Evelyne Trouillot : Rosalie l’Infâme

Evelyne Trouillot : Rosalie l’Infâme

30 juin 2022 - par Peter Klaus 

« Rosalie l’Infâme » est le premier roman d’Évelyne Trouillot. Publié d’abord en 2003 par les éditions Dapper, il a été réédité en 2019 par les Éditions « Le Temps des Cerises ». Grâce a cette réédition, Évelyne Trouillot a été à l’honneur lors du 6e Salon du livre haïtien qui a eu lieu à Paris les 30 novembre et 1er décembre 2019 à la mairie du 15e arrondissement. Evelyne Trouillot est l’auteure de recueils de nouvelles et de poésies. Également dramaturge, elle a publié plusieurs romans depuis 2006.

« Rosalie l’Infâme » est un roman bref de 125 pages, qui trouble le lecteur et la lectrice par les souffrances présentes et passées. Le récit se passe en 1750 et « Rosalie l’Infâme » est le nom du bateau négrier par lequel la plupart des esclaves que le lecteur rencontre dans le récit sont arrivés sur les plantations de Saint-Domingue. La traversée de la mer, les souffrances endurées pendant le trajet et les humiliations et punitions quotidiennes subies sur les plantations donnent le ton du récit. Ce récit à la première personne prend le lecteur véritablement à la gorge. Lisette, la protagoniste, née en esclavage et exposée elle-même aux tracasseries quotidiennes vécues dans les plantations, témoigne de ce qu’elle vit. Et c’est à travers les récits de sa grand-mère Charlotte et de sa marraine Man Augustine qu’elle découvre la liberté perdue et le souvenir de la traversée à bord du négrier « Rosalie ». Amoureuse de Vincent, un esclave marron, elle sert d’intermédiaire entre les esclaves qui sont volontaires pour quitter les plantations et ceux qui se cachent. C’est l’époque de Makandal, le Nègre marron emblématique, révolté contre le pouvoir colonial et précurseur légendaire de la révolution haïtienne. De nombreux esclaves ont quitté les plantations pour se constituer quelque part en une sorte de guérilla. Une vague d’empoisonnements sème le désordre et la panique parmi les planteurs qui font exécuter et brûler vif les esclaves soupçonnés. Enceinte, Lisette la narratrice, rêve de liberté aussi pour l’enfant qu’elle porte, elle couve une décision et le récit se termine sur cette phrase de Lisette : « ... enfant créole qui vis encore en moi, tu naîtras libre, ou tu ne naîtras pas. »