Carnets Vanteaux - Strictement rien

Carnets Vanteaux - Strictement rien

2 mars 2021 - par Laetitia Dallot 
 - © Pixabay - djedj
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La consigne

Réécriture d’une microfiction de David Thomas, « Ce que l’on fait » (Un homme à sa fenêtre, éd. Anne Carrère, Paris, 2019, p. 151-152). Voici son début :

CE QUE L’ON FAIT 
« On est ce que l’on fait. ON croit toujours que l’on mène sa vie, qu’on la contrôle, mais c’est l’inverse. Ce que nous faisons nous façonne, nous modèle, nous transforme. On n’est pas boulanger uniquement parce qu’on fait du pain, on le devient aussi parce qu’à force de faire du pain, on respire, on se déplace, pense, rote et on finit par avoir des gestes de boulanger. Ce sont nos gestes quotidiens qui font de nous ce que nous sommes. Moi, ça fait longtemps que je suis écrivain, je ne le suis pas devenu à la publication de mon premier livre comme le croient tous ces imbéciles qui s’imaginent qu’il suffit d’écrire un livre pour se dire écrivain. Je le suis devenu à force d’écrire, d’avoir mal au dos sur ma chaise, de passer des soirées et des nuits devant mon ordinateur, des après-midi à marcher dans les rues et les cimetières ou à lire des livres qui me donnaient des complexes et envie d’arrêter d’écrire. (…) »


Strictement rien

Vous êtes en très bonne santé monsieur.

Bordel, c’est pas vrai, même me ruiner la santé j’y arrive pas. Je suis banal. Sans histoire, un parcours simple, rien à raconter. Je ne dis pas qu’il ne se passe rien dans ma vie, ça serait mentir, mais il ne se passe rien d’intéressant. Si l’expression « métro boulot dodo » était personnifiée, je suis certain que j’en serais l’incarnation. Je stagne, je stagne dans une eau beaucoup trop claire. Il y a ceux qui galèrent toute leur vie et personne ne les envie, cependant eux ils ont quelque chose à raconter, une histoire, un vécu. Moi je suis là, avec la femme de ma vie que j’aime plus que tout au monde et trois merveilleux enfants, sans soucis financiers, sans problème de couple, et apparemment sans problème de santé. Je vais à la pétanque ou à la pêche avec des amis et certains racontent leur divorce, leur problème de bagnole, leur cancer. Je n’ai jamais rien à raconter. Strictement rien. Tout va bien, mais je n’ai rien à raconter.

Alors je devrais m’arrêter là.