EDITORIAL

EDITORIAL

FRANCE : l’administration plus digeste pour les étrangers

1er novembre 2022 - par Arnaud Galy 
 - © Croix rouge (France)
© Croix rouge (France)

Partis du Sahel, de Syrie ou d’Afghanistan par les voies terrestres ou maritimes, les candidats à l’exil sont des héros qui pour sauver leur peau ou leur famille se lancent dans un périple interminable, violent, incertain et parfois mortel. Le Sahara, l’Atlantique ou la Méditerranée sont des cimetières de fortune indignes des sociétés occidentales. Pourtant, certains parviennent à leurs fins, hommes, femmes, enfants. Brisés, mais vivants. Les fractures économiques, climatiques et politiques poussent irrémédiablement les populations à s’extraire des enfers qui les voient grandir, devenir adultes sans espoir de changement.
Après moult péripéties et drames, les plus chanceux et déterminés arrivent en France – et dans bien d’autres pays - , via l’Espagne, la Grèce ou l’Italie... Et là, sur quoi tombent-ils ? Sur le « fameux  » millefeuille administratif français. Source de bien des tracas et interrogations infinies pour les plus francophones des usagers alors imaginons la perplexité et l’angoisse qui saisissent l’étranger, le migrant, le réfugié dont la langue natale et la culture sont à 180° des règlements des URSSAF, Préfectures, Services des impôts, CAF et autres réjouissances ! Si l’apprentissage du français est « une  » des solutions indispensables, la lecture d’un outil spécifique pour comprendre les mots et au-delà des mots est « le » sésame. Bien entendu, ces outils sont utilisables par les étrangers arrivés de manière plus classique et décontractée...

La DGLFLF, Délégation à la langue française et aux langues de France relève le défi. Sapristi ! Quelle audace... Elle propose aux nouveaux arrivants 5 outils :
GLOSSAIRES BILINGUES DE L’ADMINISTRATION FRANÇAISE, POUR UNE COMPRÉHENSION RÉCIPROQUE, préfacée par Barbara Cassin, académicienne et grande penseuse de la traduction : « Les différentes langues produisent des mondes différents dont elles sont les causes et les effets »
(Barbara Cassin in Éloge de la traduction, Paris, Fayard 2017)

Les premiers servis sont les arrivants de langue arabe, persane et soninké. En 2023, l’ukrainien et le russe seront disponibles. Actualité oblige.
« Tous ces formulaires sont pleins des mots les plus quotidiens, mais aussi remplis de termes, parfois très abstraits et parfois au contraire très concrets, techniques ou spécialisés, liés au droit, à la santé, au travail, au logement, aux aides, aux impôts, qui n’existent pas comme tels dans l’autre langue, qui ne renvoient à rien ou n’ont pas d’équivalent exact – vous avez dit “divorcé”, “pacsé”, qu’est-ce que c’est ? Vous voulez parler de “grande famille” ou de “petite famille” ? Qu’est-ce qu’un “foyer fiscal” pour un Soninké ou un Syrien ? Comment signaler qu’en Russie “nationalité” et “citoyenneté” n’ont pas le même sens qu’en France ? »

Les glossaires pour être concrètement utiles ne s’arrêtent pas à la traduction la plus précise possible, ils élargissent l’horizon en expliquant, exemples à l’appui :
- La transcription des noms propres de l’arabe au français, la diversité des mots en français pour désigner un étranger selon sa situation : émigré, immigré, migrant, réfugié, sans papier, débouté.
― La différence liée à l’organisation sociale et urbaine : actes de naissance, de mariage –
adresse – concordance des dates (calendrier de l’Hégire – calendrier grégorien)...
― La différence liée à la culture, aux symboles, aux croyances, aux traditions : relation à la famille, valeur de la parole donnée, valeurs d’échange...
― La différence liée au contexte politique : degré de confiance vis-à-vis de l’administration
dans un pays démocratique (confidentialité, secret médical, de l’instruction)...
― La question de l’impact des conditions de l’exil sur le comportement et le récit : relativité
des notions d’authenticité et de véracité des faits, chronologie...

Une coproduction DGLFLF /www.maisonsdelasagessetraduire.com qui, certes, ne comblera pas tous les manques et toutes les incompréhensions entre les différents acteurs, mais qui servira de référence. Référence qui n’attend qu’à être enrichie et suivie de « petites sœurs » dans d’autres langues qui peu à peu deviennent « des langues parlées en France ». Un jour, qui sait, la DGLFLF sera-t-elle la DGLFLFLPF. Bigre  !

INFORMATION ET CONTACT
Association Maisons de la sagesse – Traduire, éditeur
c/o MSH Paris Nord – 20 avenue George Sand - 93200 SAINT DENIS
Contact et information sur les conditions et vente en ligne :
www.maisonsdelasagessetraduire.com
maisonsdelasagessetraduire@gmail.com

Arnaud Galy
Rédacteur en chef d’Agora francophone
(en italique, les mots de la DGLFLF)