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GUINÉE - Retour sur l’année 2016-2017

GUINÉE - Retour sur l’année 2016-2017

30 septembre 2016 - par Raphaël Lambal 
 - © Flickr - UNMEER
© Flickr - UNMEER

La multinationale Rio Tinto vient d’asséner un coup dur à la Guinée en décidant de se retirer du projet minier de Simandou jugé non rentable. Les autorités guinéennes comptaient pourtant sur ce projet pour relancer les investissements dans le pays. Pendant ce temps, la classe politique se fait entendre sur la possibilité pour le président Condé de briguer un troisième mandat que l’actuelle constitution du pays ne lui permet pas d’obtenir.

Le président Alpha Condé tenté par un coup de force ? (Ph : Flickr - UNMEER)

POLITIQUE

L’année 2020 est certes encore bien loin, mais l’éventualité d’un troisième mandat d’Alpha Condé fait déjà débat en Guinée. Dans les médias locaux, les taxis, tous les lieux publics, c’est le sujet de discussion favori depuis la déclaration du président guinéen qui indiquait le 15 mai dernier que seul le peuple de Guinée peut décider de son avenir politique. Il répondait à la question de savoir si le fait pour lui de fréquenter des pays à démocratie douteuse n’augurait pas de son ambition à se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel.

Le principal opposant, Cellou Dalein Diallo, réagissant à cette déclaration, a dit craindre que les propos du chef de l’État donnent lieu à une nouvelle transition. Pour lui, les Guinéens ne veulent pas d’une modification de leur constitution. Cette déclaration du président Condé a fait réagir l’ambassadeur des États-Unis en Guinée, Dennis Hankins, qui s’est dit convaincu qu’après les révolutions sénégalaise et burkinabé aucun projet de modification du mandat présidentiel ne prospérerait en Afrique de l’Ouest. Interrogé sur le sujet, le juriste Mohamed Camara a rappelé qu’à la différence des autres pays, en Guinée, les dispositions constitutionnelles relatives au nombre et à la durée du mandat présidentiel sont intangibles et ne peuvent en aucun cas faire l’objet de révision. L’article 27 de la constitution guinéenne dispose en effet qu’« en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». De plus, rappelle-t-il, l’article 154 précise que «  le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’une révision ». En conséquence, il pense que l’idée d’un troisième mandat vise à tâter le terrain ou à détourner l’attention populaire des questions brûlantes comme celle de la corruption soulevée et de la revendication syndicale sur la cherté de la vie.


Réouverture des écoles après le tragique épisode Ebola (Ph : Flickr - UNMEER)

SOCIÉTÉ

Les autorités guinéennes ont procédé récemment à la signature d’une convention de partenariat entre le Bureau guinéen du droit des auteurs* et la compagnie NSIA- Assurances en vue de venir au secours des artistes guinéens. Le ministre guinéen de la Culture, des Sports et du Patrimoine historique a fait de l’adoption d’une politique sociale en faveur des artistes son cheval de bataille dès sa prise de fonction. Il a indiqué que l’État guinéen s’engage à prendre en charge 50 % de la prime annuelle de tout sociétaire souscrivant à l’assurance. La signature de la convention BGDA-NSIA Assurances est une première en Guinée dans la mesure où elle permet de réparer une certaine injustice que vivent les artistes. Ils ont permis à leur pays de rayonner dans le concert des nations dans le domaine de la culture, mais vivent des difficultés qui les plongent dans une situation de précarité financière indescriptible.



ÉCONOMIE

La multinationale Rio Tinto a annoncé, par la voix de son tout nouveau directeur général, la mise en veilleuse pure et simple du mégaprojet minier de Simandou. Pourtant le 26 novembre 2015 le gouvernement guinéen et Rio Tinto avaient signé un accord révisant la planification du développement de la mine et des infrastructures de Simandou. Cet arrêt s’explique, selon Jean-Sébastien Jacques, par la baisse des prix et l’excès de production de minerai de fer sur le marché mondial rendant ainsi le projet non viable actuellement. Les cours mondiaux du fer sont passés de 177 dollars la tonne au milieu de l’année 2011 à environ 50 dollars en 2016.

Le coût de l’ensemble du projet est estimé à 20 milliards de dollars américains et une grosse partie de cette somme .était destinée au développement d’infrastructures terrestres. Mais vingt ans après l’invitation du gouvernement guinéen à Rio Tinto à prospecter sur la chaîne du mont Simandou, l’exploitation ne semble pas encore prête de prendre forme. Tout laisse croire qu’elle ne commencera pas prochainement si l’on s’en tient aux propos du directeur général de Rio Tinto.

L’annonce faite par Français Jean-Sébastien Jacques, dans une interview au journal The Times, affectera la stratégie de développement du président Alpha Condé. Le chef de l’État guinéen misait beaucoup sur la mise en exploitation de cette mine pour amorcer le développement d’un pays qualifié de scandale géologique par ses paradoxes. Le sous-sol de Guinée regorge en effet de beaucoup de potentialités, mais la population vit dans une grande pauvreté.

Un temps attribué à Vale puis de nouveau rétrocédé à Rio Tinto, déjà bénéficiaire de ce projet à la fin des années 90, le projet de Simandou ne sortira pas donc de terre. Le groupe anglo-australien avait pourtant soumis une étude de faisabilité au gouvernement guinéen en juin 2016. En conservant la licence de ce projet, Rio Tinto a boosté sa valorisation en bourse d’une part et, d’autre part, empêché la Guinée de valoriser ce gisement quand les cours du fer étaient hauts.

Le Ministère guinéen des Mines et de la Géologie a indiqué, à travers un communiqué, que le gouvernement prendra entièrement ses responsabilités pour la réalisation de ce projet dans l’intérêt de la Guinée et de ses partenaires. Il a rappelé qu’en mai 2014, Rio Tinto a pris des engagements qui portaient notamment sur la réalisation de l’étude de faisabilité bancable et la constitution du consortium des infrastructures. La société Rio Tinto demeure donc liée par ces engagements pris au sein de Simfer S.A. selon le gouvernement guinéen.


Le site de Simandou abandonné par Rio Tinto (Ph : communication Rio Tinto)

Sources : jeuneafrique.com, africatime.com, financialafrik.com, guineenews.org

Raphaël Lambal
TÉLUQ – Université du Québec
raphlambal@yahoo.ca

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