Carnets Vanteaux - Red-eye flight

Carnets Vanteaux - Red-eye flight

15 février 2022 - par Juliette Botreau 

Consigne : Écrire une page en appliquant les phrases suivantes « J’adorais la façon dont elle a dit « ballon », elle disait cela comme si elle gonflait des bulles. » et « Elle l’attendait dans le café de l’aéroport. Il était sobre pour une fois. », plus le terme « la faucheuse », plus la sensation du dégoût.

Et si les bulles de nous n’en étaient pas ? Et si, tu t’étais trompée avec moi ? Et si, au fond, on s’en fout de tout ça ? Je t’aime, je crois, et peut-être que toi aussi. « Je t’aime » ; je dis ça souvent. Des fois je me demande si je le pense vraiment.
Toujours ensembles, soudées, comme les lances décoratives de notre portail qu’il a fallu faire réparer le mois dernier ; parfois c’est trop.
Je t’aime en bulles, je t’aime en ballons… Je crois que je t’aime plus trop. C’est con.
Des fois quand t’es pas là, que t’es partie ailleurs voir le monde, j’ai l’impression de reprendre ma respiration après des mois passés sous l’eau.
Ton air poupon quand tu parles, quand tu dors, quand tu manges, quand tu ris ; j’en peux plus. Tu m’agaces, tu me gaves, tu me dégoutes. J’arrive pas à te quitter. Je veux pas te briser. Mais même si sans toi j’y arrive pas, avec toi j’y arrive plus.
Faudrait que je fasse comme cet américain, on part en camping-car, et toi, tu rentres jamais. « Pouf  » t’es avec la grande faucheuse.
Je sais plus trop quand j’ai réalisé tout ça.
Ou plutôt si, je sais, et j’en ai un peu honte. C’était en rentrant de Toronto. Arrivée dans notre petit aéroport régional, j’ai erré dans le terminal en me demandant où étaient passé tous les gens. Au bout d’un moment, je suis tombée sur le resto grill et son habituel pilote de ligne déclassé ; sobre pour changer. J’ai compris que je ne voulais pas finir comme ça, alors je vais devoir finir sans toi.