Des histoires de poulets, d’un lièvre et d’une hache, KPG, l’oralité ne meurt pas

Des histoires de poulets, d’un lièvre et d’une hache, KPG, l’oralité ne meurt pas

1er octobre 2020 - par Arnaud Galy 
 - © Arnaud Galy - Agora francophone
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Il suffisait d’un rien pour que l’homme ne s’appelât KGB. Pour les plus jeunes, ou ceux qui ne sont pas accros aux premiers James Bond, le KGB était cet organe soviétique dont la mission de surveillance et d’élimination des opposants était redoutée aux quatre coins de la planète. KBG, lui, n’a rien d’un tortionnaire et ne joue pas avec un micro caché. Le sien est bien évidence, devant lui, captant le son de sa kora et de sa voix conteuse. Il donne l’impression d’improviser, de raconter « comme ça vient » des histoires de son Burkina et de cette zone sahélienne dont on n’entend parler que pour en compter les drames. KBG est léger, un brin mystique, souriant. Jouant la complicité avec le public, il l’amène à répéter des mots, des refrains dont personne ne comprend la teneur ! Il a un côté gourou. Il demande et il est obéi. Chapeau l’artiste. La Force du griot est en lui. D’une voix sablonneuse et enrobante il pose la clef du succès, « Pour qu’il y ait parole il faut des oreilles qui écoutent ». Puis, il cite Bouddha, Socrate, Platon, Jésus-Christ puis Joseph Ki-Zerbo, Thomas Sankara, le Peuple du Burkina Faso puis, en toute modestie facétieuse, lui-même. Sans trembler, il inscrit ses récits de la vie quotidienne, mettant en scène les petits travers des uns et des autres dans la lignée des penseurs universels. « Un jeune qui quitte son village sait plus qu’un vieux qui reste 100 ans au village ». Et toc, un petit coup de sabot au lieu commun autour de la sagesse des Anciens ! « Trop de liberté conduit l’oiseau à l’oiseleur », et re-toc, un message subliminal à ceux qui oublient que la démocratie est un combat de chaque jour. « On apprend à parler avant d’apprendre à se taire », assène-t-il avec un zeste de regrets...Tant de bouches déversent des banalités en ce monde de réseaux.

Il était une fois, dans la savane, une période de grande sécheresse, les animaux avaient faim. Le lion, l’hippopotame, la hyène maigrissaient... seul le lièvre était dodu et ne ressentait pas la famine. La hyène s’interrogeait et le lièvre lui livra son secret. Un arbre à galette dont seul le lièvre connaissait l’existence. La hyène se goinfra sans vergogne, au grand désespoir du lièvre. Elle grimpa à l’arbre afin de décrocher la dernière galette et patatras se cassa la figure se cassant les deux pattes arrières dans sa chute. Le public est dans l’attente de la morale... Silence. KPG le met à contribution, « selon vous quelle est la morale de la fable ? » Silence. «  La gourmandise fait grossir le ventre, mais rétrécir les pattes ! » Sic. S’en suivent des histoires mettant en scène le poulet bicyclette, « personnage » central dans la vie des villageois burkinabés. Le pauvre animal sportif, une fois découpé et rissolé, permet à qui connait le secret de sonder les âmes... Écoutez ou lisez KPG, vous saurez tout !

Rien de spectaculaire, quelques notes de kora, de courtes chansons qui instantanément font oublier Limoges ! Sous la tente, la chaleur sahélienne s’abat, le chant du coq retentit, un âne braie, au loin deux femmes parlent fort tout en pilant le mil. Stop. KPG n’a pas le pouvoir de téléporter son public, quoique... il sait déjà le captiver. « Si l’arbre savait ce que la hache lui réserve il ne lui aurait pas donné le manche ! », parole d’un sage qui sait choisir ses relations... à Ouga-Limoges le griot KPG s’en est fait des relations... Il peut revenir quand il le souhaite.