Carnets Vanteaux - Faits divers

Carnets Vanteaux - Faits divers

11 mai 2021 - par Juliette Botreau 
 - © Pixabay - Tumisu
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La consigne : réécriture d’un texte de Gianni Rodari, « Tant de douleur pour rien », Le Livre des erreurs, trad. Jean-Paul Manganaro, Ypsilon éditeur, 2020. Voici son début :

« Un brave monsieur de l’Ain ou de l’Aisne rêva des années durant d’obtenir quelque titre honorifique. Finalement, grâce à de puissantes recommandations, il parvient à se faire décorer du titre de « chevalier ».
Mais imaginez sa déception et sa douleur lorsque le titre arriva et qu’il découvrit qu’on l’avait fait… « chevallier », avec deux « l ».
— Qu’ai-je donc à faire d’un titre erroné ? se plaignait-il auprès des siens. Les gens vont rire de moi.
Les gens avaient d’autres soucis en tête. Mais ce brave monsieur de Tours ou Saint-Estèphe n’eut de répit qu’il n’eut confié ses peines au puissant personnage qui l’avait recommandé.
— Nous allons prendre tout de suite des mesures, le consola le personnage. Je vais te faire commandeur.
Cette nouvelle se sut à l’entour. Tout le monde courait se féliciter avec l’attitré.
Le titre arriva dans un paquet scellé avec de la cire à cacheter. Le brave monsieur de Lyon ouvrit le paquet les mains tremblantes et… tomba au sol dans les pommes.
Le pauvre ! On l’avait fait « comandeur » avec un seul « emme ». (…) »


Il est huit heures passées et comme tous les matins je vais lire le quotidien. Je lis le quotidien avec mon café et des tartines de pain. Quand ma femme était encore là, je mettais aussi de la confiture, mais la confiture est partie en même temps qu’elle.
Ma rubrique préférée, c’est celle des faits divers. Toujours des histoires atroces, horribles, vraiment dégueu. Elles me plaisent celles-là parce qu’elles me font oublier ma vie. D’habitude ce que j’aime, ce sont les histoires de suicide, mais je suis toujours ouvert à la nouveauté. À travers ces courts récits tous plus sordides les uns que les autres, je prends une grande bouffée d’air frais et je me dis : « Ouf, c’est pas moi, et d’ailleurs, chez eux, c’est pire que chez moi ! », puis je continue à me bâfrer.
Tiens, celle-là, elle est pas mal, je sens qu’elle va vraiment égayer ma journée. Je glisse une tartine dans ma bouche et une main dans mon caleçon. L’article commence comme ça : « Horreur et malheur contre générosité mal placée ». J’aime bien ! Ça dit qu’un généreux couple s’est fait cambrioler et arnaquer par deux personnes mal intentionnées. Le couple leur avait fait un fameux repas dont on a toute la description dans l’article. Je salive un peu. Les arnaqueurs étaient saouls et ont profité du sommeil de leurs victimes pour vider plus encore le garde-manger ! Puis après, en dessous, on a des photos de la terrasse pleine de pisse que les malfaiteurs ont laissé en pourboire. Pour qu’on comprenne bien, une légende sous la photo précise que c’est de la pisse et pas juste la rosée. Ah, et là en dessous une photo du couple éploré. Ils ont l’air con, ceux-là. Super ! Vraiment génial ! Je vais la garder et la découper pour la mettre dans mon carnet spécial. Ah, oui, vraiment, ce matin je ne suis pas déçu !
Je termine mon petit déjeuner en repliant le journal sur lequel j’essuie ma main gauche. Le journal fini, je retourne me coucher. Vivement demain !