Éditorial

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Louise Mushikiwabo, nouvelle incarnation de la Francophonie

12 octobre 2018 - par Arnaud Galy

Soutenir que le suspens était à son comble frôlerait le mensonge. Louise Mushikiwabo s’installe dans le fauteuil de Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, point final. L’information pressentie depuis des semaines est actée depuis ce vendredi 12 octobre. L’Afrique reprend une fonction taillée pour elle qui lui avait échappé depuis le départ du sénégalais Abdou Diouf en 2014.

Bon nombre de pays, dont la France, sourient. Quant au Canada, il affiche l’émoticône « digestion délicate ». De son côté, Michaëlle Jean prend acte de sa défaite, non sans avoir lutté jusqu’au bout et lancé une volée de flèches bien que la partie soit perdue. Certains diront que l’ex-Secrétaire générale aurait dû déclarer forfait avant la dernière ligne droite, histoire d’apaiser les tensions mais elle a tenu à porter ses convictions jusqu’au gong final. Qu’importe, aujourd’hui, victoire du Rwanda par KO.
« Et maintenant, que vais-je faire... » chantait Gilbert Bécaud en un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. La planète francophone a les yeux rivés sur la nouvelle incarnation de la Francophonie, dans l’attente de savoir quelles orientations fixeront le cap. Autre épineuse question qui connaît son épilogue depuis hier, jeudi, l’intégration ou non, de l’Arabie saoudite. Pour beaucoup d’observateurs et d’acteurs, la prise en compte du royaume pétrolier était une ligne jaune à ne pas franchir. Notamment pour le Canada de Justin Trudeau qui en cas d’entrée de l’Arabie saoudite au sein de l’OIF aurait pris deux gifles, coup sur coup, ce qui n’aurait pas été conforme aux valeurs « affichées » de fraternité. Observons la suite...

« Le monde dans lequel nous vivons est en déficit d’humanité et pourtant les opportunités sont immenses. J’aimerais placer la Francophonie là où elle peut faire la différence. Faire plus, faire mieux. En tant que citoyenne du monde je veux faire valoir tous les atouts de notre famille et faire en sorte qu’elle soit innovante. »
Louise Mushikiwabo - Erevan le 12 10 2018

À chaque Sommet de nouveaux pays (ou régions) font leur apparition. Pour les uns, leur présence interroge. Pour d’autres, on se demande bien pourquoi ils ne font pas partie du fond de sauce initial ! Le cru de l’année est donc... « roulement de tambours » : Gambie, Irlande et Malte. Mais, « last but not least », celui qu’Agora Francophone Internationale se réjouit de voir au palmarès est la Louisiane. État étatsunien que nous avons mis à l’honneur dans la dernière édition de la revue « l’Année Francophone Internationale ». Bienvenue à la Louisiane et mille mercis aux Louisianais(e)s qui ont contribué à ce volumineux dossier qui tombe à pic.

Comment quitter Erevan sans un mot pour cette foule arménienne qui a animé le Village de la Francophonie avec un enthousiasme et une bonhomie qui fera date. La grande majorité des visiteurs ne connaissait pas le moindre mot de français, excepté « la bohème », « non, rien de rien », voire le titre d’une chanson de Zaz, mais tous avaient activé « le mode curiosité ». Saine curiosité. Demandez aux Camerounais, Burkinabés ou Ivoiriens pour combien d’égoportraits ils ont posé et combien de gamins eurent envie de toucher leur peau dans un grand éclat de rire ? Les chouineurs peuvent y voir un racisme primaire, mais pourquoi ne pas envisager qu’une société post-soviétique, très peu sensibilisée à la marche de l’hémisphère sud par ses médias et son système éducatif, soit à féliciter pour avoir su dégager autant de signes de bienvenue. Maladroits parfois, certes, mais extrêmement touchants. À ceux qui se demandaient pourquoi le Sommet se déroulait en ce lieu, manifestement plus francophile que francophone, les Arménien(ne)s ont massivement répondu... « because we can » !

Arnaud Galy
Rédacteur en chef d’Agora Francophone Internationale