Carnets Vanteaux - La Toscana di Firenze

Carnets Vanteaux - La Toscana di Firenze

7 juin 2022 - par Maxime Coste 
 - © Pixabay - Kalhh
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Les Carnets Vanteaux avec l’atelier Microfictions
animé par Milena Mikhaïlova Makarius

Consigne : Réécriture d’une microfiction de Régis Jauffret, Babylone (Microfictions, éd. Gallimard, 2007, Folio, p. 39-40) dont voici le début : La ville est un ventre chaud où nous pouvons continuer à vivre au milieu d’un brouhaha qui nous rappelle avec délice la rumeur des organes de notre mère à l’époque où nous étions encore plongés dans le liquide amniotique. J’ai toujours recherché les lieux éloignés des jardins, des arbres, des coulées vertes comme la bile. J’ai besoin de la fumée des voitures, des camions, des autobus. La pollution est l’odeur de l’activité des hommes, de leur suprématie sur la barbarie des forêts, des bêtes, de la terre avide de nos cadavres. ( …)

Des oliviers éparpillés sur des hectares, des collines et des plaines à l’horizon accompagnées d’un ciel jaune, une musique de Phoenix, Love like a sunset, c’est ce que j’ai vu lorsque je suis arrivé en Toscane, en voiture avec mes parents. Un décor atypique mais indélébile à une dizaine d’heures des banlieues.
Je suis né une seconde fois dans une ville, à Firenze. On ne voit qu’elle. Santa Maria. Ce monument historique de la Renaissance. Je suis tombé à genoux en voyant cette immense et magnifique cathédrale au duomo qu’on ne peut pas reproduire. Elle est constituée de couleurs chaudes et froides mais elle a réchauffé mon cœur d’adolescent. Je suis tombé sous son charme. Même si Santa Maria date du 14ème.
Ce n’est qu’en revenant huit ans après, seul cette fois-ci, que j’ai constaté l’environnement sonore et la population. Une serveuse a insisté pour rentrer en France à mes côtés. Une italienne, rencontrée par hasard, m’a fait visiter la ville dans les moindres détails, de jour comme de nuit.
J’ai été surtout marqué par les douces mélodies des musiques d’Ennio Morricone. Sa flûte, sa mandoline et ses violons ont résonné dans toutes les rues. Il venait de mourir. À 91 ans. Un soir en rentrant dans la Via Calimaruzza, les gens célébraient et pleuraient la mort de l’homme derrière Cinema Paradiso, Il était une fois en Amérique, tout un patrimoine de l’Italie disparu à jamais. Ils applaudissaient comme ils laissaient couler une larme.
J’ai aussi fait une belle rencontre dans la Galleria dell’Accademia, un dénommé David. Cet homme de cinq mètres, nu et de mono couleur, s’impose par sa beauté et son souci du détail. Un certain Michel Ange l’aurait sculpté. Juste en face, Leonardo da Vinci s’est réfugié dans son atelier, en train de confectionner une machine pour voler.
Alors j’ai compris que dans la vie, les gens qu’on croise peuvent mourir et rester éternels à nos yeux. Ainsi dans ma tête je ne cesse de repenser à elle pour tous ces moments, Florence.