Catherine Boskowitz : « Tout est vrai »

Catherine Boskowitz : « Tout est vrai »

27 septembre 2019 - par Arnaud Galy 
 - © Bruce Milpied - Hans Lukas
© Bruce Milpied - Hans Lukas

« Le projet vient de loin », Catherine Boskowitz marque un temps d’arrêt. Comment synthétiser ce qu’elle aimerait dire et partager avec le public de ce « laboratoire du zèbre* ». Comment montrer que sa pièce « Le pire n’est pas (toujours) certain » est le fruit de réflexions et d’actions de citoyenne autant que d’artiste.

2016. À défaut d’aller à Calais dans cette trop fameuse « jungle », elle part sur la route de la Grèce, empruntant les routes des migrants venus de ces régions déchirées du Sud, de Syrie pour la plupart. En bus, elle descend vers Zagreb, Pristina, Skopje puis Thessalonique. Là, comme une militante, sans caméra ni appareil photo, elle propose son aide à une association grecque qui fait de son mieux pour porter assistance à ces centaines, ces milliers de survivants en quête d’Europe et de paix. Catherine s’occupe des vêtements. Petite main au cœur d’un tourbillon dramatique bien plus grand qu’elle. Peu après son arrivée, les camps de réfugiés sont démantelés et les personnes déplacées vers des camps gérés par les militaires... La Grèce est débordée, tout déborde, l’émotion aussi. Les mois passent, les frontières vers l’Europe sont fermées aux migrants. Catherine décide de rentrer, à nouveau en bus... Skopje, Budapest, Vienne... Fallait-il vivre cette expérience pour qu’elle se rende compte que « ces gens » étaient simplement des êtres humains, semblables à elle, à nous, à vous ? Certes non, mais rien ne vaut le terrain pour valider ses pensées.

Que faire pour continuer la réflexion, la dénonciation, la lutte ? La MC93* lui propose d’écrire pour le théâtre. Catherine ne sent pas le souffle. Manque d’envie. Puis, elle part en Martinique. Pour le voyage elle achète Frères migrants, l’essai écrit par Patrick Chamoiseau. Bouffée d’oxygène ? Qui sait, l’optimisme du Martiniquais lui redonne la pêche et surtout la remet sur le chemin du théâtre. Et si cet extraordinaire chaos qui déstabilise le Nord comme le Sud et rebat les cartes de la géopolitique était l’occasion d’une repensée globale du monde ? Ni plus ni moins !

« Tout est vrai », affirme Catherine Boskowitz. Dans la pièce, « tout est vrai  ». Voilà qui explique le coup de poing ressenti par les spectateurs. Violence des faits. Optimisme, pourtant. Comme Chamoiseau ou dans un autre esprit, Hannah Arendt, Catherine Boskowitz veut croire que la désobéissance sauvera le monde. Que la « banalité du mal » s’écrasera sur le mur la résistance. Michel, le personnage de la pièce qui incarne l’Union européenne, ne retourne-t-il pas sa veste après avoir « touché » du doigt la situation qu’il était venu froidement expertiser ?

Rencontrer, partager, s’émouvoir ensemble est tout ce qui reste quand l’infâme semble inéluctable. Catherine Boskowitz nous invite à penser différemment, elle est la voix de ceux qui osent expérimenter et qui mettent la main à la pâte avant de parler ou d’écrire. Allez, on la suit ?

* Laboratoire du zèbre : Face au public, des universitaires sont invités à débattre avec un artiste sur le sujet qu’ils abordent chacun dans leur travail respectif.
* La Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny - France.


Le laboratoire du zèbre
de g à d : Nathalie Bernardie-Tahir (géographe - présidente de l’université des Mascareignes et professeure à l’université de Limoges ; Anne-Laure Amilhat-Szary (géographe - professeure à l’université Grenoble Alpes) ; Catherine Boskowitz ; Loïc Artiaga (historien - professeur à l’université de Limoges - patron du labo !)
© Arnaud Galy - Agora francophone