Carnets Vanteaux - Moi, Danaïde

Carnets Vanteaux - Moi, Danaïde

8 novembre 2022 - par Suzanne Rojat 
 - © Flickr - gilles chiroleu
© Flickr - gilles chiroleu

Effet – mer, son passé mi-humide mi-salé s’efface autant qu’il laisse une trace ; parler pour ne rien dire, tenter de ne pas trop mentir. Mon Moi, que je vous décris là, est un carnet griffonné de maux, et seul son (notre) cœur dévoile quelques mots. Une faim sans fin lui broie constamment l’estomac, alors il essaye de se combler d’activités pour toujours oublier qu’il ne cesse jamais de se vider. Mais moi, je crois qu’il est déjà à ras. Un peu comme un trop plein, nous sommes Moi et moi une feuille trop peinte ; un rien formé d’un amas de couches épaisses. Un brin d’allégresse et trop de tristesse. C’est qu’on ne fait jamais dans la demi-mesure, à toujours mal étaler la peinture, à coups de poings et de chagrin.

Mon Moi a la peau livide pour une personne métissée. Souvent, on lui a reproché de ne jamais se réchauffer sous les rayons ensoleillés de l’été. Mais c’est qu’il n’a pas le temps, à toujours courir en dedans. Les pieds de la pensée martèlent la chaire interne lui donnant de multiples migraines qui s’enchaînent et l’achèvent. Du dedans de ce cadavre vivant, on devrait pouvoir apercevoir les vitraux aux tons chauds – dégradés par les nombreuses chevauchées d’idées, mais toujours agréables à regarder – puis aussi quelques trucs moins jolis. Donc, on n’en parlera pas (surtout parce que papa ne voudrait pas) ; censurer pour protéger vous savez.

Le temps avance et mon Moi gonfle, gonfle, gonfle. Il pourrait presque me faire exploser s’il le voulait : mais ma peau est élastique, elle s’étire avec lui. Un Moi qui s’étend jusqu’aux narines, et qui me noie sous cette peinture d’aventures et de culture. Pourtant, on a souvent admiré ma manière de nager – un talent-né qu’ils disaient – il y a là de quoi me décontenancer. Je ne sais plus trop quoi penser ni comment achever cet autoportrait… Je dirais en premier que mon Moi n’est pas un rien, puis je finirais en expliquant qu’il est un trop-plein pour mes vingt-deux années inachevées. Mon Moi n’est pas vraiment moi mais est en moi.

Ce Moi c’est le moi que je ne regarde pas, celui que je ne veux pas mais qui est toujours là.