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Cheick Oumar Sangaré - Bogolan et Cie, la carte chic du Mali

Cheick Oumar Sangaré - Bogolan et Cie, la carte chic du Mali

Et si l’affirmation d’une Nation passait par la promotion de sa culture plutôt que par le cliquetis des Kalachnikovs ? Si les symboles ancestraux boutaient hors du tatami les logos de marques exogènes ? Si le tissu « fait ici » accaparait la plus haute marche afin de guider les arts et artisanats du pays Touareg autant que ceux des Bambaras ? Sans que personne ne lui demande, Cheick Oumar Sangaré s’est emparé de la cause.

21 mars 2023 - par Arnaud Galy 
Cheick Oumar Sangaré dans son bureau à la rédaction de l’ORTM - © Aimablement prêtée par Cheick Oumar Sangaré
Cheick Oumar Sangaré dans son bureau à la rédaction de l’ORTM
© Aimablement prêtée par Cheick Oumar Sangaré

La télévision au quotidien

L’homme est une preuve vivante. Oui, une preuve. Celle que la difficulté à se mouvoir qui est ancrée au plus profond de lui ne l’empêche en rien d’être un fonceur. Les obstacles tombent devant lui, non sans effort, mais ils tombent. Souvenez-vous quand il a quitté son poste à l’ORTM à Tombouctou pour prendre un poste à Bamako. Ses talents de journaliste et de multitâches techniques avaient été repérés par ses patrons de la capitale, mais lui s’interrogeait sur sa capacité à surmonter, ou simplement, égaler les compétences de ses collègues en place. Il ne fit pas que s’interroger, il se mit au travail ! Tout, il a appris à tout faire, sauf porter une lourde caméra. Mais que ce soit sur le terrain ou dans les studios, l’Homme de Ségou, Dogon, pourtant, ne se laissa pas impressionner. Cheick Oumar Sangaré est un polyvalent qui aime se concentrer sur ses points forts : la culture et « les gens ». Fort de ces deux axes de travail, il multiplie les émissions de débat et d’échanges sans tabous avec le public et les documentaires de mise en valeur du patrimoine malien.

Bogolan VS Wax

Et parmi le patrimoine, le tissu. Pas le wax, vous savez ce tissu coloré pour ne pas dire hypercoloré venu d’Amsterdam ou de Chine, voire même du Mali ou du Sénégal, orné de dessins et de personnages drôles, moralisateurs ou propagandistes. Pas ce wax si populaire que plus personne ne comprend rien à sa génétique ! Non pas le wax qui annonce sans pudeur un fracassant « mari capable », mais ce tissu traditionnel couleur des terres qui couvrent le sol de Bamako à Ségou. Couleur d’un bleu franc qui rappelle aux étourdis que l’indigo est la couleur des Hommes du désert. Par exemple, le bogolan qui vit une renaissance méritée depuis quelques décennies, qui en langue bambara signifie « fait avec la boue » et qui à ce titre est considéré comme un tissu puissant gonflé d’énergie, pourquoi pas thérapeutique ? Sans parler des tisserands peuls qui mettent des mois à tisser une pièce. Le wax, lui, n’a remplacé les tissus traditionnels que sous l’effet démographique qui a fait exploser le nombre d’habitants des pays subsahariens. La production de tissus et donc de vêtements a dû s’automatiser, s’industrialiser, voir s’exporter pour satisfaire la demande.

Les stylistes ont les clefs

Aujourd’hui, Cheick Oumar Sangaré relève le défi de remettre la tradition sur le devant de la scène. Mais, attention, pas dans l’optique d’un spectaculaire retour en arrière, du type, « c’était mieux avant », plutôt en croyant à un paradoxale et salvateur bond en avant. Dignement, il porte les vêtements maliens à l’écran. Le petit écran n’est-il pas la vitrine la plus accrocheuse ? Il encourage les stylistes du pays à s’approprier ces tissus à forte personnalité. Preuve de son ouverture d’esprit, le journaliste voit d’un très bon œil le mélange des tissus, le métissage ethnique, pour renforcer les récits du passé ou inventer ceux de demain. Faire accoucher de nouveaux modèles de tissus et de vêtements comme autant d’invitations au voyage, à mieux connaître les autres peuples du Mali. Faire en sorte que les Maliens qui souvent connaissent mieux Paris et la géographie de la France découvrent Sikasso, Tombouctou, Djenné ou Kidal. Que ceux du Nord jettent un œil curieux et gourmand sur ceux du Sud. Au-delà de leur aspect, culturel, pourquoi pas pacificateur, tissus et vêtements seraient des emblèmes, des signes de reconnaissance, des cadeaux de prestige, de l’apparat digne sans être hautain, la démonstration d’un savoir-faire à faire savoir...

Coup de pouce d’en haut

Depuis quelques mois, les plus hautes autorités du pays aiment à se montrer revêtus de la sorte. Esthétiquement et symboliquement, le treillis militaire est battu à plate couture. Sans doute le boubou en bogolan est-il moins « pratique » pour une séance de tir dans les dunes mais à l’assemblée nationale, derrière un micro, devant une caméra, dans une salle de cours à l’université, en réunion de travail, à la terrasse d’un café ou en re-faisant le monde sous un tamaris au bord du fleuve... c’est plus classe, non ? Cheick Oumar Sangaré l’a bien compris. Et, en plus... imaginons un instant que le tissu « fait ici » connaisse un ample retour au premier plan, que les fabricants de vêtements – pas seulement de luxe – soient les premiers utilisateurs, quelle activité économique se pourrait être ? Ce qui ne serait sans doute pas pour déplaire au marché du travail... sans parler de la filière coton qui frémit d’avance d’un futur boom de la mode « d’ici  » !

Tout le monde a intérêt au succès de Cheick Oumar Sangaré et de la mode malienne !

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