Carnets Vanteaux - "Carnation" II

Carnets Vanteaux - "Carnation" II

11 octobre 2021 - par Julie Mougenot 

CONSIGNE : "Carnation"
Ecrire (au maximum une page A4) "inspirée" par "La Grande Odalisque", le tableau d’Ingres


Odalisque bohème, ta serviette glisse de tes épaules et repose sur le sol comme le ferait ta traîne. L’or teinte à tes poignets, à la servitude des miens, j’ai la certitude que tu fus autrefois sculptée par Bartholdi ou Rodin. Ton corps s’allonge entre vapeurs thermales et brumes d’éthanol spectrales. Elles te regardent, jalousent ta beauté, elles sont archives, tu es musée. Le phare de tes yeux se pose sur les cieux, tu n’en as cure de ce que l’on pense de toi, peut-être même que tu ne sais pas ce que tu fais là. Jeune ivresse, tu défies à toi toute seule l’évangile des déesses. Tu es mon carême tandis que tu trouves ta place dans ce harem.

La tête renversée, tu accueilles le soleil sans même remarquer qu’il provient de toi, le rayon qui nous éblouit de sa clarté. Ta peau diaphane appelle au toucher d’une poésie qu’on ose à peine prononcer. L’art byzantin n’est rien comparé à l’ivoire de tes seins. Enchanteresse arabesque, sur tes formes j’y graverais bien mes fresques. C’est un désert clairsemé de dunes sur lesquelles je me ferais caravane égarée, sur fond de sable blanc sous les pieds. La carnation de ton teint me rappelle la nacre des coquillages délaissés que j’ai pu une fois ou deux ramasser par le passé. Tu es le lait dont j’aimerais m’abreuver et pourtant je sais que c’est au Sultan que tu vas te donner. Tu n’as jamais fait ça, je le lis sur la pulpe de tes lèvres que tu gardes pincées. Et pourtant au plus offrant tu offrirais ton baiser argenté.

Ton pied joue sur l’eau avec désinvolture, déesse Calypso, tu rejettes ta chevelure. Je voudrais y perdre les doigts, les glisser comme on caresserait de la soie. Loukoum servi pour le dîner, j’étais l’eunuque castré de l’amour que le Roi n’était en mesure de te donner.