Comment vit un poète en Afrique subsaharienne

Comment vit un poète en Afrique subsaharienne

Sénégal
21 juin 2020 - par Assane Dieng 
Palimpseste sénégalais - © Arnaud Galy - Photos et Palimpseste
Palimpseste sénégalais
© Arnaud Galy - Photos et Palimpseste

Au pays de la débrouille, les poètes sont pris entre entre les embrouilles de la création, les tracas de l’édition et pour couronner le tableau, le regard snobe de la société sur les poètes. C’est à se demander si ce pays n’a pas fini de mettre en œuvre la sentence de Platon : chasser les poètes de la Cité ! Pourtant, ce beau pays, avec ses plaines et ses collines, ses cours d’eaux et lacs, son patrimoine et son folklore, aurait été un terreau fertile pour l’inspiration poétique si la cité n’avait pas jugé et condamné les créateurs de sens et de beauté que nous sommes. Je sais, mon propos semble tendancieux. Les mots, vous me direz, sont un peu forts, mais enfin, les poètes ne mettent pas de gants quelquefois.

La poésie, considérée comme un genre majeur est ici mineure, elle ne fait plus rêver. Du moins, le peuple ne veut plus rêver. Nous sommes bien loin de l’époque du prince des poètes, Léopold Sédar Senghor. Ah ! Que j’aurais aimé vivre ce temps-là. Naître en poésie, vivre en poésie et mourir Poète. Somme toute, mes pairs et moi ne sommes pas de ce temps, mais nous essayons de maintenir la flamme, qu’elle ne s’éteigne pas entre nos mains encore inexpertes mais pleines d’enthousiasme et de poussée poétique. Au pays de la teranga, la république des poètes existe tant bien que mal dans cette jungle littéraire.

Tous les 21 mars, un groupe de jeunes poètes célèbre les vers et les muses dans la capitale sénégalaise. Cette initiative du collectif « Flamme de la poésie » s’inscrit dans le cadre de ce combat que nous menons pour que la revalorisation du genre majeur. À côté, un autre collectif, « Parlons poésie », s’active à faire émerger les jeunes poètes. Le projet, parti de WhatsApp, compte à son actif deux recueils édités et des soirées slam et poésie organisées sur toute l’étendue du pays. Le mérite de ce cercle c’est d’avoir démocratisé la poésie et montré à ces nombreux jeunes auteurs que c’est possible et qu’ensemble nous sommes plus forts.

Voyez-vous, le tableau n’est pas si reluisant, mais l’espoir est permis. Que dis-je ? Le rêve est permis ! Rêvons, et osons les rêves qui se présentent à nous. N’est-ce pas Senghor qui aimait rappeler que « la poésie ne doit pas périr, d’ailleurs elle ne périra pas, car où serait l’espoir de ce monde. »


Assane Dieng au collège Al Zahra de Dakar (Sénégal)
© Assane Dieng

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