Cœur minéral, l’essence même de la francophonie...

Cœur minéral, l’essence même de la francophonie...

4 octobre 2019 - par Arnaud Galy 
 - © Isabelle Meister
© Isabelle Meister

Cœur minéral, l’essence même de la francophonie

Cœur minéral est une aventure comme la francophonie sait en mijoter. L’essence même de la francophonie, disons-le tout net. Tout à commencé en 2017, à Conakry, alors Capitale mondiale du livre de l’UNESCO. Profitant de l’événement, le festival Univers des mots met les petits plats dans les grands et invite 9 auteurs en résidence. Des plumes du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, du Liban, de Belgique, de France, de Suisse, de Guinée et du Québec convergent vers Conakry. Le Québec est représenté par Martin Bellemare, il planche sur une idée de pièce qui met le doigt où ça fait mal. Comment vivre dans un pays, explicitement la Guinée, maltraitée par une corruption écrasante et un développement économique gloutonnisé par les multinationales minières qui se gavent de profits, ne laissant sur place que des miettes, souvent polluées ? Martin bosse, se documente, rencontre, visite... Son texte décortique le mal guinéen - n’est-il que Guinéen ? Il donne la parole à des villageois lucides sur leur participation à un jeu de dupes, mais désarmés pour en changer les règles. En filigrane, la question de l’exil et du retour. Aussi, un regard sur la diaspora...

Univers des mots, en cette année 2017 bénie des Dieux pour la création en Guinée, proposait un « chantier de création » qui mettait les auteurs en relation directe avec des metteurs en scène. L’idée originelle était de métisser des binômes, faire en sorte que le Nord et le Sud travaillent sur une même pièce. Bizarrerie, hasard ou destin, le Québécois Martin se retrouva complice de Jérôme Richer, franco-suisse... très suisse ! Ce dernier convient que le texte de Martin ne le convainquait pas totalement. Trop d’informations. Pas assez de dramaturgie. Mais les deux compères se connaissaient, s’appréciaient, savaient qu’ils seraient capables de s’entendre sur des modifications. Sur le fond, Martin et lui sont sur une longueur d’onde commune... Qui plus est, Jérôme Richer campe toujours sur la position de l’amoureux du théâtre grec, qui indéfiniment traitait des maux de son temps. Pour lui, le théâtre a pour mission de décrypter et de questionner le temps présent et les mécanismes de la vie en communauté. Ainsi, selon lui, consciemment ou inconsciemment, le théâtre est politique. Même ne pas prendre parti est une manière de prendre parti ! Ce trop d’informations n’était donc pas un handicape rédhibitoire !

Ne restait plus à Jérome Richer qu’à théâtraliser l’écriture de Martin Bellemare, lui insuffler de la tension afin d’éviter l’écueil qui consisterait à être trop sociologue ou journaliste. Faire un pas de côté, tout en respectant le texte. Pour ce faire, Jérôme Richer s’appuya aussi sur les comédiens à qui il demanda de proposer et surtout qu’il invita à se laisser traverser par le texte et le jeu. À Conakry, les acteurs étaient tous guinéens, à l’exception d’un. Celui qui jouait « le Blanc » et qui arrivait d’une école de théâtre de Limoges. Stupéfaction drolatique, « le blanc » qui débarqua à l’aéroport de Conakry est Martiniquais...
Ici, à Limoges, pour que l’aventure ait un sens, il fallait que les acteurs guinéens puissent venir défendre leur travail. Mais autant, pour un artiste du Nord, partir en goguette en Afrique subsaharienne n’est qu’une affaire de désir, autant pour inviter des sudistes tels des Guinéens à venir en France, puis au Québec en passant par la Suisse ressemble à un onéreux parcours du combattant. Jérôme Richer s’en est arraché les cheveux, mais « opération réussie » ! La troupe québéco-suisso-guinéenne grandira ensemble. Et ça, c’est chouette pour la francophonie !

Auteur, metteur en scène et comédiens doivent former une communauté éphémère, le temps d’une aventure. Chacun apportant sa pierre à l’édifice sans jamais que l’ensemble ne donne l’impression de donner des leçons aux spectateurs. Le noir et blanc est cordialement invité à laisser place à la nuance.
Nuance du propos, car, au fond, les responsables de la tragédie guinéenne sont divers et variés. Les corrupteurs et les corrompus qui font vivre le système empêchant la Guinée d’être ce qu’elle devrait être, un pays tout à fait apte à faire vivre dignement ses enfants et les multinationales des pays du nord comme la Suisse, le Canada et la France, pour qui les matières premières extraites des mines guinéennes sont un caviar fort peu onéreux et rapportant beaucoup.

Cœur minéral sera joué ce soir. Jérôme Richer aime à dire qu’il fuit le confort et aime se sentir en mouvement. Sûr qu’après l’aventure nomade commencée à Conakry, il doit se sentir bien vivant !


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