Éditorial

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Restituons au Bénin l’identité qui appartient à sa nation

13 août 2019 - par Mylène Flicka 

En venant en France, l’un de mes projets était de découvrir mon identité arrachée dans les œuvres de mon pays, malencontreusement présentes dans les musées français.
Aujourd’hui, 23 piges et 6000 km dans la poche, je vois le trône du Roi Guézo, volé par le Général Dodds. J’ai vu le masque funéraire d’Ahanhanzo, les portes du palais d’Abomey et le sabre des Amazones. J’ai vu une grande partie de mon histoire, trop loin de la maison.

J’aurais dû grandir en voyant ces œuvres. J’aurais dû me construire en les contemplant. Pourquoi les Béninois doivent-ils payer des milliers d’euros (à Air France ?), faire 6000Km pour venir en France découvrir les œuvres culturelles de leur Pays ? Ce n’est pas normal.
Ce n’est pas normal. J’ai vu des centaines d’œuvres du Bénin, du Gabon, du Cameroun, du Congo, et j’en passe. Les explications de ces œuvres ne sont pas complètes, elles ne témoignent pas de la complexité de nos cultures. Pire encore, pour moi, est de lire leur manque de contexte et cette mention : « Don du Général Dodds ». Lol. Don ? Vraiment ? Pillage. Vol. Recel. Oui, car ce sont dans ces conditions que nos œuvres ont été emportées.

Donc, quand M. José Pliya* clame sur les ondes « Gardez-les encore un petit peu », ce que j’entends c’est 1000 pas en arrière, c’est du temps perdu où les enfants béninois n’auront pas les frissons que j’ai eu, de découvrir l’imposant trône de Glèlè, de me questionner sur les différences entre les Récades de Béhanzin et de Guézo ; de me dire que j’étais Béninoise, et que dans mon sang coulent une Histoire de bravoure, des cultures puissantes et un avenir de grandeur.

* José Pliya est un comédien et dramaturge franco-béninois