Carnets Vanteaux - Premières fois

Carnets Vanteaux - Premières fois

7 juin 2022 - par Esther Schneider 
 - © Pixabay - Pexels
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Consigne : réécriture d’une microfiction de David Thomas, Slogans (Un homme à sa fenêtre, éd. Anne Carrière, Paris, 2019, p. 13-14) dont voici le début :
Ma sexualité a commencé en 1981, année de l’élection de Mitterrand avec le slogan « La force tranquille ». A l’époque, j’étais très jolie et sexy, et chaque fois que je séduisais un garçon cette phrase me revenait en tête tant les choses me semblaient faciles. Pour charmer, je n’avais rien d’autre à faire que d’être là. Sept ans plus tard, c’était l’accroche de Chirac, « Nous irons plus loin ensemble », qui illustrait parfaitement ma vie. J’étais folle amoureuse d’un homme avec qui je me projetais et dont j’étais certaine qu’il me mènerait au plus loin dans le bonheur. (…)

Les Carnets Vanteaux avec l’atelier Microfictions
animé par Milena Mikhaïlova Makarius

– Ne tuez pas votre enfant ! 
– Dieu vous aime ! 
 
 11 ans, et mes premières règles. C’était en plein exercice de crawl. J’étais en tête de la course ; pour une fois que j’étais rapide. Les crampes m’ont assaillie comme une nuée de couteaux plantée dans ma peau. Sans prévenir. Elles m’ont serrée, si fort. Essorant, tordant, saccageant ce que j’allais découvrir comme étant mes ovaires ; ces satanés organes qui me pourriraient la vie. Game over : Mère Nature déclarée vainqueure par KO ! Le prof, lui, n’a rien trouvé de mieux à dire que “T’aurais pu prévoir”.
 16 ans, et mon premier amour. Il s’appelait Jules. Il faisait du skate et il avait du talent. Les papillons dans le ventre, les sourires jusqu’aux oreilles, les palpitations du cœur, c’était avec lui. Alors je lui ai tout confié : mes sentiments, mon cœur, ma virginité… tout. Et qu’est-ce qu’il en a fait, trois heures après ? Il les a étalés. Massacrés. Piétinés. Devant tout le lycée. Les rires fusaient.
 21 ans, et ma première agression. Je rentrais à mon appartement. Il ne me restait plus que 100 mètres quand un homme est arrivé vers moi. Il m’a sifflée puis reluquée à tel point que de la faim dégoulinait de son regard. Je me sentais plus morceau de viande que femme.

 
Je me suis mise à courir. 
Il m’a suivie. 
Traquée. 
Longtemps.
Puis il m’a coincée.
La ruelle était sans issue.
Moi, prise au piège.
Il m’a poussée.
Je suis tombée.
Il a baissé son jean.
S’est allongé sur moi.
M’a écrasée de tout son poids.
A relevé ma jupe.
Enlevé ma culotte.
Et m’a brisée.

 
– Ne leur réponds pas.
 
Je brûle de leur hurler qu’ils sont inhumains. Qu’ils ne savent rien de mon vécu. Mais ça n’a plus d’importance. Je refuse que l’être qui grandit en moi apprenne ce que “souffrir” signifie.