Éditorial

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Le monde est un village. La vie des librairies francophones en temps de pandémie.

19 mai 2020 - par Philippe Goffe 

Le monde est un village. On connaît cette expression, qui définit l’interaction permanente entre les habitants de la planète, formant communauté de destin. Elle tient du constat… et de l’utopie ?

Le constat c’est qu’en effet l’épidémie s’est répandue sans trop tenir compte des frontières, et à la vitesse de nos déplacements d’un bout à l’autre du monde. Avec les impacts qu’on sait au niveau sanitaire et de la vie sociale, entrainant, un peu partout la fermeture des librairies. Comme pour tous ceux qui vivent de leur travail, c’est un cyclone qui s’est abattu. Et il pourrait les balayer.

À l’exception de l’aide apportée par le Centre national du livre à Paris, peu d’attention a été portée aux librairies francophones. Car que l’on soit libraire à Lisbonne ou à Tunis, l’arrêt d’une activité ne signifie pas l’arrêt des frais fixes : salaires, loyers, énergie, frais financiers… Pour les librairies francophones dans le monde, cela s’ajoute aux difficultés habituelles : délais et coût des approvisionnements, quasi absence ou absence totale de politiques publiques du livre et d’encadrement du marché du livre, collaboration irrégulière avec les institutions locales à l’étranger, concurrence des plateformes multinationales de vente en ligne, absence d’aides sociales ou économiques, ou dévaluation de la monnaie locale. Car la géopolitique s’en mêle, voyez Hong Kong, le Liban, les pays du Sahel, le Chili, l’Algérie…

Certes, il y a de la résilience chez chacun, et les initiatives des libraires ont été nombreuses pour tenter de rester visibles : par les réseaux sociaux, un peu partout, de Madagascar à Santiago ou Barcelone ; par des participations à des émissions locales ou rencontres virtuelles, à Singapour ou Jérusalem ; par des systèmes de livraisons à domicile en vélo, par coursier, de Londres à Bangkok, en passant par Abidjan, Shanghai, Amsterdam, Agadir ; par l’appel à la solidarité des clients comme à Rome, sous forme de don ou de bons d’achat, ou à Bruxelles avec des chèques-lire… Mais rêvons donc. S’il y a communauté de vision chez les libraires, il y a aussi communauté dans la détresse, et trop souvent dans la solitude. Nous pensons, à l’Association Internationale des Libraires Francophones, que les librairies francophones offrent des modèles irremplaçables du lien entre le lecteur et le livre. Pour les soutenir au mieux, chaque lecteur peut encourager les institutions, établissements scolaires, universitaires et culturels locaux avec lesquels il est en contact à faire leurs achats chez les libraires. C’est toute la chaîne du livre qui en bénéficiera.