Géorgie - Une année d’actualité - 2019

Géorgie - Une année d’actualité - 2019

18 février 2020 - par Mirian Méloua 
Tbilissi - © Flickr - minuchat
Tbilissi
© Flickr - minuchat

En décembre 1460, lorsque le roi de France, Charles VII, reçoit une délégation envoyée par le roi de Géorgie, Georges VIII, des interprètes sont nécessaires, la langue grecque parlée à Byzance servant d’intermédiaire. En février 2019, lorsque le chef d’État français, Emmanuel Macron, reçoit le Chef d’État géorgien, Salomé Zourabichvil, les interprètes ne sont pas conviés. Serait-ce que la francophonie aurait gagné ce pays du Caucase ? Pas tout à fait : le Chef d’État géorgien est une ancienne diplomate française, retournée depuis une dizaine d’années dans le pays de ses ancêtres et élue à la présidence de la République de Géorgie avec le soutien du parti majoritaire au Parlement, le Rêve géorgien.

La nature des entretiens présidentiels est particulière, non seulement sur la forme, mais aussi sur le fond : il est décidé d’approfondir les relations entre les deux pays, dans le cadre d’un dialogue baptisé Dimitri Amilakhvari, rappelant les combats menés par les militaires géorgiens dans l’armée française. Qui était donc Dimitri Amilakhvari ? Cadet de l’armée nationale géorgienne, arrivé en France en 1922 après l’invasion de son pays par les armées de la Russie soviétique, formé à Saint-Cyr, engagé dans la Légion étrangère, combattant de la Seconde Guerre mondiale sous les ordres du général Kœnig au grade de Lieutenant-colonel, décoré par le Général de Gaulle de la Croix de la Libération, il meurt pour la France à la bataille d’El-Alamein en Égypte : il symbolise d’une part la tradition militaire géorgienne (ancienne de plusieurs millénaires) et d’autre part l’hospitalité française pour ces militaires devenus apatrides. Les domaines couverts par le dialogue Dimitri Amilakhvari sont ambitieux, politique et parlementaire d’abord, défense et sécurité ensuite, économique et commercial, culturel et éducatif…. Les réunions s’enchainent dès 2019.

POLITIQUE
Sur le plan politique, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (fin connaisseur des affaires géorgiennes puisqu’il avait œuvré pour que la Géorgie se dote du système de surveillance aérienne français Thalès dans son poste précédent au ministère de la Défense) rencontre son homologue géorgien, Davit Zalkaliani, en décembre, à Paris : il réitérer le soutien de la France à la Géorgie pour le retour à son intégrité territoriale en Ossétie du Sud et en Abkhazie, et demande la libération d’un docteur géorgien arrêté par les autorités sud-ossètes alors qu’il soignait une malade géorgienne. Il s’enquiert aussi de la proposition des autorités géorgiennes pour sortir de l’impasse dans laquelle elles se trouvent après la promesse d’un mode électoral proportionnel pour les législatives de 2020 et après le rejet de l’amendement constitutionnel par le Parlement.

Sur le plan des affaires intérieures, le ministre français, Christophe Castaner, alerté par l’envolée des demandes d’asile géorgiennes – alors que la France considère la Géorgie comme un pays sûr —, rencontre son homologue, Giorgi Gakharia, en mai, à Tbilissi. Ils établissent un plan d’action commun, mise en place d’officiers de police français dans les aéroports géorgiens et d’officiers de police géorgiens en France afin de traquer les « faux touristes » qui -dans le cadre de l’exemption de visas pour la zone Schengen- tentent de résider plus de 90 jours sur le territoire français, retour en Géorgie manu militari des Géorgiens déboutés du droit d’asile français (en juillet à partir de Toulouse et en octobre à partir de Nantes), obligation de se doter d’une assurance maladie pour entrer sur le territoire français (afin d’éviter les touristes médicaux).

Sur le plan parlementaire, des délégations géorgiennes se rendent à Paris (janvier) et des délégations françaises se rendent à Tbilissi (décembre).

DÉFENSE et SÉCURITÉ
Sur le plan militaire, un plan de coopération est signé en avril 2019, à Paris, reprenant les aspects bilatéraux et multilatéraux, présence de forces géorgiennes en Centrafrique sous commandement français (en cours), support français de l’École de combat de montagne de Sachkhere (août), formation d’un 3e cadet géorgien à Saint-Cyr (septembre), escale de patrouilleur français de haute mer à Batoumi (novembre)…

Sur le plan de la lutte contre le trafic de stupéfiants, un exercice est organisé en novembre, avec 2 autres pays (Ukraine et Azerbaïdjan) afin de dresser un portrait des nouvelles tendances dans le Sud-Caucase et d’y remédier avec les institutions internationales.

ÉCONOMIE
Le 31 mars, Air France inaugure son premier vol direct entre l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle et celui de Tbilissi Chota Roustavéli.

L’Agence française de développement intervient, en octobre, pour accompagner l’amélioration de l’efficacité énergétique en Géorgie (prêt de 60 millions d’euros), en novembre, pour le financement d’un projet pilote dans la région de Samtskhé-Djavakhétie visant à améliorer la vie et l’intégration des personnes handicapées, en décembre, pour soutenir le système de protection sociale et de solidarité en faveur des populations les plus vulnérables (prêt de 35 millions d’euros).

En décembre 2019, à Paris, se tient une réunion entre le MEDEF international et une délégation géorgienne conduite par le vice-ministre de l’Économie et du Développement durable et la vice-ministre de l’Environnement et de l’Agriculture de la Géorgie : les questions des exportations géorgiennes vers la France (citrons, thé, miel, noisettes et baies) et des investissements français en Géorgie sont abordées, ainsi que celles des échanges relatifs à la pharmacie et au tourisme (La France est lanterne rouge en Géorgie avec moins de 30 000 visiteurs par an).

ÉDUCATION
Le 2 décembre 2019, à Paris, un accord est signé entre cinq établissements supérieurs français (Université de Rennes 1, INSA Rennes, Université de Lyon 2, Université de Montpellier et SupAGro Montpellier) et 2 établissements supérieurs géorgiens (Université d’État de Tbilissi et Université technique géorgienne) afin de créer une Université franco-géorgienne à Tbilissi : l’objectif est une ouverture à la rentrée 2020.

FRANCOPHONIE
L’Ambassade de France (avec l’Institut français de Géorgie), l’Ambassade de Suisse, l’Ambassade du Canada, l’Ambassade de Belgique, l’Ambassade de Roumanie et l’Ambassade de Moldavie ainsi que les écoles et les universités de Géorgie ont célébré la langue française et la francophonie tout au long du mois de mars : les manifestations se sont déroulées non seulement à Tbilissi, mais aussi à Koutaïssi, à Batoumi, à Patardzéouli, et pour la première fois à Lantchkhouti, sous le haut patronage du ministère de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et du Sport de la Géorgie (membre observateur de l’Organisation internationale de la francophonie).

Parmi les évènements notables, peuvent être cités, la semaine du cinéma francophone (films français, canadiens, suisses et roumains), la fête de la gastronomie française dans le cadre de l’opération Goût de France (discussions et ateliers autour de la gastronomie durable), les spectacles et concerts de musique francophone, les animations et projections de dessins animés pour les enfants, les rencontres littéraires (présentations et conférences).

Par ailleurs, de nombreux prix ont été gagnés à l’occasion des concours francophones proposés aux élèves, étudiants et professeurs de français.

La langue française reste une langue de culture en Géorgie.

PERSPECTIVES
Si l’année 2019 a vu le renouvellement des personnels diplomatiques des deux pays (l’Ambassadeur Tea Katikia et l’Ambassadeur Diégo Colas ont récemment pris leurs fonctions à Paris et à Tbilissi) et une nouvelle dynamique en est attendue, elle a aussi mis en exergue deux orientations moins favorables, la nouvelle stratégie de rapprochement de la France avec la Russie et les conditions des prochaines élections législatives géorgiennes.


Tea Katukia à l’UNESCO
© Flickr - UNESCO - Christelle Alix

Ajoutée à la position traditionnelle de la France opposée à une entrée de la Géorgie dans l’OTAN, la nouvelle stratégie de rapprochement de Paris avec Moscou interroge les milieux politiques géorgiens, malgré les assurances publiques – et certainement privées- - données : le contrôle de la totalité du territoire géorgien (y compris l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie) reste pour Tbilissi un élément non négociable, incompatible avec la vision de la Russie. Il est symptomatique de noter que les Présidents géorgiens, Chevardnadze, Saakachvili, Margvelachvili et Zourabichvili, se sont tous rendus en visite officielle à Paris ; les Présidents français, Sarkozy et Hollande, ont fait le chemin inverse vers Tbilissi ; ce n’est pas le cas du Président Macron, qui a par ailleurs visité Erevan lors d’un sommet de la francophonie.

Le changement de système électoral promis à l’été pour les législatives géorgiennes de 2020 (proportionnelle intégrale) et invalidé à l’automne par le Parlement, a embrasé le pays : les oppositions le considèrent comme indispensable pour battre le parti majoritaire, le Rêve géorgien, conduit par le milliardaire Bidzina Ivanichvili. Avec la prime d’entrée de plusieurs centaines de milliers de voix qu’offrent les fonctionnaires et les institutionnels (ne souhaitant pas de changement) sur un total de 2 millions d’inscrits, ce système électoral semble hypothéquer toute alternance après huit années de pouvoir sans partage. L’avancée démocratique de la Géorgie en serait différée. Pourtant les électeurs géorgiens ont démontré en 2012 qu’ils savaient « sortir » une majorité réputée inamovible.

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