, je n’ai pas eu de difficulté comme ça. Sinon dans les mines, si tu travailles, il faut t’attendre vraiment à donner le maximum de ton temps. Il n’y a pas de jours fériés. Nous, les administratifs, ce n’est pas ton patron qui va te dire de venir travailler. Tu as un travail que tu dois rendre, tu n’as pas fini, pour question de conscience professionnelle, tu oublies le weekend et tu te donnes à fond pour que ça puisse marcher », témoigne la dame avec un air heureux d’avoir une famille compréhensive.

L’association que dirige dame Kabré a pour objectif de faire la promotion de la femme, son bien-être, l’amélioration des conditions de vie et de travail de toutes les femmes qui travaillent dans le secteur minier du Burkina Faso. Elle intervient dans divers domaines quie sont la bonne gouvernance, la promotion du genre, les humains et la contribution à la résolution de la problématique de l’orpaillage, à travers la communication, la sensibilisation, les plaidoyers et l’autonomisation de la femme comme un moyen pour la promotion des droits des femmes.

L’association compte près de 75 membres. Afin de permettre à l’AFEMIB d’être présente dans toutes les communes minières, des petites associations sont en cours d’installation. La mini association déjà installée en 2019 est dans la commune de Boudry et compte plus de 400 membres. L’AFEMIB fait également partie du réseau au niveau de l’Afrique de l’Ouest et toutes les associations féminines nationales du secteur minier de l’Afrique de l’Ouest. Au niveau de la CEDEAO, des échanges sont en cours pour l’adoption de la charte pour la promotion du genre. Consciente de la volonté des jeunes filles à également travailler dans les mines, Lucie Kabré les invite à mettre la peur de côté. «  Je les invite à surtout être correctes, de travailler vraiment dans l’honnêteté et de chercher à donner le meilleur d’elle-même », conclut-elle.

À la faveur de la Transition au Burkina Faso en 2015, le Code minier a été modifié. À ce propos, à écouter le président de l’Action des journalistes sur les mines au Burkina Faso (AJM-BF), Eli Kaboré, il n’y a pas d’articles discriminatoires en faveur du genre.

« Le Code minier et ses textes d’application ne sont pas pro genre. Mais ils prônent l’égalité des personnes. Ils ne disent pas de manière express qu’il faut employer des femmes, il faut former des femmes, il faut donner des marchés aussi à des entreprises de femmes », a-t-il déclaré.

Selon lui, il y a une contradiction entre le Code minier et les textes au Burkina. Prenant l’exemple de la loi sur le quota genre, il trouve que sur le plan national, les textes sont favorables à l’intégration du genre, mais le ministère en charge des mines ne tient pas compte de ce référentiel national, la Politique nationale genre, dans l’élaboration de ses textes. «  Actuellement, ils ont élaboré la stratégie nationale sur le contenu local, mais il n’y a pas les aspects genres », confirme-t-il.


Article écrit dans le cadre de la création d’un réseau international de jeunes journalistes enquêtant sur les Objectifs de développement durable afin de sensibiliser les populations au respect de ceux-ci.
Organisation Internationale de la Francophonie ; Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) ; Ministère de la Francophonie (Québec) : Principauté d’Andorre.
Avec le soutien de l’École supérieure de journalisme de Lille (France) et de l’Institut francophone du Développement durable (Québec).

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